Chapitre 4 : Luna Lovegood


Le héros n'est pas celui qui se précipite dans une belle mort ; c'est celui qui se compose une belle vie

Jean Giono.

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Le Tunnel d'Or - AaRON


Elle rêvait. Pour ne pas changer ses habitudes bien sûr. Elle rêvait, allongée dans l'herbe, le soleil réchauffant sa peau laiteuse. Elle aurait pu danser ou chanter, seulement, depuis la fin de la guerre, elle ne faisait plus cela. Comme elle ne riait plus ou ne souriait plus de joie, sans raison. Elle souriait seulement d'un sourire de réconfort comme elle aurait aimé en recevoir. Elle était un peu morte avec ses amis. Un peu parce qu'au fond, elle sentait son cœur envoyer des pulsions aussi fortes les unes que les autres, lui criant de continuer à se battre pour vivre. Elle n'avait pas survécu à cette guerre pour mourir ensuite, de désespoir qui plus est. Son père lui répétait sans cesse que sa mère se serait battue pour vivre et être heureuse. Mais elle n'y arrivait pas. Elle n'était pas comme sa mère.

Pourtant, elle essayait. Elle y pensait et lui parlait beaucoup. Lui demandant de l'aide ou juste pour lui expliquer ses journées. Mais cela ne fonctionnait pas, ne fonctionnait plus. Elle pensait que c'était de la faute des Énormus à Babille... Parce que sa mère ne l'aurait jamais abandonnée. Sa mère l'avait aidé durant la Bataille à échapper à des sortilèges féroces tel que le Doloris ou le Sectumsempra. Elle en était sûre. Sa mère était toujours là lorsqu'il le fallait. Pourtant, cette fois... peut-être qu'elle estimait qu'elle pouvait guérir seule. C'était certainement cela. Les Énormus à Babille n'avaient aucun intérêt à ne pas lui rapporter les paroles de sa mère. Elle essayait de se persuader...

Alors elle était allée voir son meilleur ami. Ils avaient une relation bizarre puisqu'ils s'étaient embrassés pendant la dernière Bataille. Mais elle était bizarre alors cela ne la dérangeait pas. Ils étaient juste des meilleurs amis, comme Harry, Ronald et Hermione. Enfin c'est ce qu'elle disait parce qu'elle ne savait pas trop ce que c'était. Un jour, Harry lui avait dit qu'une meilleure amie était toujours là durant les plus gros problèmes de son ou de sa meilleur(e) ami(e), c'était une épaule sur laquelle on pouvait pleurer ou juste se reposer le temps de reprendre espoir et de se relever. Et avec Neville, c'est ce qu'ils faisaient. Ils s'aidaient, mutuellement, du moins ils essayaient de s'aider.

Elle sentait que cette idée d'être sa meilleure amie était brillante puisqu'elle se sentait guérir, au fur et à mesure de ses discussions avec le jeune homme. Puis un jour, il avait décidé de tout casser ou alors ce n'était pas voulu. Il lui avait posé une question et elle n'avait pas trouvé la réponse. Il avait eu l'air déçu... Ce qu'il ne savait pas, c'était qu'elle n'avait surtout pas osé lui dire qu'elle se posait la même question depuis aussi longtemps que lui certainement. Elle n'avait pas osé. Alors qu'elle aurait dû. Peut-être qu'ils auraient trouvé cette réponse ensemble. Elle n'avait juste... pas pu, pas osé. Tout le monde la trouvait très sociable, à toujours aller voir les gens pour telle ou telle chose, mais elle avait aussi un petit côté timide. Toujours est-il qu'il avait posé cette question et que, n'ayant pas de réponse, il s'éloignait. Comme s'il s'était rapproché d'elle uniquement pour avoir une réponse à sa question...

Elle avait cherché cette réponse sans jamais réellement s'en soucier. Puis elle avait entendu dire qu'il avait appris la réponse auprès de sa nouvelle femme. Peut-être que c'était l'amour la réponse. C'était beau comme réponse, poétique. Elle pourrait même trouver cette réponse auprès d'un homme. Son unique problème était de savoir qui voudrait d'elle, qui voudrait l'aimer. Elle n'était pas mannequin. Elle avait les cheveux trop blonds, les yeux trop bleus, elle était trop maigre et beaucoup trop petite. Elle n'avait pas de poitrine, ni de belles fesses pulpeuses. Elle n'avait pas vraiment de formes. Puis elle est était un peu trop folle, trop spéciale, trop différente... trop elle. Alors elle se demandait souvent qui aurait le courage de l'aimer, qui aurait le malheur de vouloir aimer une folle, détraquée par la guerre. La réponse était déjà toute trouvée : personne.

Alors elle avait laissé tomber, cherchant ailleurs une solution pour devenir heureuse. Elle s'en était voulu de baisser les bras aussi vite, mais c'était trop dure de faire tant de choses en même temps : mentir sur ses sentiments et ses émotions tout le temps, essayer de réellement être heureuse, s'occuper de son père, chercher les Jonqueruines... Elle n'avait pas assez de temps. Puis on lui avait suffisamment répété que l'amour venait quand on ne s'y attendait pas. Alors elle l'attendait, que cet amour arrive, sans réellement s'y intéresser. Elle attendait, juste, espérant que l'homme parfait arrive, tout seul.

Puis un matin d'été, le soleil l'aveuglant, elle avait seulement pu apercevoir un homme avant de lui rentrer dedans. Cet homme était devenu un ami, puis un confident pour finir par être son amant. Comme elle, il avait les yeux trop bleus, les cheveux trop blonds et il vivait trop dans son monde. À ce jour, ils étaient amoureux. Elle ne cessait de se dire qu'enfin, son bonheur pouvait commencé. Après plusieurs mois d'une relation mouvementée mais douce, ce qui arrivait à de nombreuses femmes lui arriva : elle était tombée enceinte. Des jumeaux avait dit le Médicomage, des petits garçons, qui prenaient bien trop de place dans son ventre qui grossissait vite. Des petits garçons...

Lysander, qui sera curieux et très philosophique. Lorcan, qui sera plus doux, plus calme, plus réservé que son jumeau. Ils seront certainement admis dans la maison de Rowena. À eux deux, ils feront la fierté de leurs parents. Comme avant, elle sera heureuse. Comme avant, elle pourra danser, rire, chanter, sourire et rêver. Elle l'avait méritée. Elle s'était battue aux côtés de héros dans cette guerre. Elle avait perdu des amis précieux. Elle avait souffert dans les cachots de ce manoir avec Olivander. Elle avait été torturé et avait regardé des prisonniers mourir, pour tuer à son tour. Elle avait toujours été un appui pour ses amis. C'était désormais à elle d'être heureuse. Elle avait rêvée de son avenir pendant des mois. Elle l'avait hautement méritée.

Elle était notre héroïne. Notre héroïne, qui était restée rêveuse malgré elle.