21.

De la main, Madaryne fit signe à Albator de se rapprocher de sa chaise longue au bord de la piscine en rosace.

- Viens donc prendre un peu de soleil !

Salmanille rit en glissant son bras sous celui de son époux.

- Inutile d'essayer, Mady, tu connais ton beau-père, il adore cultiver avec coquetterie son look gothique !

- Je ne suis pas gothique ! protesta avec véhémence l'innocent accusé ! Dans la foulée, tu vas me traiter de vampire, ou quoi ? !

- Hum, je ferais bien de me méfier les nuits de pleine lune, gloussa Salmanille.

- Ca, ce sont les loups garous, pas les vampires. Revois tes classiques, ma belle amour !

- Profitez bien du soleil. Salma et moi allons chevaucher durant la matinée.

Albator tourna la tête vers la piscine où Alguérande et Alveyron batifolaient, soutenant à la surface les corps potelés des jumelles qui riaient aux éclats.

- Oui, amusez-vous bien en famille, le week-end sera vite passé.

- Bonne promenade, sourit Madaryne en se remettant en position de bronzage.

Tout en surveillant Alveyron qui n'avait quand même que sept ans, Alguérande fit glisser sa fille en direction de la petite profondeur où Oralys se défoulait avec ses jouets aquatiques gonflables.

- Ça va, mon grand ?

- Amusant, papa, rit le garçonnet en lui envoyant de l'eau à la figure.

- Hilarant. Allez, donne-toi à fond, ça ne pourra que t'ouvrir l'appétit !

Oralys plongea le nez dans l'eau, quelques instants, produisant des bulles, avant de reprendre son petit train mou et de se créer des voyages imaginaires.

- Et toi, Alveyron, tu t'éclates ?

- Oui ! Je peux plonger et faire un peu d'apnée.

- Attends que j'aie ramené tes sœurs au sec. Ensuite, tu pourras faire du sous l'eau, mais je te tiendrai à l'œil !

- Mais je suis grand, papa !

- Tu seras toujours mon petit garçon !

- Ton petit garçon chéri ! ?

- Bien sûr. Vous êtes tous mes enfants chéris !


Devant quatre spectateurs privilégiés : Alveyron, Oralys, et leurs grands-parents, les jumelles en pleine sieste, Alguérande et Madaryne avaient joué en duo, lui au violoncelle et elle au piano.

- Merci, les enfants, les félicitèrent Albator et Salmanille alors que les garçonnets applaudissaient à tout rompre.

- C'est surtout Mady qui mérite d'être encensée, elle s'est mise au piètre niveau de l'amateur que je suis !

- Tu joues avec le cœur, mon grand amour, c'est tout ce qui compte. Et pour quelqu'un qui ne peut pas pratiquer de nombreuses heures par semaine, tu te débrouilles vraiment bien ! On s'essaye à un autre morceau ?

- Oui, mais avec mon instrument de prédilection ! rectifia le jeune homme.

- Non, pas ça, pitié ! pria son père en se levant précipitamment.

- A moi la batterie, se réjouit Alguérande en se jetant sur elle se saisissant des baguettes, faisant fuir tout son public potentiel ! Vous ne savez pas ce que vous manquez, bande de froussards !


C'était le dernier soir avant le départ d'Alguérande pour l'habituelle mission de neuf mois avec le Pharaon.

Avec Madaryne, il s'était installé dans le hamac tendu entre deux colonnes, au milieu des volières, les oiseaux colorés profitant des dernières lueurs du jour pour s'ébattre et piailler à qui mieux mieux.

- Ils sont magnifiques, mais c'est triste de les voir enfermés, commenta la jeune femme.

- J'ai un jour répété, peu après la première fois où papa m'a ramené ici, l'acte de mon ancêtre au chromosome doré, cet Aldéran Waldenheim, et je les ai tous libérés ! Ces oiseaux exotiques sont nés en élevage, depuis bien des générations, ils ne sont absolument pas armés pour survivre par leurs propres moyens… Il faudrait qu'un jour on puisse les relâcher dans leur environnement… C'est un projet que je compte mener à bien, une fois que j'aurai assez de temps, finalement j'aurais dû être viré, j'aurais pu m'occuper des petits ailés !

- Tu vas t'éclater avec ton Pharaon aux grandes ailes de métal ! assura Madaryne en lui caressant tendrement la poitrine. Je t'aime de toutes les fibres de mon corps et j'attendrai impatiemment ta première escale pour t'y retrouver !

- Et moi donc !

Depuis la terrasse, Albator et Salmanille observaient le jeune couple.

- Ils seraient bien capables de s'endormir dans ce hamac, remarqua cette dernière.

- Le temps est très doux, ils ne prendraient pas froid. Mais j'ai déjà prévenu les veilleurs de nuit, qu'ils les gardent à l'œil. Soit de les réveiller si la température fraîchit trop, soit de poser une couverture sur eux !

- Et pour nous, grand stratège, qu'as-tu prévu ? gloussa Salmanille en passant les doigts dans la crinière argentée de son époux depuis près de trente ans !

- Devine ! ? fit-il en posant ses paumes sur la chute de reins et le fessier parfait de la blonde de sa vie, l'attirant au plus près contre lui.

- J'approuve ce projet, susurra Salmanille en se laissant emporter dans les bras de son mari pour une nuit torride.

FIN