10.

Albator se redressa, armes aux poings.

- Siegfried, ne t'approche pas d'Alguérande ! menaça-t-il. Mes cosmogun et gravity saber ne peuvent rien contre un être surnaturel, mais je les utiliserai pour préserver les miens, tu pourras me vaporiser en retour. Je suis un guerrier, je me suis toujours battu pour mes convictions, sauf durant cinq années. Approche, et je t'assure que mes tirs te chatouilleront malgré tout !

- Non, aucune chance, rit le Guerrier Eternel en continuant d'approcher dans le cercle, sa lance toujours levée en position de frappe !

- Jamais ! rugit Albator en se précipitant pour s'interposer.

Mais, pas assez rapide pour un Héros Millénaire, il ne put empêcher Siegfried de toucher Alguérande une fois de plus en pleine poitrine !

- Que lui as-tu fait ? ! glapit Albator, catastrophé, le cœur étreint par la plus folle des angoisses.

- Je viens de tuer Fafnir, de le renvoyer à des siècles d'hibernation, j'espère bien ! Son enveloppe charnelle est redevenue cendres, son esprit a été éteint pour le plus long des sommeils. J'ai rempli ma mission ! se réjouit Siegfried.

- Oui, j'ai vu. Je suis borgne, pas aveugle !

- Fafnir était un Dragon, le plus puissant qui existe. Lui détruit, les quatre de Jura se sont réveillés. Et il restait encore bien assez d'énergie pour votre fils, capitaine Albator !

- Quoi… ? ! hoqueta le grand Pirate balafré, n'osant espérer dans les derniers propos du magnifiques guerrier androgyne à la longue crinière d'un blond pâle. Siegfried, vous voulez dire…

- Vous pouvez continuer à me tutoyer. Je sais que c'était de l'ironie et un tantinet d'irrespect, mais vous me craigniez et me respectiez pour même l'absolutisme de ma mission. Là, j'apprécie votre vouvoiement, mais je préfère, pour les instants qu'il me reste, le tutoiement familier de compagnons de combats, même s'il vient uniquement de moi ! Et, pour répondre à votre question : il restait bien assez d'énergie dans ma lance pour rendre sa vitalité et ses pouvoirs entiers, immédiatement, à Alguérande. Il va en avoir grand besoin !

- Quelle bonne surprise… ne put s'empêcher de grincer Albator alors que contre lui Alguérande avait commencé à se ranimer.

- J'ai accompli ma mission, répéta Siegfried. Je peux repartir.

- Non ! J'ai besoin de toi, et au plus vite ! jeta Alguérande en se remettant debout, l'éclat de la vie revenu dans ses prunelles grises, soulagé, serrant fortement dans sa main celle de son père.

- Tu es plus fort, seul, que je ne le croyais, admit Siegfried.

- Je l'ai toujours été. Mais on m'a brisé à la base… J'ai été mis à terre comme un débutant dans ce monde surnaturel… Je crains de ne pas pouvoir remettre l'ordre dans la Ceinture Surnaturelle, sans aide. Et tu es de ceux qui s'y sont réveillés… Siegfried ?

- Une collaboration ? C'est ce terme de Mortels que tu me proposes ?

- En effet.

Se sentant désormais parfaitement ferme sur ses jambes, la force de Fafnir lui ayant – à son corps reptilien défendant – rendu toutes son énergie, Alguérande se sentait tout simplement revenu à la vie, et plus en forme que jamais !

- Les Titans, Morkadem qui les a réveillés et tous les autres que j'ignore depuis que j'ai dormi des jours durant, et même encore le souvenir de Fafnir qui perdure bien qu'il ait été vaincu… Je ne m'en sortirai pas sans aide !

- Alguérande ! protestèrent, en un avertissement instinctif Albator, Pouchy et Léllanya.

- Je suis lucide, désolé… Mais, j'attends ta réponse Siegfried.

- Pourquoi ? s'étonna sincèrement le Guerrier Eternel. Pourquoi moi, je veux dire ?

Alguérande partit dans un grand rire.

- Tu es pire qu'un militaire de la Flotte ! Tu obéis aveuglément, tu suis ta mission, ta destinée – et je suis désolé que tu aies à te réveiller, encore et encore, pour combattre le même monstre… Une sorte d'éternité sans fin, un pléonasme, tu t'en accommodes ?

- J'y suis habitué. Et bien que toujours sous sa forme de dragon, Fafnir demeure mon ennemi. En revanche, contrairement à ce que tu peux croire, la situation change toujours ! Crois-moi, la configuration en ces instants sur Kormadon, avec ton frère et tes parents, elle était inédite !

Siegfried abaissa sa lance, sourit.

- En quoi puis-je t'aider, Alguérande ?

- Il faut rendre sa tranquillité à la Ceinture Mythologique. Et je n'ai pas eu l'enseignement nécessaire pour connaître mes ennemis… J'ai besoin de toi, Siegfried. Tu viens ?

- Avec plaisir !