15.
- Il est là, Siegfried. Et il a toutes ses chances, promit Léllanya avant de se laisser glisser au sol, dos à une colonne, spectatrice impuissante de ce qui allait se passer.
- Donne-moi ta lance, intima Alguérande.
- Ce n'est qu'un prêt, rectifia le Guerrier à la longue crinière blonde. Cette lance est une extension de moi-même ! Ce n'est que parce que les relents de Fafnir l'habitent encore que tu peux l'avoir en main sans être consumé !
- Je me fiche des détails. Pas possible, une pareille pipelette alors que c'est l'affrontement final !
- Et ça, c'est l'hosto qui se fout de la charité ! Oui, en quelques millénaires, j'ai appris vos expressions elles-mêmes éculées ! Prends soin de ma lance, s'il te plaît…
- Je te la rends intacte, promit Alguérande.
- Tu as intérêt car si Morkadem ne te tue pas c'est moi qui le ferai.
- Humour de vieux croûton Eternel et millénaire !
- C'est tout ce que je sais faire. C'est ton combat, Alguérande. Je vais prier pour toi !
- Ne t'inquiète pas, j'ai à le faire, c'est aussi simple que cela !
- Mais, moi, je ne suis pas simplet ! gronda Morkadem, bras toujours le long du corps, la sphère derrière lui irradiant de lumière pour lui transmettre son énergie. Siegfried a raison, et toi aussi, jeune Humain : ce que vous êtes fatigants à discutailler à l'infini alors que la situation est la pire possible !
- Ca nous détend. Sans humour, même le plus nul, nous chierions dans nos frocs au vu de ce qui nous attend. Enfin, dans son armure pour Sieggy !
- « Sieggy » ? Mais c'est quoi cette horreur ?
- La ferme ! L'énergie de Léllanya a guéri ma gorge, elle !
La lance du Guerrier Eternel entre les mains, la sentant vibrer, la puissance de Fafnir toujours en elle, et ranimant tous les Dragons en lui, Alguérande se dressa devant Morkadem.
- Tu nous as fait du mal, à tous. Je dois te punir. Pour que d'autres ne subissent pas ces affres !
Se matérialisant auprès de Léllanya, totalement vidée de ses forces, Pouchy lui effleura doucement l'épaule pour la rassurer.
- C'est parti, murmura Albator dans un sursaut.
- Mais, comment peux-tu le savoir ? s'étonna la Jurassienne.
- Toshiro l'a dit un jour, alors que j'étais parti seul avec l'Arcadia pour un combat, cuirassé contre petit vaisseau surmécanisé : lui ne faisait qu'un avec l'œuvre de sa vie. Et moi je fais un avec chacun de mes enfants ! J'ai été si fusionnel avec Alhannis ! Et même si, comme Pouchy l'a souligné, je n'ai pas de chromosome doré, j'ai eu contact avec le surnaturel dans ma jeunesse, avec les Carsinoés, Quelgann… Algie ne l'ignore certainement pas, mais je perçois comme un écho chacun de ses défis ! Mon petit garçon a mal, il a peur, mais il va combattre !
Morkadem ricana.
- Si tu crois que je vais être à portée de frappe de toi, jeune Waldenheim, ou que je vais me tenir dans ta ligne de mire ! ? Je suis millénaire et toi tu n'es né que depuis vingt-sept ans !
- Et j'en ai appris des trucs en seulement dix ans ! rétorqua Alguérande. Siegfried, j'espère que ce que tu m'as appris en me visitant dans mes rêves de sédaté va être efficace !
- Une seule chance, Algie. Ne loupe pas ton coup !
- Je ne peux pas nous le permettre…
- « Nous » ? tiqua Pouchy qui continuait de réconfortait une Elite totalement dépourvue de tout pouvoir.
Alguérande tourna la tête vers son cadet blond.
- Je ne peux pas permettre que ce monstre réanimant tous les Mythes puisse poursuivre son œuvre !
- Si seulement je pouvais t'assister…
- Vu que tu as été inutile depuis le début, pas fâché que tu sois hors du coup, Léllanya ! siffla Alguérande.
Le jeune homme fit tournoyer la lance entre ses mains.
- Et, à part jouer la Cheerleader, tu comptes m'attaquer, jeune Waldenheim ?
Ce seront donc là tes derniers mots ! rugit Alguérande en projetant la lance toujours en pleines circonvolutions vers son ennemi !
- Quoi ? C'est quoi cette attaque ?
- Adieu, Morkadem, souffla Alguérande.
Décapité, Morkadem s'écroula.
- Adieu, monstruosités ! répéta Alguérande, récupérant au vol la lance pour la jeter à nouveau pour faire exploser la sphère.
- Bravo, grand frère !
- Mes respects, Algie, fit Siegfried en récupérant sa lance. Ça va, toi ?
- J'ai encore à faire…
Alguérande se tourna vers Léllanya.
- Et maintenant, que notre histoire se règle une fois pour toutes ! rugit-il. Emmène-moi devant les Sages, j'ai une requête à leur faire.
- Ensuite, j'imagine que ton père et toi serez entièrement libérés de moi ?
- C'est peu de le dire !
