2.

- Algie !

Aux prières de son père, le secouant par ailleurs comme un prunier, Alguérande rouvrit les yeux.

- J'ai encore cauchemardé ?

- Tu as hurlé comme un possédé, oui ! Algie, tu émerges ?

- Je me sens plus bizarre à chaque fois, souffla le jeune homme en usant du drap pour éponger son visage ruisselant de sueur. Pouchy m'avait prévenu, par télépathie, lors d'un de mes sommes, je deviens plus impuissant à chaque instant qui passe… Sauf que là, j'ai l'impression d'être en ébullition…

- Je te conduits sous la douche, pour te rafraîchir, Algie, murmura Albator. Tu dégoulines par tous les pores… Tu sembles plus mal à chacun de tes rêves démoniaques…

- Oui, une vérité bien établie, papa, souffla Alguérande en étant dirigé vers sa salle de bain, déshabillé, et glissé sous le jet frais qui chassa toute surcharge thermique de son corps.

Albator laissa son fils un long moment sous la douche ?

- Ça va mieux, Algie ? interrogea-t-il en lui tendant un grand essuie de bain.

- Mon esprit se clarifie… murmura le jeune homme en se séchant. Mais juste un moment… Non, ça ne va pas, papa ! Je crains de bientôt m'effacer devant la créature qui m'habite et me domine chaque jour un peu plus… Fais-moi un serment, papa !

- Non, je ne crois pas de…

- Si tu es là, et que cet esprit m'envahit, que je suis encore Humain : descends-moi !

- Je ne pourrai jamais…

- Oh si, je suis sûr que tu le feras si je devenais une menace. Ce qui va arriver.

- En attendant, je vais chercher une solution.

- Quoi, tu vas passer une petite annonce pour trouver un Autel de Désincarnation ?

- Pourquoi pas ? Pourquoi ça n'existerait pas ? ! J'aimerais bien que Pouchy vienne me visiter dans mes songes, je n'ai pas ta facilité à contacter tes potes du surnaturel !

- Je lui en toucherai deux mots, sourit Alguérande. Quoi que, il te suffit juste de le vouloir très fort et il percevra ta prière !

- Tu vas te recoucher, dormir ?

- Oui, dans quelques heures j'ai rendez-vous avec le général Hurmonde pour entendre ma condamnation, fit le jeune homme, lugubre.


Alhannis poussa le sucre vers son cadet à la crinière fauve.

- Si je te gave de suffisamment de saccharose, tu seras peut-être tellement occupé à digérer que tu dormiras comme du plomb la nuit prochaine, sourit-il.

- Je suppose que toi aussi, je t'ai tiré du sommeil ?

- Difficile de te louper. Papa a dit qu'il s'occupait de toi. Heureusement que Khélye était chez mes beaux-parents avec notre enfant. Tu as l'air d'aller mieux.

- C'est bien exactement cela « ça à l'air »… soupira Alguérande.

- Tu veux que je t'accompagne au QG de ta Flotte ? proposa son aîné à la chevelure de feu.

- Non, c'est une démarche que je dois faire seul.

- Tu reviens juste après, promis ?

- Promis, je ne vais pas fuguer ou me flinguer ! ne put s'empêcher de rire Alguérande.

- Ni encore cogner ton général ? glissa Alhannis.

- Une fois m'a suffi ! assura son cadet.

- Je penserai bien à toi, Algie !

- Merci. Mais les dés sont déjà jetés depuis un moment, je le crains.

- Toujours jouer la partie jusqu'au dernier coup, c'est papa qui le dit !

- Je sais !


Alors que son cadet attendait qu'un des chauffeurs de la propriété lui ramène son véhicule des garages, Alhannis lui avait à nouveau proposé de lui tenir compagnie jusqu'au QG de la Flotte terrestre.

- Et, s'il se passe le pire, Algie ? Comment réagiras-tu ?

- Je deviendrai Pirate ? hasarda Alguérande. Je viens de passer quelques temps sous cette bannière et ça m'a plutôt bien plu !

- Je ne suis pas sûr que la carrière de notre père lui assure une bonne retraite. Heureusement qu'il y a la gestion du domaine et les loyers de ceux qui en exploitent les terres, entre autres rentrées !

- Je ne crois pas que notre père soit du genre à compter sur une retraite ! gloussa Alguérande. Il pèterait plutôt le dentier au premier qui lui demanderait d'ouvrir un dossier pour faire valoir ses droits… Quoique, j'ai un doute sur le fait que piller soit considéré comme une source légale de revenus !

Le puissant tout-terrain arrêté devant lui, Alguérande perdit illico le sourire en y prenant, démarrant pour quitter le domaine.