Chapitre 8 : Théodore Nott
On ne peut pas toujours être un héros, mais on peut toujours être un homme.
Wolfgang Goethe.
...
Feel Like Living - Hothouse Flowers (Ma Première Fois)
Il l'aimait. C'était simple pourtant. Alors pourquoi avait-il mit tant de temps à s'en rendre compte ? Il ne lui avait jamais dit. Il n'osait même pas lui dire maintenant, alors qu'elle dormait à ses côtés. Il avait peur. Peur de la perdre à nouveau, peur qu'elle ne l'aime pas. Pourtant elle, elle lui avait dit maintes et maintes fois. Lui, il avait juste peur. Tout était simple en faite, il l'aimait mais il avait peur. Alors qu'elle lui montrait réellement son amour. En plus de lui dire, elle lui faisait ressentir grâce à de petites attentions. Elle s'inquiétait toujours de savoir s'il n'avait pas trop froid, pas trop chaud... S'il avait bien dormi et bien mangé. Elle le maternait beaucoup. Un grand nombre de personnes pouvait trouver cela saoulant, à force, mais lui ne pouvait plus s'en passer.
Il l'aimait trop. Il savait que c'était mauvais. Il savait aussi qu'elle ne s'en doutait pas. Elle, elle avait bien récupéré de la guerre, elle n'avait pas l'air de souffrir. Elle semblait plutôt heureuse. Il devrait s'en réjouir, mais il ne pouvait pas. Il ne savait pas pourquoi, il se sentait juste incapable d'être heureux. Il y avait en lui, quelque chose de brisé. Il n'arrivait pas à mettre la main sur ce quelque chose. Il le cherchait, essayait du moins. Il ne trouvait pas. Elle avait vu qu'il n'était pas complètement remis de cette guerre, mais elle le trouvait tellement beau avec cette cassure en lui.
Il ne se sentait pas vivant, pas sans elle. Il avait en permanence l'impression qu'il lui manquait quelque chose. Encore ce quelque chose. Et ça le tuait ne de pas savoir. La tête pensante du groupe des Serpentard qui ne savait pas... C'était tellement, improbable. Durant toute sa scolarité, il avait toujours été important pour ses meilleurs amis parce qu'il était l'incarnation de la sagesse. Cela pouvait sembler anormal pour un Serpentard mais il était sage. Il avait toujours été posé, sérieux, ne parlant que pour dire des choses censées, portant un regard critique, mais juste, sur chaque sujet qui l'entourait. Il était comme cela, sage.
Seulement, il avait de plus en plus de mal à porter cette sagesse sur ses épaules. Durant cette guerre il n'avait jamais torturé, ou tué qui que se soit. Il était toujours resté neutre en aidant l'Ordre. Puis,il était devenu ami avec la jeune Gryffondor née-Moldue, après l'avoir rencontré. Même s'il n'était pas particulièrement bavard avec elle, il savait qu'ils avaient un lien... Ils avaient de nombreux points communs. Il avait beaucoup rit alors quand il avait vu sa petite-amie devenir de plus en plus proche de la Gryffondor. Au début, il pensait qu'elle voulait juste contrôler sa relation avec la jeune fille, étant de nature jalouse, il trouvait cela normal. Puis il s'était rendu compte, qu'il y avait plus que de la jalousie entre elles. Elles s'appréciaient vraiment... Elles s'aidaient mutuellement, à résister à cette guerre.
D'ailleurs, durant cette courte période de résistance, il avait appris à sourire de nouveau. Aux côtés de la femme qu'il aimait, il trouvait cela plus facile. Ils avaient été réunis alors que d'autres couples étaient séparés. Il avait essayé de profiter de sa présence au maximum. Malheureusement, elle dû partir. Pour la guerre. Pourtant, ce n'était pas le rôle d'une femme. C'était le rôle de l'homme, et l'homme de ce couple ne voulait pas se salir les mains. Alors elle était parti. Simplement. Et il avait compté les jours jusqu'à son retour. 161 jours. 3 864 heures. 231 840 minutes. Beaucoup trop longtemps. Beaucoup trop difficile. Ça n'avait pas semblé lui faire du mal à elle. Elle avait vécu cela facilement. Il avait même douté sur les sentiments qu'elle disait avoir pour lui. Puis à son retour, ils avaient l'amour. C'était la façon à la jeune femme de l'aimer aussi. Lui n'était pas un adepte du sexe, mais il lui faisait plaisir ainsi. Il ne pouvait juste pas se passer de ses gémissements de plaisir... Et de ses paupières closes, de ses lèvres entrouvertes, de son corps réchauffé par l'exercice que cela avait demandé. Il ne pouvait plus se passer de ses mains parcourant son corps, sa bouche laissant passer ces trois mots, ces sept lettres. Cette phrase, qu'il n'avait jamais osé lui dire.
Parce qu'il parlait peu. Elle, elle monologuait souvent. Donnant son avis sur telle ou telle chose puis au final, elle se rendait compte que cela l'intéressait peu. Alors elle se penchait près de lui, lui susurrant "Cela ne t'intéresse pas ?". Bien sûr que si ça l'intéressait. Menteur chuchotait-elle avant de l'embrasser. C'était souvent comme ça, sans vouloir dire toujours. Proche, mais à la fois tellement éloigné. Par sa faute, il le savait bien. Seulement, il avait si peur de la perdre. Cela le hantait. Parfois, la nuit, il se réveillait en sursauts, et elle le calmait. Elle ne se lassait jamais de le calmer. Elle le protégeait. C'était le monde à l'envers. La femme qui protégeait l'homme...
Alors qu'il était parfaitement capable de défendre quelqu'un. Même si pendant la guerre, il n'était pas sur le champ de bataille, il avait aidé le Survivant à mettre des plans en place. Il n'était pas resté au Square sans rien à faire, à attendre que les vrais combattants reviennent. Il n'était pas lâche, mais il n'était pas courageux non plus. Il était humain et comme tous les humains, il avait des faiblesses. Les siennes étaient la Guerre et Elle. La seule personne qu'il n'était pas capable de protéger comme il le fallait... La seule personne qu'il aimait pourtant...
Il avait lu un livre un jour une citation de Paulo Coelho : "Aimer, c'est perdre le contrôle". Il n'aimait pas perdre le contrôle alors il ne voulait pas aimer. Pourtant c'était ce qu'il ressentait au plus profond de lui-même. Il l'aimait, cette femme, prétentieuse, menteuse, manipulatrice mais tellement belle. Il l'aimait certainement pour ses défauts... Il l'aimait lorsqu'elle ramenait tout à elle, il en rigolait. Il l'aimait quand elle essayait de le convaincre en le manipulant ou lui faisant du chantage. Il l'aimait quand elle lui mentait, disant qu'elle ne l'aimait plus à cause d'une phrase qui l'avait blessée. Il l'aimait quand elle était elle. Il l'aimait car elle n'était pas superficielle. C'était juste une femme difficile, naturelle et amoureuse. Et quoi de mieux qu'aimer la femme qui nous aime ? Quoi de plus beau ? Rien. Malgré cette chance qu'il avait d'être aimé par elle, il n'était pas heureux.
La guerre l'avait rendu fade, triste, inexistant. Pourtant il vivait bien à ses côtés. Ils rigolaient, ensemble. Ils profitaient de la vie, ensemble. Mais seulement quand elle était là. Quand il était seul, il se morfondait dans son canapé, se souvenant de la guerre dévastatrice qu'il avait vécu. Il n'avait pas perdu de la famille, ni d'amis proches. Leur petite bande avait survécu. Mais il avait perdu autre chose. Son âme ? Son esprit ? Il n'arrivait pas à savoir. Ça l'obsédé...
Cette jeune fille à ses côtés, son épouse, était tout ce qui pouvait faire son bonheur. Il ne devrait pas se lamenter sur lui-même comme ça. Il devrait être heureux avec elle. Il était fort. Il avait survécu à cette guerre pour pouvoir vivre ensuite. Il devrait être... heureux ! Pourquoi le conditionnel ?! Pourquoi n'arrivait-il pas à être heureux ?! Pourquoi ?!
Il sentit les larmes commencer à couler le long de ses joues, et ce petit bout de femme se remuer et se retourner pour le regarder. Il fermât les yeux, de honte, ou de fatigue peut-être. Elle lui embrassa les paupières et le réconforta d'une de ses mains qui caressait lentement les cheveux de son amant. Pour le calmer, pour l'aider, pour le réconforter, pour lui montrer qu'elle l'aimait, sa respiration se fit moins saccadé, ses larmes séchèrent et ses yeux arrêtèrent de les laisser perler. Il lui sourit et l'embrassa.
Ce qu'il ne savait pas, c'est que demain, il la surprendra en train de toucher son ventre et il comprendra qu'un petit être commençait un grandir dans son ventre. Il ne pleurera pas. Il ne la félicitera pas. Il la prendra dans ses bras, lui fera l'amour encore plus en douceur qu'auparavant et pour la première fois il lui dira "Je t'aime". Il élèvera cet enfant avec amour et tendresse. Il lui apprendra les défauts de sa mère et les siens, pour en faire des qualités. Il lui apprendra à être ce qu'il n'est pas, courageux. Il lui apprendra à ne pas avoir peur de l'amour. Il lui apprendra à être un héros.
Il était un héros. Un héros, qui l'aimait plus que de raison.
