11.
Pas entièrement rassuré quant à l'apparition de meilleurs sentiments vis-à-vis de son aîné à la crinière fauve, Pouchy jeta un regard suspicieux à Siegfried qui comme à son habitude polissait l'une des lames de sa lance.
- Pourquoi n'as-tu pas guéri ses blessures à la gorge quand tu lui as rendu ses forces ?
- Je ne détenais que la puissance résiduelle de Fafnir. Et ce n'est que parce que le Dragon est l'emblème de ton frère que cela a marché, rétorqua paisiblement le Guerrier Eternel. Je n'ai aucun pouvoir d'influer ses les déchirures que Fafnir lui a infligées.
- Ca va aller, assura Alguérande dans un chuintement.
- Toi, tais-toi ! intima Pouchy. Avec ton laïus près de la Flèche, tu as rouvert plusieurs de tes incisions ! Pas possible une pipelette pareille !
- Quelles sont tes intentions, une fois de retour dans la Ceinture Mythologique ? interrogea Albator.
- Je…
- Je parlais à Siegfried ! Toi, tu la boucles !
Alguérande se contenta alors d'un ricanement.
- Morkadem aura tout le temps de ranimer d'autres entités légendaires… Il va falloir créer un Cube Galacto-Temporel.
- Et ainsi, elles y seront enfermées, compléta Léllanya. Ensuite, il faudra régler son compte à Morkadem et à ses Thiiris gélatineux !
- Vous y arriverez, tous les trois ?
- Fafnir est encore présent dans ma lance, je l'y sens vibrer, reprit Siegfried. Avec les quatre Dragons de Jura réveillés et celui d'Algie, les forces devraient être équilibrées. Les dragons sont redoutés de toute éternité, ce sont les rois des mythologies, leur symbolique est puissante. Et une fois ce petit monde remis à sa place, la Ceinture Mythologique retrouvera son calme habituel. Et moi, je pourrai me rendormir.
- Alguérande, tu veux bien passer à mon cabinet, je dois refaire ton pansement, pria Doc Surlis via l'interphone de la passerelle.
- Il arrive de suite ! jeta Albator avant même que son fils balafré n'ait eut le temps d'ouvrir la bouche ! Allez, file, toi !
- Attendez un peu que j'aie à nouveau le droit à la parole, grommela le jeune homme en obéissant néanmoins.
Alguérande sorti, Siegfried se leva.
- J'ai eu beau lui rendre ses forces, il n'est pas en grande forme. Ces blessures à la gorge l'éprouvent.
- C'est surtout que pour lui qui a généralement l'habitude de commander son cuirassé, et de façon moins facile ses démêlées surnaturelles, inaction et mutisme lui pèsent infiniment, admit le grand Pirate balafré, la mine préoccupée.
- Reprendre l'action, et vaincre Morkadem et ses troupes, achèveront de le remettre en état, fit Léllanya. Votre présence à tous lui fait beaucoup de bien et le dope. Cela est plus important dans son état que les soins de Surlis !
Elle fit la grimace.
- Enfin, notre présence à presque tous, rectifia-t-elle machinalement.
- Cela n'aurait pas été pas la même chose sans toi, il fallait que tu sois de la partie, la détrompa Albator.
- C'est gentil, mais il ne faut pas le dire si…
- Je le pense, l'interrompit le capitaine de l'Arcadia. Tu l'as mis au monde, cela ne s'effacera jamais. Et, au moins maintenant, tu tâches de faire le bien, ça change ! Disons que tes années noires et machiavéliques ont été bien plus nombreuses que les miennes et que le fond entretenu par notre Roi Pirate t'a permis le développer à des niveaux de sadisme insoupçonnés… Mais tu étais née avec le même fond pu et bon qu'Algie, il faut que je me raccroche à cela pour te tolérer, apprécier même que tu sois notre camarade de combats !
- Vous lui faites du mal, capitaine, gronda Siegfried. Je n'ignore rien des relations entre vous, Alguérande, et cette Elite. Et, justement, Léllanya est une Elite, elle a droit au plus grand respect ! Vous l'insultez ! se révolta le Guerrier Eternel.
- Albator a raison, l'apaisa Léllanya, avec aussi un petit geste amical de la main. Devenue Elite, j'ai la pleine conscience de mes actes passés, je me souviens de chacun, et ça tourne en boucle dans ma tête. Je ne suis jamais en repos. J'ai commis des atrocités, envers deux êtres innocents, je leur ai imposé ma présence, mon souvenir. Je payerai durant l'éternité, et c'est une sentence faible pour ce que je leur ai fait !
- Tu peux arrêter de gémir sur ton sort ? ! aboya Alguérande d'une voix basse et sifflante. Nous avons à nous préparer à l'affrontement ! Compris, je ne dis plus un mot supplémentaire… Oups, je rectifie : Pouchy, tu peux nous aider à tous communiquer par télépathie afin que nous mettions notre plan au point ?
- Immédiatement, Algie ! J'aurais dû y penser dès le premier instant ! Excuse-moi, grand frère !
- Agis, Pouchy, un point c'est tout ! intima son père.
- Mais, tu ne pourras pas venir, papa.
- Mais je sers de taxi ! J'ai le droit de participer !
- Ca ne fonctionne pas ainsi ! Tu as un chromosome doré ?
- Non…
- Alors, tu resteras ici le moment venu, désolé !
- Passons. Et faites-moi part de vos intentions, les jeunes.
- Je suis beaucoup plus vieux que vous tous, rappela Siegfried !
- Et moi je suis l'héritier en cours de générations de guerriers au chromosome doré, je suis donc l'aîné, revendiqua Alguérande par la pensée !
- Ces gosses, continua de récriminer Albator. Léllanya, tu protèges leurs pensées de Morkadem, qu'il ne les intercepte pas ?
- C'est déjà en cours, Albator, assura-t-elle.
