12.
- Heureusement que je suis éternel, mais je n'ai jamais connu un être aussi borné que cet Alguérande Waldenheim, et après sa mère, c'est le reste de la famille qu'il ramène à présent avec lui !
- Pourquoi n'écrases-tu pas ce cuirassé vert comme une coquille de noix ? questionna Thioum, le chef des Thiiris gélatineux.
- Je ne peux pas. Qu'il en soit conscient ou non, mais tous les alliés du passé sont rassemblés autour de ce vaisseau, gronda Morkadem. De Talmaïdès la première à Léllanya la dernière en date. Ils forment un véritable bouclier. Et Quelgann le Thanatos a déployé toute son énergie pour empêcher que des âmes basculent dans son monde… Alguérande vient porter la bataille finale sur mon territoire.
- Tu as aussi tes troupes, rappela Thioum : Cerbère, Manticore, deux Rakshasa, Sasquatch et une poignée de Succubes, entre autres !
- Oui, je vais devoir tous les lancer pour tenter de briser le mur établi par les amis de ce jeune Humain ! Qu'il continue d'approcher, il va se prendre la gifle de sa vie et ne jamais s'en relever ! Thioum, va rassembler ces créatures, qu'elles soient prêtes à fondre sur leur cible quand elle sera au cœur de mon Sanctuaire !
- Avec plaisir, Morkadem ! se réjouit le Thiiris au corps mou.
Avec ses doigts de fée, le Doc Mécanoïde de l'Arcadia avait à nouveau désinfecté les incisions à la gorge de son patient à la crinière fauve, avait posé un nouveau bandage autour de sa gorge afin qu'en bougeant ou en parlant, il ne fasse plus sauter les points de sutures ou ne rouvre les plus petites plaies, faisant alors couler le sang directement dans son estomac.
- Je voudrais t'enjoindre au repos, au silence, mais c'est tout le contraire qui t'attend, soupira Surlis en fixant le pansement. Ce n'est pas trop serré ?
- Ça va, je pourrai encore rugir comme un dragon si nécessaire, ironisa le jeune homme dont les joues habituellement juvénilement roses étaient désagréablement pâles et creusées.
- Je te le déconseille, sinon là tu pourrais bien te noyer dans ton propre sang !
- A ce point ? souffla Alguérande.
- Ceux de ta lignée sont toujours extrêmes dans leurs réactions, que ce soit verbalement ou physiquement ! Et tes blessures sont profondes et graves. Ce n'est pas juste en utilisant la télépathie que tu pourras mettre ta gorge au repos suffisamment longtemps que pour cicatriser en profondeur. Arrête un peu de parler, d'ailleurs !
- Marre…
- Non, élémentaire prudence. Ce qui n'est pas non plus un trait de caractère des guerriers balafrés de ta famille ! poursuivit le Doc de l'Arcadia, la mine inquiète. La carotide a été lésée, les efforts…
Alguérande se saisit de la tablette la plus proche, pianotant du bout des doigts.
- Je n'ai pas le choix, écrivit-il. J'ai à le faire, un point c'est tout ! Et dans moins de trente-six heures, j'aurai un combat à mener avec mes alliés ! Donne-moi juste de quoi tenir le coup, dope-moi à fond, autrement je sais pertinemment que je ne tiendrai pas !
- Mais une fois encore, face à Morkadem, tu ne seras pas en première ligne ! jeta télépathiquement Léllanya en rentrant dans la salle de soins. C'est nous tous qui y allons ! Nous nous occuperons des entités ranimées par Morkadem. A toi ce dernier ! Mais n'oublie surtout pas de balayer en premier lieu Thioum et son arme de bonbons !
- Thioum ?
- Le chef de ces êtres gélatineux, ceux qui ont investi ton Deathbird, et t'ont ramené à Morkadem pour qu'il te mette sur l'Autel des Réincarnations pour faire rentrer Fafnir en toi ! Ces Thiiris sont petits, mignons même, l'allure malhabiles, mais ce sont de terribles soldats, et nombreux à l'infini !
- Compris, répondit Alguérande en usant de sa tablette et de la pensée.
Le jeune homme se racla la gorge, ce qui lui donna envie de hurler sous les ondes de souffrance irradiant de ses muscles entamés.
- Est-ce que ce sera risqué… pour toi ?
- Je suis morte, éternelle.
- Mais j'ai mis un terme aux ambitions de biens des entités qui se prétendaient immortelles ! ? releva Alguérande. Peux-tu être détruite ?
- Oui, par mes propres remords. Ils me minent, me détruisent. Ils ne me paralysent cependant pas, je dispose de toute ma puissance. Mais les Sages, en me donnant une éternité de bonté m'ont prédit que ce serait le réveil de mon cœur, la conscience de mes actes, qui m'anéantiraient.
- C'est inhumain !
- Je n'ai pas été humaine si longtemps. Et après ton père tu as été ma seconde victime innocente. J'attends impatiemment ce châtiment ! Et je ne regretterai rien ! Je veux juste t'aider à gagner ce combat. Ensuite, je pense que je disparaîtrai, vraiment à jamais. Je serai libérée. Et ton père et toi également !
- J'ignorais que nous avions cet espoir. Merci de me l'apprendre. Ça me met du baume au cœur, à défaut de la gorge ! conclut toujours en pensées Alguérande en quittant l'Infirmerie de l'Arcadia pour aller se reposer, tenant à peine sur ses jambes et la fièvre lui martelant de façon désagréable les tempes et faisant bouillir son sang.
« On va vraiment avoir du mal à s'en sortir… Ensuite, je m'occuperai de toi, Léllanya ! ».
