Chapitre 7 : Cho Chang
Les gens aiment voir souffrir leurs héros
David Bowie.
...
Skyfall - Adèle
Elle n'était plus elle-même. Elle n'habitait plus le même monde. Avant, elle était dans sa salle commune, avec un bon gros livre dans les bras, à parcourir ses lignes, qui lui apportaient tout le savoir dont elle avait besoin. Maintenant, son monde était peuplé de cris de souffrance et d'agonie. Il était hanté par des fantômes qu'elle ne connaissait pas. Elle avait tellement souffert durant les semaines de l'après-guerre. Celles où on essayait de sauver les blessés, celles où on enterrait nos morts, celle où on souffrait silencieusement seul. Elle avait eu tellement de mal à essayer de récupérer la force qui l'a caractérisé avant. Elle avait dû la perdre dans un de ces cachots où on l'avait enfermé... Désormais, elle le savait. Elle ne pourrait plus jamais la récupérer. Plus sans elle.
Elle, qui l'avait tant aidé. Elle, que personne ne connaissait. D'ailleurs, elle-même ne connaissait pas son prénom. Elle l'appelait Hope. L'espoir. C'était cela, elle était son espoir. Parfois, la nuit, elle se mettait à chanter et alors la pièce prenait une autre signification. Elle n'était plus cette pièce sombre et froide où pourrissait des corps de rats morts et où régnait la puanteur des excréments. Non, cette pièce si peu accueillante devenait une grande salle. Elle était sombre, comme l'autre, mais d'une rare beauté. Dans cette salle, au lieu d'entendre ces hurlements et ces cris malveillants, on entendait la voix de Hope chanter. La voix de l'espoir. La voix de la liberté. Dans cette salle, si le plafond s'effondrait, on ne ressentirait rien, trop attirée par cette voix si pure, si douce. Dans cette salle, tout semblait si irréaliste, mais elle se sentait tellement dans la réalité.
Désormais, elle ne pouvait plus l'entendre. Dans un de ses souvenirs que les médicomages qualifiaient d'illusion, Hope avait été emmené par les Mangemorts pour être "jugée", d'après eux. Ses crimes ? Son impureté dû à son sang. Sa sentence ? La mort dans d'atroces souffrances. Elle se réveillait encore avec le son de sa voix, hurlant de douleur, qui bouillonnait dans sa tête. Elle aurait tellement aimé ne garder d'elle que le souvenir de sa mélodieuse voix qui chantait si bien. Elle s'était éteinte. Plus personne ne pourra plus jamais l'entendre chanter l'espoir. C'était fini pour elle. Hope était morte. Le peu d'espoir qu'elle lui avait apporté était parti avec elle, dans sa tombe. Si seulement les Mangemorts l'avaient enterrés...
Pendant longtemps, elle avait essayé de trouver son identité. Dès sa libération, dès la chute du Seigneur des Ténèbres, son unique but était de retrouver ses ascendants. Personne ne l'avait jamais vu malgré sa description pointilleuse : de longs et raides cheveux bruns foncés s'approchant du noirs, des yeux marrons foncés et eux aussi, proches du noirs, ils étaient en amande, comme les asiatiques. Malgré cela, personne ne l'a reconnaissait. Ceux qui auraient pu entendre sa voix étaient soit morts soit fous. Bien qu'il y ait toutes ces embûches, elle persistait. Elle allait les trouver.
Durant un certain temps, quelques semaines tout au plus, cela l'avait aidé à se maintenir en vie. Mal, elle vivait mal, car elle ne prenait plus le temps de manger et de dormir, trop occupée à essayer de trouver quelque chose qui pourrait l'aider dans ses recherches. Mais elle vivait, grâce à Hope. Malheureusement, au bout de ces quelques semaines d'acharnements pour les retrouver, son métabolisme devînt faible, et elle intégra une chambre du L.P.T. (Lieu pour Personnes Traumatisés), à Sainte-Mangouste.
Chambre dans laquelle elle se trouvait en ce moment. Chambre qui voulait être accueillante mais qui l'était autant que son ancienne prison. Du blanc, partout. Le sol, les murs, le plafond, la fenêtre, le lit, tout... Les femmes qui allaient et venaient dans sa chambre n'échappaient pas à la règle. Il y avait beaucoup trop de blancs. Pourquoi n'avaient-ils pas mis du bleu ?
Et s'ensuivit alors une routine exaspérante. Tous les matins, huit heures, une femme en blanc lui apportait le petit-déjeuner. Quelque chose qu'elle trouvait immangeable et qui devait la nourrir alors elle le mangeait quand même. Puis, la matinée, qui se déroulait lentement,. Entre les visites de sa famille et les rendez-vous avec sa psychomage, prénommée Sarah, elle n'avait même plus le temps de penser et de rêver à Hope. Le midi, la même femme habillée de blanc lui apportait son déjeuner. S'enchaînait ensuite une longue après-midi à s'occuper de son unique but : se souvenir de Hope, la maintenir en vie grâce à ces souvenirs, continuer ses recherches... Bien qu'elle soit morte, elle restait un peu en vie dans la tête de la patiente.
Ce rite durait depuis six mois. Six longs mois qu'elle n'avait pas vu passer. Tous les rendez-vous qu'elle avait eu avec Sarah ne l'avaient pas aidé et ses recherches étaient au point mort. Ces deux points additionnés donnaient une femme très énervée qui ne cessait jamais de se plaindre. Elle ne cessait jamais de crier que la nourriture était trop froide et mauvaise, qu'il fallait lui apporter plus de livres au sujet des chanteuse Née-Moldue prometteuse, livres qui, soit dit en passant, n'existaient pas... Sans mentir, elle devenait une personne exécrable avec ceux qui l'entourait.
Jusqu'au jour où un autre patient du L.P.T. se réveilla de son coma. Par un heureux hasards de commérages entre médicomages non loin de ses oreilles, la patiente n°358 avait tout entendu. Il avait été torturé, tout comme elle, dans les cachots du Q.G. de l'ennemi. Et, tout comme elle, il avait dû entendre chanter la jeune Hope. Elle avait alors exigé qu'on lui amène et après deux semaines à supplier le chef du département du L.P.T., elle pu enfin le rencontrer.
De longs cheveux noirs qui lui tombaient jusqu'au milieu du dos, et de grands yeux verts avec une pointe de haine au fond, Chris Binard, patient n°265, lui apprit quelque chose d'horrible, à ses yeux. Celle qu'elle appelait Hope n'était autre qu'elle-même. C'était elle qui avait chanté dans ces cachots, elle qui avait été son propre espoir, elle qui avait crié à mort des mains des Mangemorts... C'était elle. Alors, au lieu d'être heureuse de l'avoir enfin retrouvée, elle hurla.
Elle hurla de désespoir, elle hurla de douleur et sa haine au monde entier. Son monde venait de s'effriter. Se plafond s'effondrant qui n'aurait jamais pu l'atteindre venait de la toucher de plein fouet. La chute du ciel. Elle n'arrivait pas à se mettre dans la tête qu'elle était... Hope. Elle n'avait pas pu la voir et l'entendre alors que c'était elle. Hope et elle-même étaient deux personnes distinctes, deux personnalités différentes. Comment pouvaient-ils croire ce que disait le n°265. Il mentait. Elle n'avait pas rêvé. Elle n'était pas folle ! Hope existait ! Il n'y avait pas d'autres moyens. C'était obligé. Il ne pouvait en être autrement. Elle n'était pas folle. Elle n'était pas folle...
Sa voix brisée, elle ne pouvait plus hurler. Elle essayait alors de se convaincre. Elle n'était pas folle. Elle n'était pas folle. Elle n'était pas folle. Elle n'était pas folle... Pitié, faites que quelqu'un lui dise qu'elle n'était pas folle. Faites que quelqu'un la calme, la rassure. Faites que quelqu'un ait la patience de lui expliquer que cette maladie, la schizophrénie, pouvait se soigner. Merlin, faites que ces vœux s'exaucent. Il fallait qu'une personne lui explique que sa voix l'avait permis de garder espoir et avait permis à d'autres prisonnier, tel que Chris, de garder espoir. Elle s'était battue elle aussi, dans ces cachots, elle s'était battue contre la mort. Elle avait livré un combat sans pareil, avec Hope. Et elle avait aidé toutes ces autres personnes, les sauvant de leur malheur, pendant qu'elle sombrait dans la maladie, son seul moyen de se défendre. Elle avait deux personnalités. Hope et elle.
Elle était une héroïne. Une héroïne, qui n'est plus ce qu'elle était.
