Chapitre 1 : Neville Londubat


Un héros n'est pas plus brave qu'un homme ordinaire, mais il est brave quelques minutes de plus

Ralph Waldo Emerson.

...

The Lonely - Christina Perri


Il attendait. Il était dans la serre, son endroit attitré dans cette école, à regarder les plantes bouger en des mouvements fluides et rapides. Il réfléchissait, se questionnait et attendait une réponse qui ne venait pas. Pourquoi était-il encore en vie alors que la plupart de ses amis étaient morts ? Une question qu'il se posait depuis bien longtemps. Une réponse qu'il attendait ardemment depuis aussi longtemps.

Il était allé voir ses parents, pour essayer de leur poser cette question dans un de leurs rares moments de lucidité. Ses parents ne lui avaient jamais accordé un de ces moments si précieux à ses yeux. Les médicomages avaient pourtant dit qu'il existait une possibilité de guérison. Si la personne qui leurs avait lancé ce sort mourrait, ils auraient plus de chances de guérir. C'était leurs mots, leur théorie qui n'était pas validée pour le moment, et qui ne le serait certainement jamais. Ils étaient condamnés à être fou, à hurler leur douleur pour l'extérioriser. Ils seraient toujours aussi brisés. Les voir ainsi, le visage crispé, la haine en permanence dans leur regard, lui faisait tellement mal, son cœur se serrait à chaque fois et sa haine envers les Mangemorts devenait toujours plus grande, plus forte, plus intenable. Ses parents n'avaient pas mérités cette souffrance éternelle. La Seconde Guerre avait laissé de nombreux cœurs brisés, mais la Première avait fait autant de mal...

Pas seulement sur les personnes qui s'étaient battus. Aussi sur leurs descendants, la génération suivante, eux. Il souffrait tellement pour eux. On dirait que même s'il vivait, même s'il avait gagné la Bataille aux côtés de l'Ordre, il n'était toujours pas heureux. On lui avait dit pourtant. On lui avait tellement répété cette phrase... Jour après jour, nuit après nuit, sans jamais la finir. Tu verras, tu seras heureux après... Après quoi ? Après leur victoire de cette guerre ou après que son deuil de tous ces adolescents morts au combat soit fait ? Il n'avait pas de réponse non plus à cette question... Il ne trouvait aucune réponse... Il n'arrivait plus à rien. La victoire ne lui avait apporté que plus de malheurs et d'horreurs. Il ne demandait qu'un chose : guérir comme tant d'autres. Seulement il ne savait pas que les autres aussi souffraient. Pas tous, certains avaient réussis à se reconstruire, mais d'autres cachaient leur souffrance à leurs amis, à leur famille. En revanche, tous se posaient des questions.

Tous ce posaient cette question. Cette question qui l'obsédait... Il avait demandé à beaucoup de monde. En premier lieu, sa grand-mère, parce que lorsqu'il était jeune, elle avait toujours eu réponse à tout. Alors il était allé la voir, et elle n'avait pas su... Il avait été surpris sur le moment, puis il s'était rendu compte que sa grand-mère n'était qu'une femme, comme toutes les autres, elle n'avait pas de super-pouvoirs, juste une baguette avec quelques formules qu'elle avait de plus en plus de mal à prononcer.

Sa grand-mère. Celle qui lui permettait d'échapper à chaque épouvantard qu'il rencontrait. Celle qui lui avait lu des centaines d'histoires durant son enfance. Celle qui ne s'était jamais moquée de sa malchance et de ses maladresses. Celle qui l'avait éduqué. Celle qui l'aimait. Celle qu'il aimait. Cette même femme qui avait souhaité vivre assez longtemps pour pouvoir assister à cette guerre et voir son petit-fils survivre. Merlin avait dû écouté ses prières, elle pouvait partir sereine désormais. Alors durant ses derniers jours, ses dernières heures, il était resté à ses côtés, tel le gentil petit-fils qu'il avait toujours été. Il lui avait raconté des histoires, les mêmes qu'elle lui avait lu. Il lui avait préparé des repas, les mêmes qu'elle lui avait préparé. Il l'avait emmené jusqu'à sa mort sans jamais cesser de sourire pour en voir un sur son visage. Puis, un matin, nous étions le lendemain de la fête national française, elle s'était éteinte. Telle une flamme qui avait finit de brûler, sa grand-mère avait finit de vivre sa vie bien remplie. Il n'avait pas pleuré, c'était normal de mourir après tant d'années. Pour son enterrement il avait lu de nombreuses lignes dont il ne se rappelait même plus le sens. Puis, il était allé voir sa meilleure amie.

Durant la dernière Bataille, ils s'étaient embrassés et elle lui avait expliqué que les Ronflacs Cornues lui avaient un peu embrouillé le cerveau et que cette histoire de baiser n'avait été qu'une simple erreur de jeunesse. Il avait rit mais il était d'accord. C'était une erreur que de l'embrasser, même si cela avait été doux, tendre, puis ça lui avait donné la force d'avancer et enfin, de tuer ce vil serpent. Elle lui avait donné une force qu'elle n'avait plus aujourd'hui. Ses derniers espoirs pour battre le Lord... C'était un honnête échange. Elle était comme ça, généreuse.

Il avait toujours été fier d'être son ami. Même si au fond de lui, il pensait plus être son grand-frère. Elle était un peu la petite sœur qu'il n'avait jamais eu. Ils ne se ressemblaient pas pourtant. Il était plutôt timide et maladroit alors qu'elle allait toujours parler aux inconnus de ses fascinantes découvertes sur d'autres créatures mystérieuses. Il aimait beaucoup la personnalité loufoque et inimitable de cette fille. Cette façon de toujours trouver la vie belle malgré tous ces massacres.

Malheureusement, il savait que cette guerre l'avait affecté plus qu'elle ne le montrait. Alors il l'aidait à essayer de surpasser cela. Comme elle le faisait avec lui. Il voyait bien que son idée commençait à germer. Il se sentait de mieux en mieux. Mais cette question l'obsédait de plus en plus. Un jour, alors qu'ils pique-niquaient dans une prairie, près d'une rivière, il s'était lancé et avait osé lui poser cette question qui lui taraudait tellement l'esprit. Elle n'avait pas su répondre. Elle lui avait juste pris les mains et lui avait sourit, comme pour s'excuser. S'excuser de ne pas savoir, de ne pas avoir de réponse à lui donner. Comme les autres, elle ignorait, sentiment qui l'exaspérait. Depuis pas mal de temps, la recherche de cette réponse était devenue son but, comme une quête, comme une raison de ne pas sombrer comme tant d'autres.

Il avait alors demandé à d'autres personnes. Des amis, des héros, comme lui. Puis, en parlant avec un de ses amis, joueur de Quidditch, il l'avait rencontré. Cette jeune fille aux cheveux dorés, un peu couleurs miel avec de grands yeux chocolats. Une fidèle membre de la maison d'Helga. Douce, sensible, compréhensive et attentive. Quatre qualités qui la rendaient belle, plus belle que toutes les autres femmes qu'il avait rencontré...

Il attendait. Il était dans la pièce que Poudlard lui avait réservé, à regarder les plantes bouger avec des mouvements fluides et rapides. Il avait laissé tombé son idée de trouver une réponse, depuis qu'il l'a connaissait. Il attendait la femme qu'il aimait, la femme qui portait son enfant.

Cet enfant qui pourrait s'appeler Ève ou Adam pour prendre un nouveau départ, tout recommencer, être heureux et amoureux. Oublier cette guerre et ses ravages. Oublier ses semaines entières où il avait été malheureux, où il avait douté, où il recherchait cette réponse qu'était l'amour. Oublier, mais se souvenir de ce que cette guerre leur avait apporté, cette réponse et la liberté.

Il était notre héros. Notre héros, qui avait attendu une simple réponse.