3.

Le général de la Flotte terrestre avait reçu Alguérande dès son arrivée.

- Est-ce que je dois redouter que vous grimpiez à nouveau aux rideaux ? grinça Joal Hurmonde.

- Non, je sais exactement ce que vous allez m'annoncer. Cette fois, il n'y aura nulle surprise. En fait, je crois que cela se résume en un de ces deux mots : suspendu ou viré ?

- La suspension était inévitable, remarqua le général.

- Et… combien de temps ? s'enquit paisiblement Alguérande.

- Ca, cela dépendra du nouveau pensionnaire en vous, répondit Joal Hurmonde.

Alguérande sursauta.

- Papa et vous, avez encore discuté !

- Disons que votre père avait des infos qu'il ne pouvait me dissimuler.

- Et vous les avez transmises… à l'état-major ? souffla Alguérande.

- Non. Je pense que votre cas était déjà suffisamment grave ainsi ! Ce dont je lui ai parlé, en revanche, c'est du petit complot que votre père et moi avions ourdi.

- Mais cela n'excuse nullement mon acte, fit sombrement le jeune homme.

- Je ne serais pas contre en entendre !

- Quoi donc ? !

- Des excuses.

Mais ce fut par une question qu'Alguérande répondit.

- Pourquoi, général ?

- Pourquoi, quoi ? rétorqua Joal Hurmonde, surpris.

- Pourquoi avez-vous été prêt à payer de votre personne pour finir de me remettre les idées en place ?

- Vous connaissez l'expression « aux grands maux les grands remèdes » ? Votre père s'était proposé de transmettre le message, mais il savait que, sur lui, vous ne porteriez jamais la main, sauf à moins de complètement vous détraquer le ciboulot alors qu'on voulait vous le remettre en place ! Et il fallait aussi une raison impérieuse pour vous contraindre à déserter !

- Jusqu'où étiez-vous disposé à vous laisser molester ? poursuivit Alguérande.

- Pas trop, reconnut le général de la Flotte. D'où l'intervention rapide et musclée de mon service de sécurité !

- J'ai constaté, en effet… Mais pourquoi accepter que j'aille jusqu'à vous frapper ?

- Je voulais m'assurer que le plan fonctionnait, totalement. En étant aux premières loges, j'étais le plus apte à en juger !

- Si vous devez être ainsi en première ligne pour tous vos commandants de bord…

- Je ne le fais que pour les meilleurs ! déclara simplement Joal Hurmonde. Et nous avions besoin de vous !

- Oui, ça aussi. Alors, c'est donc cela le programme : je m'excuse puis je trouve le moyen de faire sortir Fafnir de moi ?

- Et très vite ! jeta Pouchy en apparaissant dans le bureau. Un des meilleurs guerrier du Bien qui existe ne connaît qu'un seul moyen pour le faire : te transpercer de sa lance !

- Mais, votre frère est aussi un guerrier du Bien ! protesta le général de la Flotte une fois remis de sa surprise et de son émotion. Ces deux-là ne peuvent pas s'entretuer ! Vous allez mettre votre frère en sécurité, Pouchy ?

- Il n'y a nul endroit sûr… Siegfried est du bon côté de la barrière, toutes les portes lui sont grandes ouvertes ! J'ai moi-même été contraint de l'accueillir dans mon Sanctuaire !

- Pouchy ! vitupéra son aîné à la crinière fauve.

- Désolé, Algie. Ce sont nos règles.

Le jeune homme blond esquissa un faible sourire.

- Mais rien ne m'empêche de trouver le moyen de te débarrasser de ce Dragon de trop en toi !

- Dépêchez-vous, intima Joal Hurmonde. Que ce soit par un moyen normal, ou non, rejoignez votre père, il est prêt à repartir pour fouiller la mer d'étoiles.

- Vous deux, vous vous entretenez bien trop souvent ! grommela Alguérande.

Pouchy eut un instinctif mouvement des épaules comme pour faire apparaître ses ailes.

- Je plaisantais, jeune Waldenheim, prenez la porte comme tout le monde, même si mes secrétaires ne comprendront pas comment vous avez pu rentrer !

- Oui, général.

- Au fait, commandant Waldenheim, je les attends toujours !

- Quoi donc ?

- Les excuses !


Alhannis reparti pour son entreprise de conception de logiciels informatiques, Salmanille avait embrassé ses deux autres fils.

- Bon voyage, et soyez prudents ! Avez-vous une idée de où vous allez voler ?

- J'ai parlé à papa des Célestines. Il y a là de nombreux Sanctuaires, et qui sait celui où il y aura un être plus fort que Fafnir pour le faire sortir. Moi, je serai là pour m'interposer pacifiquement si Siegfried déboule !

- Et Talmaïdès, Zartiguryan, ou même le Thanatos, ils ne peuvent rien, à eux trois ?

- Fafnir passe l'éternité à se réincarner, il faut un sortilège vraiment puissant, et aucun d'eux ne le connaît.

- Je prierai pour vous.

Truffy sur ses talons, Alguérande accompagné de Pouchy monta dans le spacewolf posé sur la piste privée et qui allait les amener directement à l'Arcadia où leur père les y avait précédés.