20.

La limousine dorée s'étant arrêtée dans la cour intérieure principale du château des Waldenheim, Alguérande s'était précipité vers les arrivants.

- Madaryne !

Alguérande étreignit longuement son épouse, avant de sentir de petites mains l'attraper par les pans de sa longue et légère veste couleur vert d'eau.

- Nous sommes là, papa !

Le jeune homme s'agenouilla devant Alveyron et Oralys, sept et quatre ans, ravis de revoir leur père, le serrant de toutes leurs petites forces.

- Gnééééé ! jetèrent les jumelles en rappelant qu'elles aussi étaient venues au monde !

- Mady, elles marchent !

- Oui, je sais, mon bel amour, sourit la jeune femme aux boucles bleu pâle et aux prunelles vert émeraude. Elles marchent, disent quelques mots. Elles grandissent ! Entrez tous, nous avons si peu de temps à nous ! Juste le temps d'un week-end !

Alguérande se mordit les lèvres.

- Mulgastyr, vous les avez escortés jusqu'ici, restez. Vous êtes invité vous aussi.

- Je ne pense pas que vous appréciez ma présence, remarqua le directeur artistique des concerts dont Madaryne était la pianiste soliste. J'ai…

- Vous avez ma confiance, sourit Alguérande. Et vous faites tant pour les miens. Vous héberger est bien la moindre des politesses ! Vous êtes bien venu avec vos bagages, Mulgastyr ?

- J'ai réservé à l'Auberge, juste à l'entrée de votre domaine…

- La propriété de mon père, rectifia Alguérande. Je ne suis ici qu'un invité. Mais j'ai son autorisation pour vous accueillir. Et, par le passé, nous nous tutoyions. Reste, Mulgastyr. J'aimerais te compter au rang de mes amis.

- Je ne serai jamais plus une menace pour ton couple, Alguérande. Oui, je suis juste un ami pour Madaryne. Et tous les deux vous avez de merveilleux enfants !

- Et, ta vie à toi ? interrogea Alguérande alors que le personnel déchargeait le véhicule, sa propre petite famille rejoignant Albator et Salmanille qui l'attendait avec une folle impatience.

- La productrice du show me plaît beaucoup ! Par la force des choses, pour la préparation des concerts, du choix des concertos, nous passons beaucoup de temps ensemble. Et elle n'a rien d'une dominatrice impitoyable et dotée de la toute-puissance de sa fortune !

- Et, quel âge ?

- Vingt-cinq ans… Oui, j'ai toujours craqué pour des femmes bien plus jeunes que moi !

- Je sais…

- Vingt-cinq ans, elle est majeure, consentante, amoureuse.

Alguérande posa une main amicale sur l'épaule de son invité.

- Tu as toujours été un homme respectable, Mulgastyr. Je suis simplement heureux que tu aies retrouvé l'amour. Je te le souhaite tant éternel !

- Oui, je crois beaucoup dans cette histoire, reconnut Mulgastyr.

- Bienvenue au château des Waldenheim, fit Albator depuis le seuil du porche. Mon fils vous apprécie, je vous accueille bien volontiers !

- Merci, capitaine Albator.

- Sur ces terres, je peux me permettre de redevenir Ilian Waldenheim, et mon fils est votre ami.

- Merci, Monsieur.

- Madaryne !

Alguérande enlaça à nouveau sa femme.

- Tu m'as tant manqué ! J'ai vécu un cauchemar, des jours, voire des semaines durant… J'ai été bien près de craquer à nouveau, face aux ultimes combats… J'ai laissé partir un ami que je n'ai pas eu le temps de connaître, j'ai donné la paix éternelle à ma tortionnaire, et ça a failli me détruire, m'abattre…

- Oui, ton père et Surlis m'ont parlé de cette cure de sommeil. J'étais inquiète, ils m'ont rassurée, mais si peu… Il me tardait tant de pouvoir te parler, de te voir, de t'avoir contre moi !

- Et là ? sourit le jeune homme, cessant un bref instant de la couvrir de baisers.

- Ne t'arrête pas ! Tu es là, Algie, je perçois ta chaleur, je sens toute tes vibrations, je suis rassurée au possible ! Je t'aime à un point, Algie !

- Nos âmes sont liées, quelles que soient les distances, qu'importe le temps qui nous sépare… Madaryne, tu es le seul cœur que je sens battre au même rythme que le mien !

- Juste nos cœurs, Alguérande ? gloussa la jeune femme en lui arrachant son dernier sous-vêtement.

- J'aime te voir dans cette tenue ! pouffa en retour Alguérande en flattant l'échine de son épouse entièrement nue contre lui.

- Et moi donc !

Et avec une soudaine douceur, des gestes tendres, les deux époux se retrouvèrent physiquement entièrement avant de laisser la place à un déferlement charnel intense, leur arrachant des cris, les menant- aux plus extrêmes plaisirs d'esprit et de corps.