14.

Légère et silencieuse, Clio s'approcha de son ami borgne et balafré qui semblait se raccrocher désespérément à la barre en bois de son cuirassé, et ce bien qu'il n'ait pas eu un mouvement depuis de longues minutes.

- Ils vont y arriver, assura-t-elle.

- C'est sûr que si eux sont impuissants, il n'y aurait pas d'autre espoir. Et comme d'ordinaire, je ne peux que m'inquiéter pour eux, eux tous ! Et ce n'est pas parce qu'Algie est toujours à bord qu'il est moins exposé et moins en danger !

- Dégagement d'énergie droit devant nous ! avertit Toshiro dans un véritable cri. Et ça vient à pleine vitesse pour nous percuter de plein fouet !

- Où sont-ils tous donc passés ? ! glapit Albator en manœuvrant la barre pour tenter d'éviter l'impact.

- Ils forment le Cube Galacto-Temporel, s'inscrivit sur le grand écran de la passerelle. Sauf qu'on devrait plutôt parler de nasse, et la clique de Morkadem est en train de se jeter dedans !

- Algie ! fit son père en se précipitant vers son fils qui tenait à peine sur ses jambes.

- Nous ne risquons rien, reprit Alguérande en pianotant sur sa tablette. Ils vont emprisonner les Mythes de Morkadem.

- C'est quoi, ce Cube ? interrogea la Jurassienne.

- Une prison temporelle. Les Mythes seront hors d'atteinte, car ne faisant plus partie d'aucune époque, expliqua le jeune homme.

- Et pour Morkadem ? ajouta le grand Pirate balafré.

- Je dois exploser sa sphère. C'est d'elle dont il tire son énergie, c'est elle qui produit les Thiiris.

- Avec quoi ? En claquant des doigts ? grinça le grand Pirate balafré.

- J'emprunterai plutôt la lance de Siegfried ! Bien qu'elle me semble bien lourde alors que j'ai déjà le plus grand mal à respirer et donc à rassembler mes forces…

- En attendant, reste assis, pria son père en le conduisant au fauteuil le plus proche, sortant un mouchoir pour lui éponger le front.


Thioum fit des petits bonds sur place.

- Les Mythes ont disparu ! Je ne les perçois plus !

- Moi aussi. On dirait qu'ils sont tombés dans un piège… Ce n'est pas possible ! Qu'auraient-ils bien pu préparer en si peu de temps ! ?

- Tu es comme tous les autres ! siffla Siegfried en apparaissant au pied de l'estrade où se trouvait la sphère. Toujours les mêmes ambitions, mais tu ne peux pas plus que ceux du passé face à notre imagination et à notre instinct de survie qui fera que nous ne reculerons jamais face à un combat. Nous sommes condamnés à la victoire, tout simplement ! Et comme tous ceux avant toi, tu vas mordre la poussière ! Et c'est celui que tu as invoqué qui va t'abattre !

Thioum et les Thiiris formèrent des rangs devant Morkadem pour le protéger.

Avec un haussement dédaigneux des épaules, Siegfried saisit sa lance à deux mains en en planta une des lames dans le sol, faisant se diffuser des ondes d'énergie qui firent fondre les petits êtres gélatineux.

- Mais ce n'est pas à moi que revient le privilège de te renvoyer dans les abîmes du néant.

- Dommage, tu aurais eu une chance, Guerrier Eternel. Tandis que ton nouveau pote n'est même pas capable de tenir sur ses jambes ! ricana Morkadem en marchant sur les flaques gélatineuses de ses Thiiris.


Alguérande se redressa.

- Siegfried m'appelle !

- Parce que tu crois être en état ? soupira son père.

- Je ne pense pas avoir jamais eu le choix du moment de mes combats !

- Je vais l'aider, assura Léllanya en se matérialisant. Je vais lui transmettre ma force.

- Ça t'affaiblira dangereusement, remarqua le grand Pirate balafré. Tu ne seras pas en mesure de te défendre si Morkadem s'en prend à toi ou si une frappe collatérale t'atteignait…

- Comme si mon sort vous importait. Vous ne pouvez d'ailleurs que souhaiter mon trépas définitif ! Patience, cela viendra peut-être et vous serez enfin délivrés de moi !

- Oui, le moment approche, sourit Alguérande alors que Léllanya avait pris sa main et que sa douce et puissante énergie se diffusait dans le corps de celui qu'elle avait au monde.

- Je ne te ferai plus jamais le moindre mal, Algie.

- Et je te promets de m'en assurer, pour l'éternité, gronda le jeune homme dont les joues avaient enfin retrouvé des couleurs et ses prunelles grises leur éclat.

Alguérande sourit.

- Morkadem, j'arrive !