16.

Lentement, Albator se leva de son fauteuil.

- Siegfried, pourquoi reviens-tu seul ? souffla le grand Pirate balafré.

- Il est parti. Alguérande.

- Quoi ! ?

- Non, désolé pour cette formulation désastreuse ! Alguérande est parti au Conseil des Sages, avec Elle. Il a gagné, il va en finir avec la démone de son passé d'enfant martyrisé… à sa manière.

- Mon fils va bien ? Et Pouchy ?

- Je suis là, papa ! Et Alguérande… Il laisse une fois de plus son immense cœur le guider !

- Il ne va quand même pas faire ça… souffla Albator.

- Si. Il l'a décidé, depuis longtemps ! C'est sa décision, papa. Tu es contre ?

- Comme si j'avais mon mot à dire…

- C'est possible, papa, fit sérieusement Pouchy. Mais Alguérande a pris sa décision.


Fafnir renvoyé aux oublis, toutes ses forces sapées, Alguérande tenta de demeurer debout face aux sièges en apesanteur dans l'espace, des douze Sages.

- Ah, c'est juste comme dans mon imagination d'accros de films de fictions : des pupitres volants, avec douze vieux trucs…

- Nous sommes…

- Je reconnais votre toute puissance, fit Alguérande en pliant soudain un genou. Vous avez ramené Léllanya, vous pouvez la renvoyer !

- Oui. Que voulez-vous vraiment, jeune Waldenheim ! ?

- Elle est là… ?

- Je suis là, souffla Léllanya en apparaissant. Je suis prête à repartir, dans l'Oubli.

- La ferme ! intima Alguérande.

Le jeune homme leva légèrement la tête.

- Effacez sa mémoire, Sages !

- Pourquoi ? firent en une voix les Sages et Léllanya.

- Léllanya va oublier les atrocités. Elle sera délivrée de son passé de réminiscences, du poids de ces douleurs. Je le souhaite, infiniment, de toute mon âme, pour que la sienne soit sauve et qu'elle soit une Elite ! Sages, libérez-là, je vous en supplie !

- Algie !ton père et toi… Si seulement je pouvais m'excuser à lui… Algie, ton père et toi…

- C'est fini, tu vas tout oublier. Tu vas être, juste, une Elite !

Léllanya prit entre ses mains celles d'Alguérande qui eut un irrépréhensible sursaut de recul.

- Merci, mon enfant. Je t'ai martyrisé et tu m'offres tout. Si seulement j'avais su quel cadeau tu étais… Moi, je ne peux pas effacer tes souvenirs ! Merci… Adieu !

- Adieu… maman…


- Je serai toujours là, souffla Léllanya, devenant broche à petites ailes sur la poitrine de la tunique de son enfant à la crinière fauve. Tu m'as délivré de tous mes souvenirs, des sévices que j'ai infligés à ton père et toi. Ce sont les derniers instants… Je peux te faire mes adieux. Merci, Algie !

- Adieu… maman… souffla le jeune homme, Léllanya emportant avec elle l'énergie dont elle l'avait soutenu, pris de nausée, ses jambes se dérobant sous lui avant que les ténèbres ne l'engloutissent.