Chapitre 3 : Daphné Greengrass
Tuez un homme, vous êtes un assassin ; tuez des milliers d'hommes, vous êtes un héros
Beilby Porteus.
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Covering Your Tracks - Amy Stroup
Elle se trouvait laide. Elle regardait le reflet que lui renvoyait son miroir. Laide. Pas moche, laide. Bien sûr, elle avait toujours sa peau aussi blanche, ses longs cheveux aussi noirs, ses yeux aussi bleus. Bien sûr, elle était toujours aussi belle, sans imperfection... Mais elle se trouvait laide. Peut-être parce qu'elle se revoyait tuer tous ces gens. Elle se revoyait en train de lancer des sorts verts et rouges, des sorts impardonnables. C'était cela, elle ne se pardonnait pas. Et ceux qu'elle avait tué non plus. Ils venaient la hanter toutes les nuits.
Depuis la fin de la guerre, elle en faisait des cauchemars. Elle se réveillait en sursaut, le corps transpirant, la respiration saccadée, les yeux exorbités, le cœur brisée de toute cette haine, mais surtout, elle se réveillait avec cette peur collée à sa peau. Ils ne lui accordaient aucun répits. Comme s'ils avaient l'éternité devant eux pour la torturer. Ce qu'elle n'avait pas. Elle était persuadé qu'elle avait peu de nuits encore à vivre, alors pourquoi la torturer dans ses derniers jours ? Chaque nuit, en permanence. Même en sa pré . Ce mot qui résumait tout. Elle aimait lui sourire tendrement d'un sourire sincère, vrai, en glissant ses petits doigts dans ses cheveux bruns. Elle aimait faire l'amour à cet homme à la peau chocolat... Elle aimait sa façon de la regarder, avec ce désir qu'il ne cachait jamais. Elle l'aimait. C'était aussi simple que cela. Il était le seul avec qui elle était heureuse. Auprès de lui, elle se sentait désiré, désirable... Elle se sentait belle, pure.
Parce qu'en la présence des autres, elle se sentait tellement... sale. Elle avait trop tué durant cette guerre, tué des êtres innocents, fragiles, sans moyen de se défendre. C'était lâche de tuer quelqu'un alors qu'il ne pouvait pas se défendre. Elle était lâche. Elle se rappelait encore de cet enfant. Il s'était caché sous une table de la salle de Métamorphose, il attendait que la bataille se termine, les yeux fermaient tellement il avait peur. On pouvait voir la jointures de ses mains blanches parce qu'ils fermaient ses poings trop forts. C'était le fils d'un Mangemort, et elle avait reçu l'ordre de tuer tout ce qui se rapportait aux Mangemorts... Alors elle avait obéit. Elle s'en voulait. Elle en culpabilisait. Et il venait la hanter. Au fond, cet enfant était innocent, il n'y était pour rien dans les choix de ses parents, il n'avait pas choisit son camp. Désormais, il était mort, de sa propre baguette, du sort de la Mort.
Elle essayait de ne pas se détruire en se disant qu'il aurait pu désobéir à ses parents, comme elle l'avait fait. Désobéir, déshérité, renié. C'était la suite logique des choses qui s'étaient produites pour elle. Sa famille n'avait pas accepté son choix. Elle avait rejoint l'Ordre seulement parce qu'elle ne supportait pas ce que faisaient les Mangemorts à ces gens et non pour défendre leurs opinions. Elle n'apportait aucune importance à la pureté du sang. Elle se rappelait très bien ce que son meilleur ami avait dit : "Que tu sois Sang-Pur ou Né-Moldu, quand tu saignes, ton sang est rouge. Notre sang est de la même couleur que le leur alors pourquoi les discriminer ?". Elle trouvait qu'il avait parfaitement raison. Et ces Mangemorts qui torturaient, violaient, tuaient leurs prisonniers. C'était trop dur pour elle. Alors que l'homme qu'elle aimait faisait parti de ces monstres... Finalement, elle se disait qu'elle devenait comme eux, ceux qu'elle abhorrait, les Mangemorts. Elle avait torturé et tué aussi. Donc elle était devenue un monstre, comme eux. Elle était devenue laide, comme eux. Elle était une assassin, une meurtrière. Elle devrait aller à Azkaban. Elle ne méritait pas de vivre, de respirait cette air pur pendant qu'ils croupissaient dans cette prison pour détraqués. Elle ne valait pas mieux qu'eux.
Elle était même pire qu'eux. Puisqu'ils s'assumaient, eux et leur sadisme. Alors qu'elle, elle se cachait derrière des sourires forcés, des paroles dites par automatisme. Lorsque ses amis lui demandaient si elle allait bien, elle répondait toujours par l'affirmative et essayait de placer un petit sourire pour paraître plus crédible. Elle rigolait, mais c'était faux, tout ça n'était qu'un tissu de mensonge. Elle se cachait derrière un tissu de mensonge. Ses amis s'en rendaient bien compte. Elle n'avait jamais su mentir et elle semblait brisée, abîmée par cette guerre dévastatrice. Cependant, ils ne disaient rien, comprenant qu'elle devait faire son deuil seule, ou avec lui. Ce même lui qui n'était pas prêt à l'accompagnait à faire son deuil. Il était trop occupé à haïr tous ces gens et à boire. Il n'avait pas le temps pour elle. Elle le pardonnait parce qu'elle l'aimait, bien plus que de raison puisqu'il était néfaste pour elle. Elle était devenue trop dépendante pour s'en séparer maintenant et elle était certaine qu'il finirait pas l'aider. Alors ses amis la regardait sombrer à ses côtés, sans rien oser dire.
Elle se regardait toujours dans ce miroir même si ce qu'elle voyait lui donnait envie de vomir. Elle aurait voulu hurler devant son reflet. Hurler, crier, tellement fort que le miroir se serait brisé, il aurait exploser sur elle. Les bouts de verre se seraient enfoncés dans sa chair, lui prouvant qu'elle ne rêvait pas, ses mains se seraient teintées de pourpre et elle aurait reconnu le sang qui jadis avait été sur ses doigts et qu'elle avait vainement essayé d'effacer. Alors elle aurait crié de plus belle et cet homme à ses côtés se serait réveillé en sursaut, il aurait alors compris qu'elle n'allait pas bien, qu'elle souffrait plus qu'elle ne voulait lui admettre, qu'elle avait besoin d'aide, qu'elle avait besoin de sa présence rassurante à ses côtés parce qu'elle se sentait seule. Il aurait compris qu'elle avait besoin qu'il lui dise des mots, des je t'aime, des tu n'es pas un monstre, des tu n'as pas tué tous ces hommes, des la guerre n'était qu'un mauvais rêve, des ce n'était qu'un cauchemars, des tu vas bientôt te réveiller même si tu ne dors pas... Elle aurait tellement voulu hurler devant ce miroir, devant son reflet. Mais elle ne pouvait pas. Il n'était pas prêt à l'aider. Elle le comprenait et elle l'attendait, là, devant son miroir.
Alors qu'il dormait tranquillement dans leur lit, elle s'approcha du lit sans douceur, croyant secrètement qu'il se réveillerait et qu'il lui avouerait son amour. Comme s'il était ce genre d'homme... Elle se glissa aux côtés de son amant. Espérant que demain il l'aimera encore plus qu'aujourd'hui et qu'il sera enfin prêt. L'espoir fait vivre dit-on... Elle en avait besoin. Elle voulait guérir grâce à lui, comme elle le ferait pour lui. Elle était comme ça, généreuse avec l'homme qu'elle aimait. Elle était douce, gentille et munit d'une humanité malgré le fait qu'elle avait commis tous ces meurtres.
Elle était notre héroïne. Notre héroïne, qui se trouvait laide.
