17.

Avec un ronronnement, Alguérande rouvrit les yeux, confortablement lové dans son lit, la couette lui tenant chaud.

- Réveille-toi, marmotte, fit la voix de son père.

- Pas envie… Il est quelle heure ?

- Tu devrais plutôt demander quel jour ! Nous sommes en vue de la Terre.

- De quoi ! ? jeta le jeune homme en se redressant. Mais la Ceinture Mythologique est à près de quinze jours de voyage de la Terre !

- En effet. C'est Siegfried qui t'a ramené après que tu aies fait ton malaise au Conseil des Sages. Ensuite Surlis t'a fait dormir pour que tu récupères de ton état d'épuisement. Comment te sens-tu ?

- Bien. Encore un peu dans le brouillard…

- L'effet des médocs sera bientôt entièrement dissipé. Tu seras sur tes deux pieds pour rentrer à la maison.

Alguérande passa les mains dans ses boucles fauves.

- Je suppose que tu as déjà tout raconté à ton meilleur pote de général ? ironisa-t-il alors que son père remontait les oreillers pour qu'il puisse s'y adosser.

- Oui, il devait pouvoir préparer la nouvelle mission de ton Pharaon. Gander Oxymonth est déjà au château. C'est lui qui a finalisé le plan de vol, il pourra t'en faire part sans perdre du temps. Tu auras ensuite un examen médical à passer avant de pouvoir repartir.

- Au final tout s'arrange, soupira Alguérande. Morkadem et ses monstres ne menaceront plus personne. Léllanya est en paix.

Le jeune homme fit la grimace, jeta un coup d'œil un peu inquiet à son père.

- Est-ce que tu m'en veux beaucoup ?

- Quoi donc ? s'étonna sincèrement le grand Pirate balafré. Enfin, oui, je devine ce que tu veux dire, mon grand. Tu as offert l'apaisement éternel à Léllanya – Siegfried nous l'a effectivement rapporté. Une belle récompense pour les martyres qu'elle t'a fait endurer.

- Et à toi aussi, glissa le jeune homme. Mais je ne pouvais pas non plus la laisser ainsi. Les Sages l'avaient vraiment changée ! Pardonne-moi, papa ! Je l'ai fait sans te consulter !

- C'était ta décision, Algie. Elle ne me surprend guère. Oui, j'avais dû moi aussi constater la nouvelle personnalité de Léllanya. Mais je t'avoue que j'aurais été bien incapable d'aller présenter cette requête aux Sages, quoi qu'Elle soit devenue, je n'oublierai jamais ce qu'elle m'a… Je n'ai pas tes qualités de cœur, mon grand ! Je suis fier de toi, comme je l'ai toujours été.

- Merci, papa.

- Allez, debout, vas te doucher. Surlis t'attend, il voudrait s'assurer que tu as récupéré !


Pouchy sourit à son aîné et à Siegfried.

- L'histoire ne s'est pas aussi mal terminée qu'elle ne le promettait, remarqua le jeune homme blond. Vous étiez destinés à vous mesurer et vous avez fini par unir vos talents pour péter les gencives de Morkadem.

- Ton frère est un tantinet radical, rit le Guerrier Éternel. Il l'a proprement décapité !

- Sur tes conseils, rappela Alguérande.

- Comme je disais : vous avez fait la paire, se réjouit Pouchy. Je suis heureux que tu n'aies pas eu à trop menacer mon frère, Siegfried, bien qu'à plus d'une reprise, j'ai craint le pire !

- Tu vas t'en aller ? interrogea Alguérande après s'être raclé la gorge.

- Oui, je n'ai plus rien à faire ici. Je peux me rendormir. Algie, si tu pouvais éviter de ramener Fafnir au cours des prochaines décennies, j'apprécierais !

- Comme si j'avais demandé quoi que ce soit, s'amusa Alguérande. Mais comme à l'ordinaire, on ne m'a pas demandé mon avis avant d'implanter un pensionnaire en moi !

- Tu as eu de la chance de ne pas être détruit, fit Siegfried, sérieux. Je connais plus d'un hôte qui n'a pas résisté à la puissance de ce Dragon !

- Disons que dans mon malheur, j'avais quelques atouts. Une fois de plus, ça été très chaud pour mes miches… Je suppose qu'on ne se reverra jamais, Sieggy ?

- Disons que ce sera là une bonne nouvelle, qu'on n'a pas besoin de moi ! En revanche, il se pourrait que l'on se retrouve, Pouchy, une fois que ta Sorcière d'Orishmir t'aura fait don de l'immortalité !

- Ce sera avec grand plaisir, assura Pouchy. Oui, un jour, nos âmes se retrouveront.

- D'ici là, je vous dis adieu, mes amis, conclut Siegfried en levant sa lance pour les saluer avant de lentement disparaître.

Pouchy se tourna vers son aîné à la chevelure fauve.

- Je vais l'imiter ! Tershwine m'attend impatiemment. Et toi, tu as ta vie normale à reprendre !

- Oui, jusqu'aux prochaines emmerdes ! A un de ces jours, mon Pouch'. Et vas dire au revoir à notre père

- Je n'avais pas l'intention de partir sans qu'il m'ait fait un câlin ! Je suis encore en âge de recevoir un câlin !

- On ne cesse jamais d'être en âge d'être chéri par ses parents ! assura Alguérande en effleurant fugitivement la broche ailée à sa poitrine.