6.

- Je crois que je n'ai pas à t'expliquer le fonctionnement… fit tristement le Doc Mécanoïde de l'Arcadia. Je t'ai préparé toute une pochette de doses… Je voudrais souhaiter que tu n'aies pas à t'en servir… Mais ce sera inévitable vu que nous n'atteindrons pas ce fichu Sanctuaire de Kormadon avant encore près des dix jours !

- Je sais. Pourquoi crois-tu donc que je t'ai demandé de me préparer ces fléchettes ? soupira Albator. Alguérande m'a prié de l'abattre, je le ferai, le moment venu, mais à ma manière !

- Cette langue, c'était Fafnir qui prenait physiquement le dessus ?

- Selon toute évidence, gémit le grand Pirate balafré. J'ai à mon bord la pire des bombes à retardement. Celle que j'aime le plus au monde et que je ne pourrai jamais tuer !… Sauf, comme il l'a dit, s'il menaçait les autres êtres les plus chers à mon cœur. Là, j'espère avoir l'alternative, le temps de parvenir à cette Flèche de Trucmuche !

- Ce sera juste un sursis, capitaine. Même les plus puissants sédatifs n'arrêteront pas l'esprit de Fafnir, juste le corps d'Alguérande !

- Lors de ce premier grand réveil, Pouchy tentera quelque chose… Mais ensuite, oui, il me faudra envoyer Alguérande dormir… Peut-être pour l'éternité juste après !

- Je suis désolé, souffla le Doc Mécanoïde.

- Et moi donc !


Après avoir passé la compresse sous le robinet d'eau froide, Pouchy revint près du fauteuil où son aîné tremblait comme une feuille, ses mèches fauves détrempées de sueur.

- Ca va te rafraîchir, un peu. Je vais la poser sur ta nuque, là où coule une veine importante de ton organisme. Tu sentiras le soulagement rapidement.

- Merci, mon Pouch'.

- Comment tu te sens ?

- En ébullition ? N'est-ce pas contradictoire avec le fait que les reptiles aient le sang froid ?

- C'est la fureur renaissante de Fafnir.

- Je sais. Où est Siegfried ?

- Il se cache. Il approche… J'ai peur, Algie !

- Si seulement je n'étais pas la cible, je pourrais te rassurer, Pouchy. Pardonne-moi !

- Non, j'ai à prendre soin de toi. Ce n'est que mon tour, après tout ce que tu as accompli ! Comment tu te sens ? répéta le jeune homme blond.

- Mal, le cœur battant la chamade, prêt à exploser bien qu'il ait été déjà percé d'une balle ! J'ai la tête qui tourne et la désagréable sensation de perdre le contrôle de mon propre corps. J'ai chaud, Pouchy ! Oh oui, j'ai si chaud !

Pouchy tapota son oreillette.

- Doc Surlis, je crois que mon frère a grand besoin d'un bain de glaçons !

- Je t'envoie une équipe médicale pour le plonger dans une baignoire réfrigérée !

- Vite, Doc !

Avec un soupir de soulagement, Alguérande revint à lui à l'Infirmerie de l'Arcadia.

- Surlis…

- J'ai déjà prévenu ton père que tes constantes conscientes remontaient. Il sera bientôt là. Algie, tu te sens comment ?

- Pourquoi tout le monde me pose cette question ? Enfin, si, je sais… Je m'efface, je les menace…

Le Doc Mécanoïde épongea d'un drap de bain déjà chauffé le corps du jeune homme qui sortait de la baignoire fumante où tous glaçons avaient fondu au contact de sa fièvre.

- C'est pour bientôt, souffla Surlis. Même le Mécanoïde que je suis le perçoit ! Pouchy ?

- Il va scinder les Dragons en moi. J'affronterai Fafnir au corps-à-corps… Espérons que cela suffise, sinon il faudra en venir à cette Flèche Tagada !

Le Doc Mécanoïde soutint le jeune homme qui avait vacillé et tremblé sur ses jambes.

- Tu perds la mémoire, Algie… Je dois le signaler à tes parents et à ton petit frère !

- Léllanya ne sera jamais ma mère ! se révolta Alguérande dans un sursaut, le regard affolé.

- Désolé…

- Je crains que tu n'aies souvent à le répéter, vieille boîte de conserve obsolète ! rugit Fafnir.

- A ton service, Dragon antique, mais là, je préserve mon ami bien vivant, en chair et en os !

Alguérande ricana.

- Mais, arrête de parler aux corneilles – je sais, on devrait dire « bailler » - Surlis, mais je suis là, moi, Fafnir ! se réjouit le Dragon Maléfique en prenant entière possession d'Alguérande.

- Non…

- Si, Humain, emmène-moi à l'âme de ce cuirassé, que je puisse le détruire !

- Oui, Fafnir, obéi Alguérande.