19.

Alguérande bâilla.

- Je me sens bien…

- Tu peux, mon Endormi préféré ! Tu es plutôt mignon quand tu dors. Et je sais de qui je tiens mon sourire angélique dans mes songes. Quoique je ne craigne que tu ne sois devenu un guerrier de première. C'est ce dont ces univers ont besoin, ce que je serai un jour, quand j'aurai atteint l'âge de cette apparence.

- Alveyron ! jeta Alguérande en se réveillant complètement, ayant vécu une telle situation moins de vingt jours auparavant !

Alguérande sourit à l'aîné de ses enfants, parvenu effectivement à l'âge adulte, resplendissant.

- Je me suis réveillé, ou bien je dors encore, Alfie ?

- Tu rêves, papa. Maman et mes cadets, nous ne serons tous là que demain milieu de matinée ! Je voulais juste te voir, contempler celui que tu deviens, le Guerrier Absolu, avant que je ne prenne la relève, le jour où je serai réellement grand ! Tu es superbe, bien que la mine de papier mâché au saut du lit ! Je sens que tu vas bien, mon cœur et mon âme s'apaisent. Je peux redevenir un petit enfant, sachant que son père le protège et est en pleine possession de ses moyens ! Merci de protéger mes jeunes années, mon papa ! Je n'ignore désormais plus rien des années de sévices que furent les tiennent… Je ne t'en suis que plus reconnaissant que pour m'avoir offrir une vie de douceurs et de bonheurs !

- Tout comme ton grand-père l'a fait pour moi, avoua Alguérande. Nous nous soutenons, tous. C'est la force de notre lignée ! C'est ce qu'Aldéran m'a appris, un jour, et durant ces années de formation ! J'essaye de mettre ses principes en action, mais c'est dur, ça fait mal… Mais ça apprend tant de choses, sur soi, sur la nature quelle que soit l'espèce concernée ! Alveyron, fais-moi un serment ! ?

- Oui, papa ?

- Reste enfant, innocent, adoré, jusqu'à ton âge adulte !

- C'est ton souhait, mon papa ?

- Le plus cher !

- Ainsi, il en sera ainsi, approuva Alveyron en s'effaçant.

Dans son rêve, Alguérande se retourna dans son lit, serrant l'un des oreillers entre ses bras, ronronnant, souriant, quiet.


Face au Général de la Flotte terrestre, Alguérande en uniforme tiré à quatre épingles se sentait bien moins à l'aise qu'en présence de l'aîné de ses enfants la nuit précédente.

- Le lieutenant Oxymonth est de la partie, la Lieutenante Joréanne Kelsekh aussi qui a donc été désignée comme être sa compagne de vie. Mais, suis-je bien intégralement réintégré dans mes fonctions, Général ?

- Dans le cas contraire, vous ne seriez pas devant mais en présence du Conseil de Discipline, voire la Cour Martiale !

Alguérande plongea ses lèvres dans le verre d'eau pour se rafraîchir, en vain. Il avait l'impression que son corps absorbait instantanément le liquide sans l'hydrater.

- Je vous ai frappé, rien n'effacera jamais cela ! Mon père et vous m'avez manipulé, drogué, et vous aviez tout monté pour que je parte en guerre au lieu de geindre sur mon sort ! Je dois être la personne la plus honnie de la Flotte…

- … après moi ? ironisa Joal Hurmonde en tapotant la table de son bureau du bout gommé de son crayon.

- Général ! protesta le jeune homme, sincèrement choqué.

- Je suis intransigeant, je ne passe rien, je casse dès que l'occasion se présente. Mes sanctions sont toujours exemplaires et plus lourdes que la faute commise. Ils me détestent !

- Vous êtes juste. Personne n'aurait idée de discuter le moindre de vos directives. Vous êtes notre Général, tout simplement. Nous sommes à vos ordres !

- Oh, j'aurais enfin réussi à vous dresser, jeune Waldenheim ?

- Disons que je sais obéir aux mors, rênes et éperons.

- Et prêt à prendre ledit mors aux dents dès que l'occasion se présente, poursuivit le Général de la Flotte terrestre. Vous êtes un étalon sauvage, Alguérande Waldenheim, soumis uniquement en apparence, obéissant mais uniquement si cela lui chante, et totalement incontrôlable en réalité – comme tous ceux de votre lignée, et depuis toujours !

Joal Hurmonde nota quelques mots sur un carnet puis reposa son regard sur son interlocuteur.

- Vous repartez avec le Pharaon, avec mon autorisation expresse. Personne n'aura à la discuter. Avec le temps, je crois que j'ai une confiance profonde en vos talents, quels qu'ils soient, vos délires, l'éclat de cet étrange chromosome doré ! Vous avez ma confiance.

- Et pour ma désertion ? s'enquit Alguérande, la bouche et la gorge soudain sèches. Je ne voudrais que je me fasse repasser les menottes par le premier de mes pairs venus, ou même un simple agent de sécurité ! ?

- Le communiqué sera rendu officiel dès votre sortie de ce bureau, commandant Waldenheim. Tous sauront que cela a fait partie d'un plan soigneusement planifié, avec mon entier aval. Qu'il s'agissait pour vous de remplir une mission secrète. Votre honneur sera sauf, entièrement. Vous vous en sortirez même avec les honneurs !

- Je recevrai aussi une médaille ?

- Ne rêvez pas, je vous prie… commandant Waldenheim ! Je vous souhaite une bonne mission dès après ce week-end. Profitez bien de votre petite famille.

- Merci, Général Hurmonde, fit Alguérande en se levant, saluant impeccablement avant de se retirer.