Chapitre 2 : Blaise Zabini
Toute recherche d'un héros doit commencer par ce qui est indispensable à tout héros : un ennemi
John Woo.
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Crawling - Linkin Park
Il les haïssait tous. Il était assis dans son fauteuil aux couleurs de sa maison, un verre de whisky dans sa main droite, une jambe ramenée virilement sur la seconde. Sa tête pendait lâchement en arrière et allait bientôt exploser. Du moins, il avait cette impression. Et malgré ce mal permanent dans sa tête, il continuait à boire. Il fit tourner le liquide brûlant dans son verre avant d'engloutir une gorgée, puis une deuxième, et ainsi de suite, puis vînt la dernière. Le verre était vide. Un simple mouvement de sa baguette et le verre s'emplissait à nouveau. Il savait éperdument qu'il allait continuer de la sorte et s'en foutait. Qui avait le pouvoir de l'en empêcher ?
Dans la pièce, des papiers étaient éparpillés au sol. Le courant d'air que laissait passer la fenêtre ouverte, faisait voler plusieurs de ces feuilles, qui retombaient délicatement au sol, comme des plumes. Les meubles étaient sales, donnant une seconde image de désordre à la pièce. Et ces feuilles qui continuaient de tomber, en douceur. Tout en douceur.
Ce qui ne caractérisait plus du tout cet homme. Il était devenu sombre et brutal. Certainement car il avait trop subit durant cette guerre. Il avait cru dominer tous ces prisonniers mais il ne s'était pas rendu compte que le Lord les manipulait tous. Lorsqu'il torturait toutes ces personnes ou lorsqu'il violait toutes ces femmes, c'était ce que le maître leur avait ordonné de faire. Lorsqu'il dormait ou mangeait, c'était parce que le Lord leur avait autorisé de le faire. Il n'était qu'un pantin, un instrument.
Il ne l'avait pas supporté. Il n'avait pas trahi les Mangemorts et ne s'était pas rallié à l'Ordre du Phoenix pour soutenir les Moldus additionnés à toutes les autres races inférieurs aux Sangs-Purs... Il avait fait cela pour se venger. Ceux qui étaient auparavant ses camarades devenaient ses ennemis. Vengeance était son mot d'ordre, son unique but. Il souhaitait les faire souffrir, les rabaisser, les torturer pour ensuite les tuer. Il souhaitait les détruire. C'était aussi simple que cela.
Seulement, pour le moment, c'était lui qui était détruit, c'était son corps qui souffrait, ses pensées qui le torturaient. Son verre d'alcool à la main et ce liquide ambré qui lui brûlait la gorge étaient les seuls choses qui lui rappelaient qu'il était en vie. Il n'entendait plus son cœur battre et ne sentait même pas la puanteur de ses vêtements. Seul la vengeance l'occupait, le rongeait. Jusqu'à ce qu'il devienne encore plus mauvais. Alors qu'il l'était suffisamment. Il était pourri, jusqu'à la moelle. Il le savait, mais ça ne lui faisait rien. Il avait tellement aimé entendre les hurlements de ses victimes lorsqu'il les torturait à l'ancienne. Leurs arrachant les ongles, leurs plantant des couteaux sous ceux-ci. Les brûlant avec un Feudeymon et leurs arrachant de terribles cris de souffrance à coup de Doloris.
Il avait aimé lorsqu'ils le suppliaient d'arrêter. Il avait aimé arracher la robe de ces femmes et les pénétrer de force, se vidant tel un animal dans leur vagin et leur pissant dessus, les prenant pour des chiennes. Il avait aimé cela. Il était mauvais. Il aimait être mauvais. C'était en lui, le mal se nourrissait de son être. Il avait sa place aux Enfers aux côtés de Lucifer. Il n'était pas juste pas gentil. Il était mauvais.
Le noir qui envahissait ses iris à chaque perception, même minime, de souffrance, et son sourire qui devenait de plus en plus effrayant étaient les seuls choses qui le rattachaient à son âme impur. Pour tout le monde, il avait changé. Il était peut-être le meilleur ami du plus noir des Mangemorts, mais il était bon. Il portait ce masque de gentillesse en permanence. Il était faux. Il mentait à tout le monde. Il les manipulait, comme le Lord avait fait avec lui. Il se sentait puissant ainsi à dominer des sorciers alors qu'eux mêmes ne s'en rendait pas compte.
La seule personne qui le contrôlait c'était elle. Son sourire franc, ses yeux bleus pétillants de bonheur pourtant avec cette pointe de tristesse au fond, ses cheveux aussi noirs qu'avant... Il en était dépendant. Il rampait à ses pieds pour recevoir ne serait-ce que ce regard qui rend les hommes plus fort. Il l'aimait. Il le savait. Ça le tuait de le savoir. Il aimait aussi la faire souffrir, pour se persuader qu'elle n'était pas un mirage, qu'il ne confondait pas le réel de l'imaginaire. Alors, durant leurs ébats amoureux il la mordait tellement fort qu'elle en saignait. Le sang se répandait parfois dans sa bouche, et il sentait le goût du fer. Il ne pouvait pas se contrôler, il ne savait pas le faire. Ce manque de contrôle l'exaspérait. Il s'en voulait, il culpabilisait. Elle pardonnait, toujours, disant qu'il avait besoin d'exorciser sa haine. Ce qu'elle pouvait être naïve. Ne voyait-elle cette aura de malheur autour de lui ? Elle devait arrêter de le défendre, de l'excuser... Elle devait arrêter de l'aimer. Il était violent, néfaste pour elle.
C'était soit elle qui changeait, soit lui. Il n'avait pas la force. La force de d'arrêter de jouer un double jeu. La force de se montrer au monde tel qu'il était vraiment, un monstre sanguinaire. La force d'arrêter d'être faux. Cette force il ne la trouvait pas. Il ne la trouvait plus, si seulement l'eut-il déjà eu... Alors, il puisa un peu de force en buvant cul sec son nouveau verre d'alcool tout en se demandant si elle, elle saurait changeait, ou juste l'acceptait tel qu'il était devenu après cette guerre... Un monstre.
Cependant, une chose l'échappait. Cette chose, il l'avait dans le sang, c'était inscrit en lui, dans sa façon d'être. Il avait aimé sauver toutes ces personnes, sinon il ne l'aurait pas fait. Il n'y avait pas seulement la vengeance qui avait guidé ses pas, ni elle. Il avait eu cette chose. Cette chose qui s'appelait l'héroïsme. Cette chose qui n'effaçait pas tous ce qu'il avait fait subir au monde sorcier mais qui pouvait le rendre meilleur. Si seulement il retrouvait cette force...
Il était notre héros. Notre héros, qui haïssait les héros.
