8.
- Quand arriverons-nous à destination ? jeta Pouchy, fébrile.
- Toujours dans soixante-douze heures ! répondit calmement son père. Car à moins que tu n'utilises tes talents particuliers, l'Arcadia ne peut pas aller plus vite que sa pleine vitesse !
- Je pourrais téléporter Algie à la Flèche de Smogdar, mais comme nous devons tous l'assister, nous avons à user des moyens normaux ! Ton cuirassé est un trop gros morceau pour moi !
- C'est surtout que tu dois disperser ton énergie pour bloquer Siegfried, remarqua Albator. Il ne te reste donc pas assez de forces pour téléporter l'Arcadia.
- Hier, je l'ai arrêté net avant que ce ne soit toi qui ne lui sautes à la gorge ! Je ne puis lui faire de mal, mais je dois continuer de l'entourer d'une bulle de sécurité afin qu'il ne sache pas en sortir pour approcher Alguérande ! expliqua le jeune homme blond. Algie ?
- Doc Surlis continue de le faire dormir. Mais comme je l'ai dit l'autre jour, les drogues ne pourront arrêter Fafnir s'il décide d'à nouveau s'approprier son corps… D'ailleurs, l'a-t-il vraiment quitté ?
Pouchy secoua la tête de façon négative.
- Non, c'est juste sa projection physique qui s'est évaporée sous nos yeux. Son esprit demeure bel et bien en Algie, attendant de pouvoir fusionner à nouveau avec son enveloppe corporelle !
- Donc, si je comprends bien, Fafnir est déjà à Kormadon et il nous attend ? fit le grand Pirate balafré.
- Oui, papa.
Pouchy se rembrunit plus encore.
- Là, je devrai relâcher la bulle autour de Siegfried, pour concentrer toute ma puissance sur Fafnir, en effet.
- En ce cas, j'assurerai tes arrières.
- Non, ce sera ma tâche, décréta Léllanya en intervenant. J'ai moi aussi mes pouvoirs. Même si l'autre fois je n'ai pas su respecter mes engagements. Siegfried est un guerrier avec un code d'honneur très strict, il ne s'en prendra pas à une femme qui ne l'attaque pas. Cela vous donnera un peu de temps supplémentaire.
- Ce ne sera pas du luxe, marmonna Albator. Et toi, Pouchy, que sais-tu de cette Flèche de Smogdar ? Comment peut-elle aider ton aîné ?
- Elle va définitivement scinder Alguérande et Fafnir en deux entités distinctes et là Léllanya et moi pourrons projeter tous nos pouvoirs sur Fafnir. Faudra juste espérer que ça suffise…
- Je pense au contraire que ce sera enfantin, intervint encore Léllanya en agitant ses petites ailes. En ayant séparé Algie de Fafnir, la lance de Siegfried n'aura qu'à finir le travail ! Nous, nous n'aurons qu'à ramener Alguérande ici ! Albator ?
- Toujours aussi stratège, toi. Nous ferons donc ainsi. A présent qu'il nous reste soixante-douze heures, prenons tous du repos. Les heures sur Kormadon seront brèves mais intenses.
- A tes ordres, capitaine, fit docilement Léllanya.
Pouchy fut le premier à quitter la passerelle de l'Arcadia et les portes se refermèrent derrière lui.
- Quand je conseillais de se reposer, je pensais qu'au moins une personne obéirait !
- Je ne pouvais pas le laisser seul, murmura Pouchy. Qui sait, dans ces soixante-douze heures, ce qu'il adviendra d'Algie ! ? Et là, il dort tellement paisiblement. Ces derniers temps ont vraiment été éprouvants pour lui !
Albator posa les mains sur les épaules du plus jeune de ses fils, son regard passant à côté de lui pour se poser sur Alguérande qui dormait à poings fermés.
Il eut un soupir.
- Est-ce que ça pourrait être aussi simple que Léllanya l'a décrit ? reprit-il.
- En théorie, elle a parfaitement raison. Mais Fafnir ne se laissera pas faire. Il sait que la Flèche de Smogdar est à double tranchant pour lui : d'une part, il a besoin d'être séparé du corps de son hôte pour se réincarner entièrement, mais il n'ignore pas qu'en agissant ainsi il s'offre sur un plateau à Siegfried ! Nous aurons très peu de temps.
- Et Siegfried ?
- Nous devrons nous aussi agir très vite, car Siegfried voudra abattre Fafnir avant même qu'il ne sorte de son corps ! Pour l'empêcher de se réincarner, il a la meilleure des opportunités en achevant Alguérande !
- Bref, nous devrons prendre garde à Fafnir devant nous, et à Siegfried dans notre dos ?
- Oui, papa.
Le jeune homme blond bâilla.
- Tu avais entièrement raison, je tombe de sommeil. Je vais me coucher !
- Tu es soumis à rude épreuve, toi aussi, mon grand. Et tu as juste un peu plus de vingt ans ! J'aimerais ne pas devoir autant me reposer sur toi, mais il n'y a pas d'autre façon de faire. Dors bien.
- Toi aussi, papa. Tu retournes à ton appartement ?
- Je vais d'abord rester encore un peu au chevet de ton frère. Quand Doc Surlis viendra lui faire sa nouvelle série d'injections, j'irai m'allonger moi aussi.
Pouchy reparti, Albator s'assit à côté du lit d'Alguérande pour veiller un moment.
