13.

Apparus dans de fines plaques de verre en forme d'alvéoles et flottant autour de la sphère de contrôle de Morkadem, les images des entités mythologiques qu'il avait ranimées rugissaient littéralement.

- Ils sont tous à portée, laisse-nous y aller. Tu nous as fait revenir pour ça !

- Oui, une fois ces menaces éradiquées, rien ne vous arrêtera plus pour conquérir les autres Zones Galactiques, sourit Morkadem. Mais vous ne disposerez que d'une poignée de secondes d'avance pour frapper et l'emporter. Car il n'y aura pas d'autre opportunité. Alguérande Waldenheim ne vous loupera en retour.

- C'est un Humain. Et nous nous sommes des mythes, grondèrent encore les entités. Rien ne peut nous surpasser !

- Cessez de fanfaronner, prévint Morkadem. Tous ceux que cet Humain a affronté depuis toutes ces années ne sont plus de ce monde !

- Nous sommes curieux de voir ça, firent les entités, absolument pas impressionnées. Il faut bien que la série de victoires de cet Humain se termine. Tu nous as ramenés pour cela !

- Oui.

- Où est Fafnir ? interrogea le Manticore. Il devrait nous avoir rejoints depuis longtemps. Même si une partie de son esprit est encore en cet Humain…

- Siegfried a une fois de plus rempli sa mission, avoua Morkadem, sombre. Il a libéré l'enveloppe charnelle d'Alguérande Waldenheim, même si elle a été bien mise à mal avant que Fafnir ne soit aspiré et détruit par la lance… Quand je vous disais de vous méfier de cet Humain !

- Nous allons venger notre ami ! Il avait sa place au combat. Il devait être à notre tête!

Et les créatures mythiques disparurent, partant vers l'affrontement !


Albator tendit une tasse en verre à son fils à la crinière fauve.

- Du thé, avec beaucoup de miel, ainsi que quelques herbes que Clio tient de Pline. C'est pour ta gorge.

- Ca ne suffira pas, murmura Alguérande, sur le ton le plus bas possible, mais ses traits se crispant néanmoins de douleur.

- Mon pauvre garçon. Je crois que tu n'as jamais été en aussi mauvais état avant un de tes combats finaux… Et pourtant, je t'ai connus plus éreinté, physiquement parlant, à quelques heures d'en découdre. Mais ta gorge, ton souffle, et donc ton cœur… Tu tiendras le coup ?

- Toshy ? souffla le jeune homme.

- Alguérande ne va pas se battre, intervint alors le Grand Ordinateur de l'Arcadia. Tous ses amis se sont réunis, et pour tout ce qu'il a accompli en si peu de temps, ils iront en première ligne ! Et l'Arcadia sera là, lui aussi !

- Ca va être un massacre, indiqua Alguérande via sa tablette, le texte s'affichant sur les écrans encastrés aux murs du salon du grand Pirate balafré. Et je suis autant incapable de les arrêter eux que les entités réveillées par Morkadem. Toshiro, je t'ai fait le rapport de ce que les Thiiris avaient accompli à bord de mon Death… Sois prudent ! Leur énergie m'a mis KO, il en serait de même pour toi !

- Je me suis préparé.

- Non, on ne l'est jamais… J'espère que ceux en face le sont encore moins que nous ! Sinon, quoi qu'il m'arrive, j'irai moi aussi ! Je ne peux pas les laisser… gémit Alguérande.

- Et moi alors ? fit mine de se plaindre son père. Comme l'a rappelé Pouchy, je n'ai pas de chromosome doré. Je peux encore moins être de la partie. Et je ne peux défendre vraiment l'Arcadia et ceux qui s'y trouvent : Clio, Toshy, Tori-San ! C'est ici que l'on a besoin de toi, Algie, ce cuirassé n'a jamais été aussi vulnérable !

- Je ne veux pas qu'ils meurent… soupira encore Alguérande, laissant une larme rouler sur sa joue balafrée. J'ai été désigné à mon corps défendant protecteur des univers, et là je suis incapable de les aider… C'est insupportable !

- Comme je te l'ai fait remarquer, il y a peu : bienvenue dans ma vie de père de deux fils au chromosome doré, impuissant à leur éviter le pire !

- Alveyron et les jumelles ont un chromosome doré… L'avenir s'annonce noir au possible… Mais là je dois me concentrer sur l'immédiat, tout aussi tragique… Comment pourrait-on bien s'en sortir ? !

- Tes amis joueront tous leur chance, comme toi, à chaque fois que cela s'est présenté de façon obligée à toi, mon petit garçon, gémit Albator. Fais-leur confiance. Chacun, presque à leur tour, t'ont donné le petit plus qui a fait différence, à chaque fois. Là, ils sont tous réunis ! Ça pourrait bien faire des étincelles !

- Des flammes de Dragon, je préfèrerais…

- La ferme ! intima alors Amarance la doppelganger en apparaissant. Je suis là, moi aussi ! Pourquoi personne ne m'a invitée ? !

- Les armes de tous ces Mythes, ça risque de faire beaucoup pour toi, mon amie ! avoua Alguérande. Tu vas pouvoir encaisser, et leur renvoyer ces attaques ?

- Je ne serai pas seule ! Nous y allons, Algie, nous allons nous battre pour toi qui l'as tant fait toutes ces années !

- Je te payerai aussi, au niveau infinitésimal en regard du mal que je t'ai fait, Alguérande, fit Léllanya. Je vais libérer tout ce que les Sages en moi ont vraiment mis. Ensuite, ce sera bel et bien le souvenir de mes atrocités commises qui me détruiront et me renverront à l'oubli – c'est tout ce que je mérite, je n'aurais d'ailleurs jamais dû revenir… Je n'ignore pas que je vous ai traumatisés, ton père et toi…

- Va-t'en ! aboya Alguérande, avant de porter la main à sa gorge.

- Surlis, viens ici ! ordonna Albator. Alguérande a de nouveau fait sauter ses points !

- Papa, ils vont tous…

- Nous allons gagner, pour toi ! assurèrent soudain tous les alliés surnaturels du jeune homme, Pouchy en tête.

- Merci, fit Alguérande, à bout de forces, s'allongeant sur la civière amenée par le Doc de l'Arcadia pour être emmenés une énième fois de plus en salle de soins.

Alguérande saisit la manche de la veste blanche du Mécanoïde.

- Soigne-moi, mais je veux voir ce qui arrive à mes amis ! Ne t'avise pas, Surlis, comme à ton habitude, avec mon père et moi, à me filer à mon insu une dose un peu trop surdosée justement de calmants !

- Non, pas cette fois. J'aurais préféré, Algie. Mais, il se pourrait que sur ce coup, tu sois l'élément déterminant pour la victoire de tes amis !

- Génial, je suis HS… avoua Alguérande en fermant les yeux, épuisé, le corps ravagé de douleurs, le souffle court et faible au possible, son cœur battant à tout rompre et près de l'explosion.