Epilogue
« Échec et mat ! »
Le pilier central de l'ordinateur émet pleins de signaux rougeoyants ainsi que des petits jets de vapeurs montrant son mécontentement. Face à lui, Jiyuu hausse un sourcil avant de faire la moue.
« Comment ça, tricheuse ? J'ai utilisé le coup fétiche de mon père ! »
Devant elle, un petit écran s'illumine, affichant une phrase. Elle lit ce qui est écrit.
« C'est le contrecoup de la…"ravioli" ?...Ah non, "fatigue" ! Yattaran va devoir revoir les traductions. »
L'ordinateur semble partager son opinion. Il émet une petite musique sonore indiquant la victoire de Jiyuu et affiche le mot "Félicitations ! " sur le petit écran. Jiyuu sourit, puis elle pose une main sur l'iris centrale.
« C'est surtout à vous et Yama qu'on doit beaucoup. On ne compte pas cette partie pour le coup, ça vous va ? »
Un petit bruit et le mot "Merci !" indique que l'ordinateur est d'accord. Jiyuu rit doucement avant de lever les yeux vers le haut du pilier. Sans Tochirō, ni Yama, tout l'Arcadia y serait passé. Tout s'est joué dans les trente dernières secondes, le Cristal Zeo avait reçu à temps la chaleur émise par le soleil, permettant le court-circuit et l'annulation du système "Zero Absolue".
La suite ne fut pas du luxe. Le Docteur Zero soignait encore les personnes atteintes d'engelures graves mais tout le monde était sain et sauf. Cependant, il avait fallu du temps pour permettre à Jiyuu d'ouvrir les sas et que Yama monte un groupe de sauvetage pour rapatrier tout le monde. Certains avaient sombré dans le coma et venaient tout juste de se réveiller, quelques jours plus tard.
Hormis la surchauffe des moteurs, l'Arcadia n'a subi aucun gros dégâts. Cependant, pour se reposer, les pirates durent chercher une autre colonie afin de ne pas avoir la Coalition à leurs trousses. Ils apprirent par les radios que l'un des chanceliers –le frère de Goshi- fut destitué de son statut et condamné pour trahison. Le gouvernement de Zeona en paya aussi le prix fort et le conseil actuel fut dissous. Un nouveau président sera élu dans les jours à venir et parmi les noms des candidats, l'un d'eux est connu de Jiyuu. Un vieil homme possédant une grande sagesse et pensant avant tout au bien de son peuple. La jeune femme sait que désormais, Zeona connaitra une vie meilleure avec un tel homme.
« Une belle victoire. »
Jiyuu se retourne vers Harlock qui vient d'entrer dans la pièce, tenant dans ses mains trois verres et une bouteille de Brandy. L'ordinateur semble ravi de voir que son ami a pensé à lui mais la jeune femme hausse un sourcil.
« La partie est annulée, Tochirō est fatigué, il n'est pas au mieux de sa forme.
- C'est vrai que tu as bien travaillé, mon ami. Mais ce n'est pas pour ça que j'ai amené ce Brandy. J'ai encore une promesse à tenir à Mugen… »
Jiyuu semble étonnée avant de se souvenir des derniers mots de son père concernant une promesse liée à ce Brandy. Le capitaine verse le liquide rouge dans les trois coupes avant d'en poser une devant l'ordinateur central et de tendre une à Jiyuu.
« Le Docteur a dit que je devais éviter l'alcool même si ça m'aurait réchauffée contre le froid, j'ai encore des vertiges.
- Même pour honorer la dernière volonté de votre père ? »
Jiyuu soutient le regard d'Harlock avant de prendre le verre. Cependant avant qu'ils ne trinquent, l'ordinateur central émet de nouveaux bruits mais sans afficher de message, s'adressant à Harlock que lui seul peut comprendre. Ce dernier sourit avant d'hocher de la tête.
« Tochirō voudrait vous montrer quelque chose. »
L'iris central de l'ordinateur pulse avant qu'un faisceau holographique apparaisse. Devant Jiyuu, la scène montre Mugen, plus jeune de vingt ans, jouant aux échecs avec l'ordinateur. L'homme joue son coup fétiche, gagnant la partie au grand dam de l'ordinateur.
« C'est le jeu, mon vieux Tochirō. Ça va me manquer ces parties mais je dois partir. »
Quelque chose semble briller mais Jiyuu ne distingue pas bien. Elle devine qu'il doit s'agir du traducteur mis au point par son père.
« J'en ai déjà longuement parlé avec Harlock… Non seulement je ne veux pas mettre la vie de l'Arcadia en péril mais… je ne veux pas emmener Alura avec nous. Elle contractera le même mal que moi et je ne le souhaite à personne. Et puis, elle ne veut pas que Goshi parte à votre poursuite. Si cette matière noire tombe entre ses mains… »
Mugen affiche un air soucieux. Jiyuu n'arrive pas à le croire, son père était au courant ainsi que sa mère. Ils étaient restés sur Zeona afin que Goshi ne s'empare jamais de la matière noire pour ne pas devenir immortel. Puis la silhouette de Mugen se lève tandis qu'un nouveau point brille. L'homme rit doucement.
« Bien sûr qu'on se reverra mon ami. Je l'espère sincèrement. J'ignore quand ce jour arriva… Sauf si les Nœuds du temps sont défaits… J'y songe. Si jamais ça arrive et par hasard que tu rencontres la femme de ta vie et que tu es des enfants, tu sais comment tu les prénommerais ? Mugen regarde l'ordinateur qui émet plusieurs bruits. Humm, si c'est une fille, ça serait Mayu ? C'est joli. Puis l'homme fixe l'écran d'un air songeur. Moi ? Hummm, Alura doit avoir des idées… mais si c'est une fille… ça sera Jiyuu. Afin de me rappeler pourquoi j'ai quitté mon monde d'origine, pour me souvenir de ce drapeau sous lequel j'ai combattu à tes côtés et ceux d'Harlock : la liberté. »
L'ordinateur émet des petits bruits puis Mugen s'approche et ôte quelque chose.
« J'emporte ça avec moi. Harlock préfère converser seul avec toi et il te comprend mieux que ce traducteur. Porte toi bien, mon vieil ami et prépare-toi bien pour notre prochaine partie. »
Le rire de Mugen s'évapore avec l'hologramme. Une larme coule de la joue de Jiyuu alors qu'elle sourit. Même vingt ans plus tard, son père est toujours resté le même. Elle se souvient qu'un jour, elle lui avait posé la question sur l'origine de son prénom, il était resté vague mais disait qu'il aimait ce mot, lui rappelant un moment de sa vie. Harlock tend son verre vers elle, souriant à son tour. Elle fait de même et le faisant tinter aussi contre celui de l'ordinateur principale.
Et pourtant, pourquoi cet homme, pourquoi veut-il absolument continuer ?
« Pour la liberté. »
