Chapitre 13

The yellow handkerchief

The Yellow Handkerchief est un film américain réalisé par Udayan Prasad, produit en 2008, avec Kristen Stewart

En français, on peut traduire ce titre par « le foulard jaune ».

Esmée PDV

Je dois voir mon fils.

Lui parler.

Je veux qu'il comprenne.

Lui expliquer, le raisonner. Lui dire à quel point nous l'aimons, son père et moi. Lui demander pardon.

Jasper est le seul qui m'amènera. Alice mentira sans vergogne et les Quileute refuseront tout net: ils ont un esprit de meute impressionnant, qui les empêchera de m'aider.

Je vais le réveiller, et je suis prête à faire preuve d'autorité s'il le faut mais Jasper me conduit, sans faire de difficultés, comme je m'y attendais.

Bien sûr il est contrarié de le faire, mais il n'argumente pas. Jasper est un garçon honnête et droit. Il a du respect, et, je l'espère, de l'affection pour moi. Pour ma part je l'aime beaucoup, comme un fils.

Cold Creek Manor. J'en ai entendu parlé mais je n'y suis jamais venue.

Mais les indications de Jasper sont claires, et ce n'est pas bien loin: je suis devant leur campement en moins de 2 minutes après avoir croisé et caressé Heidi.

La tente beige se dresse devant moi, fermée.

Il y a des caisses métalliques, sans doute pleines de provisions, juste à côté, et des chaises, ainsi qu'une table pliante. Une glacière. Des cannes à pêche.

Je prends mon courage à deux mains et je m'agenouille devant la tente. Je remonte la fermeture éclair et passe la tête dans l'habitacle.

Une odeur d'adolescent et de nuit me prend à la gorge mais je n'en tiens pas compte.

Mes yeux s'habituent à l'obscurité et je les vois.

Ils ne sont pas dans leurs sacs de couchage qui ont été ouverts et qui sont simplement posés sur eux.

Edward dort sur le dos, un bras relevé au dessus de sa tête, comme quand il était bébé.

Pour ce que je peux en voir il est torse nu.

Bella est couchée sur le côté, la tête reposant sur la poitrine d'Edward, la main de mon fils se perdant dans ses cheveux. Elle n'est couverte qu'à partir de la taille et ne porte, en haut, qu'un soutien gorge de coton gris.

Je demeure interdite.

Cela fait longtemps que je vois les rapports entre ces deux-là évoluer, et je m'attends depuis des mois à ce qu'ils sortent ensemble, comme pour Jasper et Alice d'ailleurs.

Mais là je me sens une intruse.

Je comprends enfin qu'ils sont là chez eux, et que je n'y ai pas ma place. Cet endroit est leur refuge, leur sanctuaire. Ils ont besoin de temps pour accepter les décisions des adultes.

J'ai honte, tout d' un coup. Et je veux m'en aller mais Bella ouvre les yeux.

Elle ne crie pas, ne s'affole pas , elle ne réveille pas Edward.

Elle me regarde en silence , se redressant sur son coude.

De manière tout à fait inattendue je la trouve changée.

Bella a toujours eu un petit côté sauvage mais il ressort encore plus ce matin.

Ses cheveux sont emmêlés et sa joue porte des griffures sans doute dues à des ronces mais ce n'est pas que cela. Bella ressemble encore plus à Leah à présent. Ce sont des filles de la nature, sauvages et indisciplinées.

J'ai toujours su que je les admirais, à présent je sais que je les envie également.

J'envie le caractère de Bella, sa détermination farouche et la fidélité à ses valeurs dont elle fait preuve. A un moment de ma vie, j'aurais bien voulu avoir autant de courage et de bravoure.

Mon regard se pose sur Edward. Il dort toujours, ses lèvres entrouvertes, sa poitrine nue se soulevant au rythme régulier de sa respiration.

Lui aussi me parait changé.

Je vois la carrure de sa mâchoire, ses muscles bien dessinés, son visage qui n'a plus rien d'enfantin.

Mon fils est un homme. Un homme à qui on a menti, qui se sent trahi.

Je me tourne à nouveau vers Bella et lui souris. Je dois retenir mes larmes, encore un peu.

Je détache le foulard jaune de mes cheveux et le tends à Bella en chuchotant:

« Dis à Edward de l'attacher au grand arbre à côté de l'endroit ou vous mouillez les canoës quand il sera prêt à nous parler, à son père et à moi »

Elle le prend sans un mot mais fait oui de la tête.

Je résiste à l'envie de la serrer contre moi et je repars vers Jasper et le bateau.

Bien sûr il est surpris mais il ne me pose pas trop de questions, se contentant de me ramener. Je connais le chemin à présent. Mais il ne dit rien. J'espère sincèrement qu'il ne m'en veut pas. Sans doute que non: c'est Jasper…

Je suis désemparée, triste, mais j'ai comprit que je ne peux pas obliger mon fils à revenir vers moi, à nous comprendre.

Il doit faire le premier pas.

Je lui ai donné l'occasion de le faire.

A présent il ne me reste qu'à attendre.