Le lendemain, lorsqu'il ouvrit un oeil, Harry crût tout d'abord qu'il était encore plongé dans l'un de ses atroces cauchemars. Une vision effroyable s'offrait à son regard encore embué : deux gros yeux globuleux le fixaient avec angoisse. Deux petits bras chétifs le secouaient violemment. Un pompon hideux pendouillait devant les yeux de Harry. Il sentait qu'il allait se rendormir lorsqu'une voix, surgie de nulle part, lui hurla à l'oreille : " Harry et son camarade Whisky doivent descendre ! C'est la grande amie de Whisky qui envoie Dobby ".

Harry réalisa enfin qui se tenait devant lui. En effet, le pompon hypnotiseur appartenait à l'un des chapeaux informes qu'Hermione avait tricoté avec amour l'année précédente. Harry se dit que ce n'était pas le moment de penser à ce genre de choses car déjà il entendait des bruits de pas dans l'escalier : Hermione serait là dans quelques instants. Harry se précipita dans la salle de bain pour ne pas avoir à subir les foudres de la jeune fille. Ron, qui n'avait pas réagi assez vite, courut à la suite de Harry, hurlant à l'injustice : " Tu n'a pas le droit de me laisser l'affronter seul ! " Harry ricana derrière la porte :" Dépêches-toi de t'habiller ; elle va arriver… " Ron marqua un temps d'arrêt, puis Harry l'entendit s'activer tandis que les pas d'Hermione se rapprochait dangereusement.

"Mais qu'est-ce que vous faîtes tous les deux ? ca fait une demi-heure que j'ai envoyé Dobby vous chercher… Oh mon dieu, Ron… qu'est-ce que tu as fait avec ta chemise ? " s'indigna Hermione sur le ton d'une mère couvant son enfant. " Laisse-moi faire. " Par l'entrebâillement de la porte, Harry observa, amusé, Hermione déboutonnant la chemise de Ron. Hermione ne semblait pas consciente de son geste ; elle était tellement concentrée… Ce n'est que lorsque tous les boutons furent défaits qu'elle marqua un temps d'arrêt semblant enfin se demander ce que ses mains faisait sur le torse nu de son ami (qui n'était pas si mal que ça d'ailleurs). Même si ce contact n'était pâs déplaisant, elle s'empressa de retirer ses mains , ses joues prenant progressivement la même teinte que celle que Ron avait acquis depuis plusieurs minutes déjà. Harry riait silencieusement, se demandant ce qu'il adviendrait si quelqu'un venait à entrer. Il le sut quelques instants plus tard alors que Seamus faisait une entrée fracassante pour finalement repartir rapidement en lançant un petit " Oups je crois que je dérange, désolé ! ".

Harry pensa que puisque cette interruption intempestive avait brisé l'instant magique, il pouvait désormais s'éclipser. Une question s'imposa alors à son esprit : " Comment sortir de là en ayant l'air parfaitement innocent ? " Une idée surgit : il se jeta sur le tube de dentifrice ; il était recouvert de toiles d'araignées… Depuis quand ce truc n'avait-il pas servi ? en fait Harry préférait ne pas le savoir… Il fit un gros pâté de dentifrice sur sa cravate et l'étala consciencieusement. Il sortit de la salle de bain, prit un air détaché puis cria un peu trop fort pour être crédible : " Oh bah zut alors… ! J'ai bavé sur ma cravate ! Il va falloir que j'en mette une autre… " Il jeta prestement sa cravate sous son lit, en prenant note qu'il faudrait penser à la ranger un jour peut-être… à moins qu'un elfe bien intentionné ne s'en soit chargé avant lui. Il sortit précipitamment du dortoir, attrapant au passage la cravate de Neville qui traînait là. Une fois au bas des escaliers, Harry se demanda brièvement s'il allait rejoindre la grande salle seul ou s'il allait trouver le courage d'attendre ses deux amis. La réponse apparut soudainement sous la forme d'une Hermione essoufflée. Et si le corps, enfin habillé correctement, de Ron suivait ; son esprit, quant à lui, semblait être ailleurs.

Hermione se dirigea avec enthousiasme vers son imposant manuel de Runes qui reposait sur une table non loin d'eux et se mit à le feuilleter. Harry et Ron échangèrent un regard terrifié qui signifiait clairement : " Pitié, non, pas ça… " Harry jeta un coup d'œil à sa montre, se demandant combien de temps, cette fois ci, ils allaient devoir supporter le monologue d'Hermione. Elle répétait inlassablement : " Je suis sûre que c'est là ; quelque part entre le chapitre 21 et le 98… " Soudain elle arrêta de tourner les pages, et son visage s'illumina. Elle leur tendit un article prélevé dans la gazette du sorcier.

Leur curiosité piquée au vif, les deux garçons s'emparèrent du morceau de papier et entamèrent la lecture :

REVISION DU PROCES SIRIUS BLACK

La récente capture de Peter Pettigrow a en effet obligé le ministère à remettre en cause la culpabilité de Sirius Black dans, rappelons-le, le meurtre de 12 moldus en pleine rue. L'enquête a été rouverte. L'ancien ministre refuse pour le moment tout commentaire sur ce que certains qualifient déjà de grave faute judiciaire. Il sera pourtant forcé de s'exprimer dans l'après-midi puisque certains amis du prétendu assassin réclament justice. Vous serez tenu informés grâce à votre très humble serviteur : Bartelius de Jupiterqui ne manquera pas d'assister à la conférence de presse donnée par Cornelius Fudge.

Renvoyez dés maintenant le bon d'abonnement de la page 42, pour profiter du supplément contenant une interview exclusive de Ludo Verpey pour qui l'innocence de Black n'a jamais fait aucun doute…

Le sentiment d'espoir intense qui avait envahi l'esprit de Harry un instant auparavant venait de s'effacer, laissant place à une profonde tristesse. A quoi bon être enfin innocenté, puisqu'Harry n'avait pas pu le sauver… Pire : c'était de sa faute s'il avait disparu… C'était injuste : jamais il ne pourrait profiter de sa liberté retrouvée…