Chapitre 8 : Aux origines de Gallifrey
J'étais dans les couloirs de la prison, entourée de gardes un peu trop encombrants. Et armés. J'aurais bien pris la fuite mais je n'étais pas vraiment suicidaire. Les prisonniers me lançaient des regards peu rassurants, certains osaient même me siffler. J'avais très envie de les exterminer un à un, de la manière la plus douloureuse possible. Nous remontâmes au Parlement. L'ambiance était pour le moins différente. Fauteuils luxueux, tapis sans aucun pli, des lustres en or… Je détestais les riches. J'avais vécu dans la pauvreté jusqu'à mon départ de la planète, et, pendant ce temps-là, certains profitaient d'une vie dans un fleuve d'argent. Nous gagnâmes une gigantesque salle, un unique trône en son centre, et vide. D'immenses tableaux recouvraient les murs, représentant les grandes scènes de l'histoire gallifréenne. Les gardes m'abandonnèrent à l'entrée et se retirèrent, claquant la porte. Je me sentais mal à l'aise, comme si tous les personnages des peintures me fixaient. J'aurai bien voulu disparaître. Une voix rauque retentit soudain, résonnant.
Rassilon : Vous êtes une légende, madame. Les descendants d'Oméga sont des légendes à eux tous-seuls. Savez-vous seulement pourquoi nous vous avons exterminés, pendant toutes ces années ?
Il apparut derrière moi, ses deux yeux de vipère me dévisageant. Il avait son gant, il fallait donc que je mesure mes propos. Pas de meurtre donc. Rassilon tournait autour de moi, impassible, attendant une réponse.
Moi : Parce qu'un seul de nous peut faire tomber votre petit empire. Si vous mourrez, c'est à moi de prendre le contrôle. Et ça vous rendrait fou de savoir qu'une descendante de votre pire ennemi gagnerait.
Rassilon stoppa sa ronde, face à moi, yeux dans les yeux. Je ne bougeai pas d'un cil. Il m'offrit un sourire mauvais, avant de se diriger vers son trône. J'aurais pu le tuer, pendant qu'il était retourné. Pourquoi ne l'avais-je pas fait alors ? Je n'avais pas peur.
Moi : Est-ce qu'il vous a supplié ?
Rassilon : Pardon ?
Moi : Oméga. Lorsque vous l'avez envoyé dans cet univers.
Rassilon : C'est votre Docteur qui l'a envoyé là-bas.
Moi : C'est vous qui avez donné l'ordre.
Rassilon : Non. Il ne m'a pas supplié. Il savait déjà. Passons. Voici une autre question. Pourquoi devrais-je vous épargner, alors que vous avez pour mission de me tuer ?
Je m'approchai de son trône, où il était désormais installé. Il haussa un sourcil, peu habitué à ce qu'un Seigneur du Temps lui fasse résistance.
Moi : Je peux vous proposer un marché.
Rassilon : Vous n'avez pas répondu à ma question.
Moi : Un marché.
Rassilon : Parlez toujours.
Moi : Je me met à votre service, à l'unique condition que vous libériez toutes les personnes que vous avez kidnappées. Et surtout les Docteurs. Et le Maître. Il n'a rien fait, vous n'aviez pas à le torturer.
Rassilon : Vous vous rendez ? Je m'attendais à mieux de la part d'une fille d'Oméga. Le Docteur vous a transformé en animal de compagnie. Vous êtes faites pour détruire, pas pour sauver des Renégats. Regardez plutôt.
Une image holographique apparut derrière moi. Je reconnu immédiatement la voix du Docteur, paniqué, hurlant à ses compagnons de se détacher. La salle se remplissait doucement de serpents. Le serpent, en parfait accord avec Rassilon. La voix tonitruante de Rose faisait grésiller l'image.
Rassilon : La morsure de l'un de ces serpents provoque une longue agonie de quelques jours à quelques semaines, puis la mort. Pour les Seigneurs du Temps. Les humains, c'est beaucoup plus rapide, disons, vingt minutes maximum. Stupide espèce inférieure. Maintenant, mon marché.
Je restai calme. La panique n'était pas la bienvenue pour le moment. Je me tournai vers le Lord Président. Mon instinct me hurlait de le tuer.
Moi : Qu'est-ce que vous voulez ?
Rassilon : Vous invoquez Oméga et ils sont sauvés. Et vous aussi par la même occasion.
Moi : Il vous tuera.
Rassilon : Ca, c'est mon problème.
Moi : Très bien, marché conclu. Libérez-les maintenant, et en bonne santé.
Rassilon fit un geste bizarre avec son gant et les serpents disparurent de l'écran, à la grande surprise des prisonniers. La porte s'ouvrit sur les gardes, qui détachèrent tout le monde. Quelques minutes plus tard, la cellule était vide. Rassilon referma l'interface d'un claquement de doigts, en parfaite harmonie avec l'ouverture de la porte. Les gardes balancèrent tout le monde dans la salle et se retirèrent. Je remarquai presque immédiatement le boitillement du Dixième Docteur, serrant les dents à chaque pas.
Moi : J'avais dit en bonne santé, Rassilon.
Rassilon : On ne peut pas tout avoir dans la vie.
Docteur : Oriane, dis-moi que tu n'as pas fait de bêtise.
Moi : Pas eu le choix.
Le Dixième se laissa tomber sur le sol, se tenant la cheville. Je m'accroupis près de lui et retira ses deux mains, observant la morsure sous le regard fasciné du Lord Président.
Lyria : Qu'est-ce que tu as fait ?
Moi : Presque rien. Ca fait mal là ?
Ten : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH !
Moi : Apparemment.
Docteur : Oriane, c'est quoi le presque rien ?
Moi : Je vais invoquer Oméga.
Je plaçai les mains autour de la cheville du Docteur et activai le don d'Oméga, effaçant toute trace de morsure et de poison. Le Dixième observa sa cheville, perplexe.
Moi : Voilà.
Docteur : Tu vas invoquer Oméga ?! MAIS TU AS PERDU LA TÊTE ?!
Moi : Comme si j'avais eu le choix ! Il allait vous laisser crever !
Lyria : Qu'est-ce qu'il va se passer si tu l'invoque ?
Je restai silencieuse, les yeux baissés, tandis que le rire de Rassilon, mauvais retentissait dans la pièce. Lyria cherchait à capter mon regard.
Lyria : Oriane ?
Moi : Je suis désolée. Mais je n'ai pas le choix. Ca va probablement me tuer.
