Chapitre 6 : Ronald Weasley
Un héros, c'est celui qui fait ce qu'il peut
Romain Rolland.
...
Down - Jason Walker
Il essayait. Vraiment, il essayait de ne pas pleurer. Mais c'était vraiment dur. Il sentait les larmes aux coins de ses yeux bleus et il essayait de liguer toutes ses forces contre ses fichues larmes. Ce n'était pas digne d'un homme de pleurer. Pourtant, un jour, alors qu'il pleurait sur la plage, un peu plus loin que la Chaumière aux Coquillages, son grand-frère était venu le voir et lui avait tendu un papier. "Washington Irving disait : Il y a du sacré dans les larmes. Ce ne sont pas des signes de faiblesse, mais de force. Ce sont les messagers de l'incommensurable chagrin, et de l'indicible amour". Et lorsqu'il l'avait lu, il avait d'abord rigolait, il avait sourit, puis il avait de nouveau pleuré. C'était toujours comme ça en ce moment, il pleurait.
Il pleurait la mort de son frère. Parce qu'il avait beau dire qu'il allait très ben, que tout allait bien, il souffrait plus que ne voulait l'admettre sa fierté d'homme. Perdre des amis, c'était très dur, mais on n'avait pas le même sang alors on pouvait toujours se remettre. Mais perdre un membre de sa famille, c'était plus qu'un humain ne pouvait encaisser. Ils avaient joué ensemble, rigolé ensemble, et avaient partagé la même maison durant toute leur enfance. Et aujourd'hui, il n'était plus là. Et il devait ne pas pleurer... Il ne savait même pas s'il allait s'en remettre. Ce qui était sur c'était qu'il aurait du mal.
Et sa meilleure amie, qui pour ne pas en rajouter, avait encore plus de mal que lui. Elle ne pleurait jamais elle, elle était forte, mais elle avait dans son regard, comme une impression de... vide. Elle était vide et lui, il ne savait pas comment la réconforter. Il avait toujours entretenu une relation spéciale avec elle, pas trop proche mais un peu quand même. Alors qu'avec son meilleur ami c'était accolade amicale et rire à gorges déployées. Enfin... Beaucoup moins maintenant. Même, en y réfléchissant bien, il ne rigolait plus. Avec personne. Il ne côtoyait plus autant de monde qu'avant. C'était pour dire à quel point il se sentait... seul.
C'était cela, ce sentiment. La solitude. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas cela, ben au contraire, il adorait passer des moments seuls, à rêver de gagner la coupe du monde de Quidditch... Non, c'était plutôt qu'il pensait que s'il avait la présence d'un ami à ses côtés, il pourrait peut-être apprendre à redevenir heureux, à redevenir ce jeune homme qui faisait des blagues pourries à toutes heures de la journée... Il aurait aimé quelqu'un pour redevenir comme avant. Et ses amis étaient trop occupés à se soigner sois-même. Et il ne leurs en voulait pas. Non, il comprenait. Parce que eux avaient trouvé la force d'avancer. Et que lui restait là, à pleurer.
Certains diront qu'il n'avait qu'à pas pleurer, d'autres ne seront même pas touchés par son histoire mais tous, reconnaîtront que la vie n'était pas drôle avec lui, qu'il n'avait pas mérité tous ça. Mais vous avez tous raison en disant qu'il devrait arrêter de s'apitoyer sur son sort, que la vie continu et que même si la phrase de Washington Irving était belle, un homme qui pleurait, c'était pas très viril. Et cela, sa jeune sœur avait mainte fois essayé de lui dire. Tu n'es pas seul. Ou encore, nous pouvons t'aider. Mais il semblait vouloir s'aider tout seul. Et pour le moment, cela ne fonctionnait pas.
Et un jour, alors qu'il se promenait dans une praire, qui, à priori, était déserte, il avait vu la jeune blonde de Serdaigle qui les avait tant aidé durant cette guerre, en train de parler à... sa mère. Alors que cette dernière était morte, toute le monde le savait. Mais cela avait l'air de tellement l'apaiser qu'il s'était dit que ce n'était peut-être pas si bête, si fou, si elle.
Alors il avait essayé avec son grand-frère. Et pour ne pas paraître trop bête, il avait écrit une lettre qu'il avait envoyé avec un ballon, orange.
"Cher grand-frère,
Je sais que c'est bizarre parce que tu reçois une lettre alors que tu es mort. Mais j'ai besoin de me libérer. Tu comprends ? J'ai besoin de me lâcher autrement qu'en pleurant. Alors c'est en voyant notre Serdaigle préférée que j'ai eu cette idée. Ecrire une lettre pour me libérer.
Je te déteste. C'est méchant de te dire ça alors que tu es mort mais comprends-nous. Tu es mort durant cette bataille sans penser à nous. Tu es mort devant nous, et on a bien vu, tu ne t'es même pas défendu. Pourquoi ? Tu avais peur que ton jumeau meurt avant toi alors tu as préféré partir ? Mais c'est égoïste ! As-tu au moins pensé à lui ?! Il ne digère pas ta blague encore plus pourri que les miennes figure-toi ! Et Papa ? Et Maman ? Tu as pensé à eux ?! Tu as pensé à nous ?! Je te déteste d'être aussi égoïste !
Cordialement, ton frère qui t'aime (bah oui, tu restes mon frère gros nigaud) qui espère de tout cœur que cette lettre va marcher et que ne la recevras pas (parce qu'au fond je te déteste pas vraiment. Mais tu restes quand même un bel égoïste !)"
Et désormais, il pouvait le dire. Il se sentait apaisé, libre et ne voulait plus pleurer. Il était prêt à vivre une nouvelle vie, à être à l'écoute de ses amis qui l'attendait depuis trop longtemps maintenant. Il était parti trop longtemps. Il était temps de revenir et de sourire à nouveau. Il était temps de rire à son meilleur ami et de serrer sa meilleure amie dans ses bras pour penser ses blessure amoureuses. Il était temps qu'il dise au revoir à son frère et qu'il accepte sa mort. Il était temps qu'il soit fort, comme avant. Enfin, laissez lui un peu de temps quand même, parce que même s'il avait contribué à la chute du Seigneur des ténèbres, il restait un héros... Mais ne lui enlevons pas son mérite.
Il était un héros. Un héros, qui essayait d'être fort malgré tout.
