Lorsqu'il tira les lourds rideaux de son lit, Harry se remémora cette scène si spéciale par laquelle sa journée avait débutée : Tout avait été si parfait jusqu'à cet instant. Il n'avait jamais partagé ses visions auparavant, pourtant ces grands yeux bleus ne reflétait aucune peur ; ils semblaient juste vouloir sonder son âme à la recherche de réponses aux questions muettes de la jeune fille. Il aurait aimé lui pouvoir répondre, ne serait-ce que pour contempler quelques instants de plus ces yeux couleur lagon. Mais après tout, que s'était-il passé ? Ce n'était peut-être qu'une coïncidence… Elle avait peut-être vu toute autre chose… Il fallait s'en assurer, l devait lui parler, mais pour l'instant, il devait dormir… A peine eut-il pensé ces mots que Morphée l'accueillit à bras ouverts.
Le mercredi soir, de retour dans son lit, Harry fit le bilan de la journée qu'il avait passée : ensoleillée, paisible, pas un seul cours avec les Serpentards, merveilleuse en bref… hormis le regrettable petit incident survenu le matin même durant la classe d'enchantements. En effet, alors qu'il s'exerçait sur un sort de télétransportation qui n'agissait que sur les objets inanimés, comme l'avait constaté Neville en essayant vainement de ramener vers lui son fidèle crapaud Trévor (Toujours pas mort ! Impressionnant) ; un bruit sourd se fit entendre à l'autre bout de la salle. D'un seul mouvement, les élèves se retournèrent vers le petit professeur affalé au milieu d'une montagne de coussins. Fort heureusement pour ce dernier, Hermione avait réagi plus vite que les autres élèves, et avait fait apparaître en un tour de main une quantité impressionnante de coussins multicolores.
Le trio ne comprit que plus tard la raison de cet étourdissement : Ginny avait, elle aussi, eu cours avec le petit professeur plus tôt dans la semaine et leur avait expliqué que ce n'était pas la première fois. Celui ci semblait être légèrement éméché suite au banquet de répartition, et avait fait de nombreuses chutes depuis, provoquant frayeurs et fous rires parmi ces élèves.
Ce fut donc le seul événement notable du jour : en bref, une journée ordinaire à Poudlard. Sur ce constat, Harry s'endormit paisiblement.
Le surlendemain, au réveil Harry se demanda si cette journée serait aussi paisible que la précédente où il ne s'était, en résumé, rien passé. Le vendredi, les Gryffondors commençaient par une heure d'enchantements avec les Poufsouffles, cependant l'état du professeur Flitwick leur permis de profiter d'une heure de temps libre. Après avoir passé une heure paisible au bord du lac, le trio se dirigea vers les serres pour un cours de Botanique en commun avec les Poufsouffles. Le professeur Chourave les attendait devant la serre n°7, qui venait d'être installée, affichant un sourire radieux comme à son habitude. Déjà dans la serre, une grande partie des Poufsouffles se regroupaient autour de plantes gigantesques à l'aspect grotesques. Le trio choisit celle qui avait l'aspect le moins repoussant et attendit patiemment les consignes du professeur.
Une fois que les derniers retardataires se furent installés, la directrice des Poufsouffles déclara d'une voix enjouée : "Vous avez devant vous des spécimens rares, appelés communément : Motisicus-Aladonis." Devant la mine dégoûtée de la plupart des élèves, elle s'empressa d'ajouter : "Ne vous fier pas à leur aspect disgracieux, elles vous seront sans doute très utiles lors de la conception de potions cette année…"
Le mot disgracieux était un peu faible au goût de Harry. Hideux aurait peut-être mieux convenu à ses yeux ; bien qu'à la réflexion, il n'existait pas vraiment de mots pour qualifier ces plantes à l'aspect indescriptible. En effet, Harry n'aurait su affirmer si cette chose orange rougeâtre (il n'arrivait même pas à être sûr de la couleur) pouvait être assimiler à un pétale ou n'était-ce qu'un résidu abject produit par cette plante ; tout ce que l'on pouvait affirmer à l'égard de cette chose, était que le liquide qui en dégoulinait abondamment ressemblait vaguement à de la confiture de myrtille moisie… En tout cas, c'est le genre de descriptions qu'Hermione aurait pu faire de ces "spécimens rares" ; Harry, lui, les trouvait tout simplement repoussants.
Ces réflexions philosophiques furent interrompues par le ton enjoué du professeur Chourave : "Exact, Miss Granger, c'est bien cet étrange liquide appelé Glogulb qu'il va nous falloir extraire puis conserver à une température optimale de 42,6°C ! 5 points pour Gryffondor !!! Maintenant observez attentivement le matériel disposé sur vos tables… Vous remarquerez, entre autre, un cuve à régulation programmable, que vous allez régler en tournant le bouton vert pomme dans le sens inverse des aiguilles d'une montre jusqu'à atteindre la fréquence exacte de 358,3 xypharmazes, ainsi la cuve conservera une température interne de 42,6°C !" Harry s'efforça vainement de régler le programmateur à la fréquence désirée, mais l'aiguille ne tombait jamais précisément au bon endroit. Il n'eut cependant que quelques instants pour s'acharner sur le pauvre boutons , déjà Hermione l'envoyer valser avec un murmure d'exaspération et réglait le programmateur en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire (ou pour l'écrire, surtout pour l'écrire).
Une fois que toutes les cuves furent réglées, les élèves s'intéressèrent au reste du matériel dont ils disposaient. Ron s'exclama un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu : "C'est quoi ça !?" en désignant un objet doré à l'aspect insolite. Il avait bien sûr prononcé ces mots au moment où la classe s'était enfin calmée et où le silence régnait. Evidemment, toutes les têtes se retournèrent vers lui lorsque le professeur Chourave répondit à un Ron désormais rouge coquelicot : "Ceci, Mr Weasley, est une pincetus epilacionae, communément appelée par la gente féminine "pince à épiler". Et nous allons nous en servir pour crever les îlots de Muryavertes : ces étranges sphères couleur feu, et ainsi en extraire le glogulb qui en découle. Vous le récolterez dans les pots de confiture grand maman que vous allez aller chercher sur le champ, au fond de la classe prés du terrarium n°56.
Une fois que tous les élèves eurent regagné leurs places, la fastidieuse commença. Lavande poussa un cri horrifié lorsqu'un îlot de Muryavertes lui explosa à la figure. "C'est répugnant !" fit judicieusement remarquer Parvati. "Ne prenez pas cet air dégoûté, Miss Patil… Le glogulb possède d'épatantes vertus, malgré son aspect peu attrayant… Sachez, mesdemoiselles, qu'il entre dans la composition de nombreuses lotions capillaires." Les deux jeunes filles restèrent perplexes quelques instants, puis Lavande sortit divers flacons colorés, qui devaient occuper une bonne partie de son sac, et les disposa sur le plan de travail. Suite à quoi, elles se mirent à examiner minutieusement les étiquettes pour vérifier les dires de leur professeur. Suivit un "Ahhh !" qu'elles réservaient habituellement aux prédictions du professeur Trelawney. Toutes les jeunes filles, même Hermione au grand désarroi de Harry et Ron, se remirent au travail avec un peu plus d'enthousiasme.
Néanmoins, quand la cloche se fit entendre, un soupir de soulagement lui répondit. Pourtant le cours suivant promettait d'être abominable puisqu'il se déroulait dans les cachots avec leur professeur préféré.
Ils passèrent une heure atrocement longue à essayer de déterminé la composition de potions inconnues. Puis c'est en espérant passer une après-midi plus agréable que cette matinée exécrable, qu'ils se rendirent déjeuner dans la grande salle. Le double cours de philosophie avec les Serpentards ne les enchantait pas énormément, mais Firenze ne pouvait pas être pire que Rogue.
Le thème du jour était ennuyeux à souhait, si bien qu'une épaisse brume envahissait les cerveaux ramollis de tous les Gryffondors à l'exception peut-être d'Hermione qui continuait d'exposer ses théories complexes sur la hiérarchie des elfes de maison en fonction du degrés d'hygiène de leurs pieds.
