Chapitre 5 : Les problèmes continuent…

Sur le Mont Perdition, nous étions toujours en marche. Après une journée entière de randonnée dans la montagne, suivie d'une tempête électrique plutôt violiente, nous avions établi notre camp dans une petite grotte. Le lendemain matin, nous furent réveillés par un Docteur un peu trop enthousiaste à mon goût, nous secouant, Jack et moi, comme deux poiriers dont on voudrait à tout prix faire tomber les fruits. Je grognai et m'enroulai de nouveau dans le manteau du Docteur, qu'il m'avait passé comme couverture pour la nuit.

Ten : Allez ! Debout vous deux ! On sera à la citadelle dans deux ou trois heures si on part tout de suite !

Je me laissai tirer par le Seigneur du Temps, qui tournai en rond pendant que Jack et moi rangions nos affaires. Nous reprîmes la route, mais, au bout d'une dizaine de minutes, le Docteur nous avait semés, à trois cent mètres devant, au minimum, faisant des allers-retours vers nous quand il se rappelait de notre présence avant de repartir. Nous avions bien tenté de le rattraper, au début, puis nous avions totalement abandonné cette idée, le laissant seul. Jack et moi parlions sur la route, ça rendait le trajet moins fatiguant.

Jack : Toi et le Docteur… Il y a quelque chose ?

Moi : Oui et non. Celui-là est encore trop jeune pour comprendre.

Jack : Encore une histoire de temps…

Moi : Timey Wimey…

Ten : Vous êtes trop longs ! Dépêchez-vous bande d'escargots alphaméridanotatiens !

Il repartit en courant, droit devant. Je soupirai bruyamment et nous reprîmes la route, traînant de la patte. Je commençai sérieusement à avoir mal aux pieds et je n'osai même pas imaginer le nombre de souflettes que j'avais dû attraper depuis le début de notre aventure. Nous rejoignîmes le Seigneur du Temps quelques minutes plus tard, accroupi derrière un énorme rocher.

Ten : Bon. Il ne reste plus que le champ d'herbe rouge à traverser et on y sera. Mais on est déjà attendus.

En effet, devant la citadelle, un attroupement de soldats nous attendaient, armes à la main, parlant entre eux. Ils devaient être là depuis un bon moment, j'en aperçu un baîller à s'en décrocher la mâchoire.

Jack : Si je fais diversion, ils vont tous me suivre. L'instinct de chasse.

Ten : Ils vont surtout vous tuer.

Jack : Je suis immortel, vous vous souvenez ?

Moi : C'est dangereux, mais, on a pas le choix, pas vrai ?

Le Docteur hocha doucement la tête. Jack nous fit un clin d'œil, se leva, et piqua un sprint dans les herbers hautes, passant au nez des Seigneurs du Temps qui prirent quelques secondes à réagir avant de se mettre à sa poursuite. Tous. Et à l'opposé de nous.

Ten : Allons-y, avant qu'ils ne reviennent.

Moi : Vous pouvez pas arrêter de dire « Allons-y » toutes les trente secondes ?

Ten : … Non.

Nous prîmes donc la route de la Citadelle, beaucoup plus discrètement que Jack. Comme nous l'avions prédit, personne ne surveillait le gros dôme en verre entourant la cité. Nous nous mîme directement à longer les murs, en silence, tentant tant bien que mal d'éviter tout Seigneur du Temps traînant dans les environs. Le Docteur m'entraîna dans les bas-fonds de la capitale gallifréenne. Il connaissait parfaitement le chemin, même après toutes ces années. Il faisait de plus en plus sombre et l'air n'était pas des plus respirables, un mélange de cigarette et de poisson pourri, mais on s'en contentait. Il me poussa dans une ruelle mal illuminée, avant de nous engouffrer dans une auberge… très mal fréquentées. Dès que nous rentrâmes, je remarquai immédiatement un détail frappant et pour le moins inquiétant. Il n'y avait que des hommes, la plupart blessés, aveugle, barraqués et effrayants. Surtout lorsqu'ils vous dévisageait tous. J'attrapai la main du Docteur, bien qu'il ne serait pas d'une grande utilité s'ils nous sautaient dessus, fin comme il était.

Moi : Hum… Docteur ? Vous êtes sûr de ce que vous faites ?

Ten : Reste près de moi, ce sont des amis.

Bah il avait de drôles de fréquentations quand même. Il me força à avance. Je tentai du mieux que je pouvais d'ignorer les sifflements et les mains baladeuses, ça aurait pu finir très mal dans le cas contraire. Nous rentrâmes dans une petite pièce à l'écart, où le nom du Docteur, en gallifréen, était inscrit sur la porte en lettres dorées. C'était étrange. A l'intérieur, c'était assez poussiéreux, et de nombreux objets traînaient sur le sol, donnant une allure de marché aux puces à la pièce. Le Docteur éjecta une immense pile d'objets de l'unique lit de la chambrette et me fit signe de m'asseoir. Il me rejoignit quelques secondes plus tard, un appareil bizarre dans les mains.

Ten : C'est un détecteur de paradoxe. Il y a deux moi ici, on va le trouver facilement.

L'appareil émit un grondement menaçant tandis que l'antenne tournait dans tous les sens. Le Docteur, concentré, lui donnait des coups par-ci par là, me faisant sursauter. Les hommes et les machines… Deux points verts apparurent sur l'écran, proches. Le Docteur en pointa un, tout sourire.

Ten : Ca, c'est nous, dans la taverne. Ce qui veux dire que mon double est dans les sous-sol du Parlement.

Moi : Comment on va rentrer dans le Parlement ?

Il sortit son papier psychique et l'agita sous mon nez.

Moi : Ca marche aussi sur les Seigneurs du Temps ?

Ten : Oui. Comment crois-tu que j'ai obtenu cette chambre VIP sinon ?

Moi : C'est la chambre VIP ça ?

Ten : Je jouais du piano à l'époque. C'est comme lorsque je jouais avec Mozart. Ah, ce brave Mozart, il voudrait certainement que je lui rende ses gants. Il était plus drôle que Beethoven, il n'a même pas voulu que je m'approche du…

Moi : … Je veux pas paraître vous interrompre mais on doit sauver le Docteur…

Ten : Oui ! Allons-y !

Moi : Si vous répétez encore une fois cette foutue phrase, je vous coupe la langue.

Ten : …

oOoOoOoOoOoOo

Clara : Il est de plus en plus pâle…

Lyria : Pas de panique, les deux cœurs battent encore.

Lyria tenait la main du Docteur, qui la serrai comme un forcené, tandis que Léo, manches retroussées, tentait à son tour de retirer la barre en fer, le plus délicatement possible. Cécile était toujours près du Maître, tentant de le réveiller en le secouant doucement. Elle leva soudain la porte et se colla contre le mur.

Cécile : Je ne veux pas vous inquiéter, mais des pas se rapprochent.

Lyria : Si seulement Rose se réveillait, ce serait déjà un problème en moins…

Le Docteur leva les yeux vers la porte, où deux ombres venait d'apparaître. Des bruits étouffés se firent entendre, suivi du bruit caractéristique du tournevis sonique. Lyria sourit légèrement.

Lyria : Oriane, c'est toi ?

Moi : Ouaip. Mais la porte est en bois et le sonic ne veut pas l'ouvrir…

Ten : J'ai dit que j'étais désolé ! J'y travaille encore !

Moi : Ca fait deux incarnations que vous dites ça… Docteur ! Des Seigneurs du temps !

Clara : Courrez ! Laissez-nous là, c'est pas le plus urgent !

Ten : ... Certes. Mais c'est trop tard…

Time Lord : HALTE !

Derrière la porte de la cellule, nous nous tenions face aux gardes, mains en l'air. Un homme en robe rouge, à l'allure fière, passa entre la vingtaine de ses sbires pour nous rejoindre, ses yeux de vipère nous dévisageant.

Ten : Rassilon.

Rassilon : Lord Docteur. Quel plaisir de vous voir ici, vivant. Nous avons tous suivi votre voyage depuis la zone zéro, et je dois dire que je suis… impressionné. Mes gardes ont rattrapé votre ami immortel, et, à mon avis, il se souviendra longtemps de la leçon que nous lui avons donné.

Deux hommes balançèrent Jack sur le sol, couvert de sang, son manteau en lambeaux sur le dos. Je m'accroupis près de lui et sentit mon estomac se retourner en découvrant l'immense plaie, s'étalant de son cou au bas de son ventre, ouverte, dont du sang s'écoulait encore. Je l'aida à se relever. Le Docteur déglutit, il se sentait coupable.

Rassilon : Bien, bien, bien. C'était un plaisir. Maintenant, mettez-le à terre, je veux qu'il souffre.

Deux gardes s'approchèrent du Docteur qui se mit, lui, à reculer, faisant des gestes nerveux avec son tournevis.

Moi : Ne le touchez pas !

Rassilon : Regardez-ça. L'humaine nous menace.

Moi : Plutôt deux fois qu'une. Vous avez fait une grave erreur en me laissant en vie.

Rassilon : Et bien, nous allons corriger ça ! Tuez-la !

Moi : Inutile de vous acharner, vous ne pourrez pas. Je ne suis pas humaine, je suis gallifréenne. Et, de plus, je suis une descendante d'Oméga, et donc, je suis immortelle.

Rassilon : Mais bien sûr !

Moi : Vous voulez que je l'invoque ? Oméga sera ravi de voir que vous avez bousillé sa planète, la comdamnant à une vie dans un univers de poche. Je suis même prête à parier qu'il vous tuera.

Ten : Ne fais pas ça !

Rassilon : Tuez-la, j'en ai entendu assez.

Une douzaine d'armes se levèrent vers moi, Rassilon donna l'ordre. J'entendis le Docteur hurler, tout comme Lyria, derrière la porte. J'avais fermé les yeux, réflexe. Mais… Il ne se passa strictement rien. Je les rouvris, inquiète de ne pas être… morte. Les soldats, Rassilon et le Docteur m'observaient, choqués. Devant moi se tenait un voile invisible, où les balles se tenaient en lévitation. Je reculai, terrorisée, et les balles tombèrent sur le sol. Je détestais utiliser mon don. C'est à cause de lui que j'ai dû fuir. Comment est-ce que j'avais fait ça en plus ? Je n'en avais pas la moindre idée. Je me mis à observer mes mains, luisant doucement dans les ténèbres des couloirs de prison.

Rassilon : J'en ai assez vu. Balancez-les avec les autres. Et réunissez le Haut Conseil. Tout de suite.

Un des gardes ouvrit la porte de la cellule et nous jeta à l'intérieur. Les derniers mots de Rassilon résonnaient en moi. Grand damne, j'avais l'impression d'avoir fait une énorme bêtise…