Chapitre 11

Little ashes

Little Ashes est un film britannique réalisé par Paul Morrison, sorti en 2009, avec Robert Pattinson.

En français, « little ashes » signifie « petites cendres ».

On parle un long moment. Mais pas des raisons pour lesquelles Edward et Bella sont là. C'est un sujet tabou, de manière implicite. C'est tellement énorme qu'on n'ose pas l'affronter. Edward est mal. Bien plus que Bella. Elle est dans le combat , il est dans la sidération. Je crois que seul le temps peut l'aider. Par contre, pour Bella je ne sais pas ce qu'il va se passer. Je ne vois pas comment elle pourrait échapper au fait d' aller vivre avec sa mère. Ceci dit Bella arrive souvent à ses fins, tout comme Alice.

On passe toute la matinée avec eux et je suis surpris de voir qu'en peu de temps ils se sont en effet organisés et à quel point ils sont bien installés.

Ils ont presque des habitudes de vieux couple.

Edward jette de l'eau sur le feu quand on a finit de manger et il joue avec les cendres, du bout du pied, les ramenant en un cercle de plus en plus petit et dense.

Quand on doit partir, je profite qu'Alice donne à Bella un paquet de tampons, en l'entrainant un peu à l'écart, pour donner moi aussi quelque chose à Edward.

Un paquet de préservatif. Parce que je ne suis pas idiot. Ils sont seuls ici, totalement libres et « ça » peut arriver. Il rougit mais ne dit rien de plus. Le Edward que je connais aurait fait une plaisanterie, m'aurait rappelé que Bella est si jeune mais le garçon que j'ai en face de moi est très différent de celui que je connais. Il a perdu ses repères et Bella parait bien plus mature et sûre d'elle que lui.

Il faut partir à présent.

On se serre dans les bras et on leur promet de revenir d'ici deux ou trois jours.

Ils nous accompagnent jusqu'à l'embarcadère. C'est difficile de partir, de les laisser. Ils sont côte à côte, proches à se toucher mais tous les deux ont les bras ballants le long du corps et leur solitude me prend à la gorge, tout d'un coup.

Nous montons silencieusement dans les embarcations et cette fois-ci Alice passe avec moi.

Ils nous regardent nous éloigner dans nos canoës, toujours dans la même position, et j'ai brusquement très envie de leur crier de venir avec nous, mais Edward, n'y tenant plus sans doute, crie à sa sœur:

« Embrasse maman et Emmett pour moi et… »

Sa voix se brise mais sa sœur a comprit, Alice se lève et je ne stabilise l'embarcation que par miracle…

« Et papa aussi, je le ferai Edward! »

Ils disparaissent à nos yeux et je pagaie, triste, et honteux, sans savoir pourquoi…

Alice m'aide à tirer le canoë sur la berge quand nous arrivons. Nous sommes tous les quatre calmes et silencieux. Sans doute parce que notre visite aux deux fugueurs nous a fait prendre conscience de la gravité de leurs motivations. Rien d'enfantin là-dedans. Pas un coup d'éclat à cause d'une amourette adolescente. Non, Edward et Bella sont les victimes de décisions d'adultes qui les concernent, mais les dépassent aussi. Pourtant, ils en souffrent plus que n'importe qui.

Je ramène Alice chez elle, après avoir quitté Jake et Seth. Je sais qu'ils vont voir Charlie pour lui donner des nouvelles.

Mais qui va rassurer Esmée et Carlisle?

Certainement pas Alice qui ne va jamais leur avouer savoir où est son frère et leur dire qu'Edward les embrasse mais sans leur dire toute la vérité…

Alors, quand on arrive chez eux, et qu'Esmée demande à sa fille d'aller voir Carlisle dans son bureau (je sais par Emmett que Carlisle va mal, très mal, et qu'il ne peut plus dormir), je prends Esmée par le bras et je l'attire vers l'extèrieur. Elle est surprise et lève vers moi ses beaux yeux, aujourd'hui si tristes et bordés de rouge.

J'avale ma salive et je lui dis:

« Il va bien. Edward. Il va bien. »

« Tu l'as vu? »

« Oui »

Elle me prend alors par le bars et me tire jusqu'au bureau de son mari.

Alice y est déjà et elle serre son père dans ses bras.

Esmée s'adresse à son époux:

« Carlisle, il va bien »

Ce dernier relève la tête et me fixe:

« Tu l'as vu? »

« Oui, un moment, je les ai vu. Ils vont bien, vraiment »

« Ils ont tout ce qui leur faut? »

Alice parle avant que je n'ai le temps d'ouvrir la bouche:

« A part qu'ils ont tous les deux perdus la confiance qu'ils portaient en leurs parents, ile ne manquent de rien »

Carlisle dévisage sa fille:

« Tu l'as vu toi aussi? »

Elle ne répond pas directement:

« Il vous embrasse. Tous les deux, et Emmett aussi »

Le ton de la voix d'Alice est différent, plus dur, plus pausé.

C'est une voix d'adulte.

Le regard du Dr Cullen est tout d'un coup plein d'espoir, et en même temps sa douleur est encore plus palpable.

Je ne peux pas en supporter davantage et je quitte la pièce, me dirigeant vers ma voiture.

Alice me suit.

« Tu reste ici ou tu veux venir avec moi? »

Elle s'approche de moi sans répondre et, sans me toucher, elle pose sa tête contre mon torse.

Je prend alors son visage entre mes mains et le redresse vers moi.

Elle a les yeux fermés et je me penche pour l'embrasser.

Enfin.