Chapitre 9 : Ginevra Weasley
C'est à ce signe qu'on distingue les vrais héros : ils ne se plaignent jamais de leur sort
Yvan Audouard.
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La Poupée - Christophe Maé
Elle subissait. Parce qu'elle était oubliée, oubliée dans l'ombre du Trio d'Or, dans son ombre... Elle n'existait plus pour tous ces gens. Eux, ils préféraient admirer les autres. Ils étaient plus grands, plus glorieux. Alors qu'elle, elle n'était qu'une enfant, tout juste sortie de l'adolescence, qui ne savait pas ce qu'elle avait vu. Comme si elle ne s'était pas rendu compte que la plupart de ses amis étaient morts. Comme si elle ne savait pas ce que voulait dire "souffrir". Elle qui avait tant perdu. Elle qui avait était brisé, et qui l'était peut-être encore.
En tout cas, on pouvait croire qu'elle l'était encore par son comportement... Elle ne sortait plus à Prés-au-Lard avec ses amis, elle n'allait plus boire de Bière au Beurre avec ses amis, elle ignorait autant ses amis qu'ils l'ignoraient en faite. Au début, elle avait agit comme cela pour essayer de les faire réagir. Ça n'avait pas marché. Alors elle avait commencé. Commencé à se ruiner encore plus que ce qu'elle n'était déjà. Elle fumait, buvait, profitait de la vie comme si elle vivait ses derniers moments.
Parfois, elle restait des heures entières enfermée dans salle de bain, sous la douche sentant l'eau froide qui ruisselait sur sa peau laiteuse. Elle était belle. On aurait dit une poupée, une poupée abîmée par sa propriétaire. Détruite, saccagée, comme si elle n'était rien aux yeux des autres, rien qu'un jouet. Cela lui était arrivé de se dire qui si les personnes qui l'entouraient, ses parents, ses frères, ses amis..., la regardaient mieux, peut-être qu'elle ne serait pas aussi mal au point.
Une bouteille de Vodka Pur-Feu dans la main gauche, elle porta pour la énième fois son mégot, à ses lèvres ensanglantées, cent fois rallumé. Son front glacé était collé contre cette vitre. Elle regardait dehors. Il pleuvait, comme si le ciel savait représenter les sentiments qu'elle ressentait au moment présent. Les gens courraient se protéger et d'autres marchaient vite sous leur parapluie. Aucun d'eux ne restaient là, sous la pluie. Elle aurait aimé elle. Si seulement, elle pouvait sortir. Si seulement elle trouvait cette force qui, elle en était sûre, sommeillait en elle.
Alors pour le moment, elle préférait rester à les regarder courir, marcher. Elle vit un enfant sauter dans une flaque d'eau, elle sourit. Sa mère le réprimanda, son sourire se fanât. Les parents ne comprenaient pas. Ils ne comprenaient pas que les enfants avaient le droit de faire des bêtises, pour apprendre. Ils ne savaient plus ce que voulait dire être un enfant, être joyeux sans raison, rire pour pleurer deux minutes après, manger des bonbons à s'en rendre malade, tirer la jupe d'une vieille dame du Chemin de Traverse et vite aller se réfugier dans un magasin voisin, courir en rigolant dans les rues alors que le soleil dormait, sauter dans une flaque d'eau à pied joint après avoir vu son reflet dans celle-ci...
Ses parents l'avaient toujours surprotégé sans jamais la comprendre. Elle ne devait pas monter dans les arbres comme ses frères, sinon elle allait s'écorcher le genoux. Elle ne devait pas aller toute seule à la rivière, sinon elle pouvait se noyer... Seulement, elle, enfant rebelle, faisait exprès d'aller seule à la rivière pour faire de l'apnée, et ne se noyait jamais. Elle faisait exprès de grimper dans les arbres, et ne se blessait jamais. Elle était fière de tenir tête à ses parents ainsi, même s'ils ne le savaient pas. Ils croyaient encore qu'elle était une jolie petite fillette, bien sage. Ils l'avaient privé de choses si belle dans la vie, comme aimer un garçon.
L'aimer. Lui et ses cheveux noirs broussailleux, lui et ses yeux verts semblablent à ceux de sa mère, lui et son entêtement, lui et son héroïsme, lui. Au début, ses frères se moquaient d'elle, pensant qu'elle était juste en admiration, comme les autres filles. Alors qu'elle était différente. Elle pouvait passer des heures à le regarder, passer des heures à l'écouter parler. Elle pouvait passer des années à l'attendre, passer des années à le réconforter. Elle en était capable, la flamboyante petite sœur des jumeaux, elle le savait.
Cependant, là, il fallait lui laisser un peu de temps. Du temps pour se reconstruire, du temps pour mûrir, du temps pour recoller ses morceaux brisés, recoudre ses blessures, réparer ses cassures, retrouver sa force et oublier ses faiblesses. Juste du temps. Un peu, autant de temps qu'elle en avait laisser à son petit-ami pour la remarquer. 5 années, 1 825 jours. Elle demandait juste cela. Un peu de temps pour la poupée oubliée.
Elle tira une nouvelle fois sur son mégot, regardant toujours par la fenêtre. Il pleuvait encore. Des flocons accompagnés les gouttes de pluie dans leur danse. La bretelle de son débardeur glissa le long de son épaule. Elle aurait aimé savoir que c'était son petit-ami qui lui avait enlevé. Elle aurait aimé sentir ses lèvres contre son épaule froide, sentir sa chaleur la réchauffait, sentir un peu d'amour autour d'elle. Elle aurait aimé tout ça. Mais les rêves existent pour être impossible à réaliser, alors il n'était pas là. Elle retira d'une traite ses vêtements, les rideaux toujours ouverts, donnant sur la rue. Elle se dirigea vers sa douche et tourna le bouton. L'eau froide commença alors à dévaler sur son corps, épousant à la perfection la maigreur de son corps.
La vie était cruelle. Elle ne pouvait pas se reposer, ses pensées la hantaient encore malgré l'eau glacé qui coulait sur sa tête, sur ses cheveux autrefois brillant de mille feux, aujourd'hui, simplement roux. Ses pensées étaient sombres, noirs. Elles étaient ses seules amies, les seules qui savaient tout d'elle. Elles connaissaient son passé, voyaient ses souvenirs, connaissaient son présent. Elles l'accompagnaient là où elle préférait être seule. Elles lui collaient à la peau, elle n'arrivait pas à s'en débarrasser. Après tout, les pensées étaient faites pour cela : ne jamais vous quitter.
Ses pensées, se dirigèrent encore vers cette guerre. Dévastatrice, cruelle, comme la vie. Une guerre dont le monde se serait bien passé, un monstre dont le monde se serait bien passé. Elle avait participé à cette guerre, elle avait écrite une page de l'histoire, sans le savoir. Lorsque le Trio d'Or s'état enfuit du château sans raison, tous les membres de sa maison s'étaient alors tournés vers elle, lui demandant quel chemin suivre, quelle voie prendre. Elle n'était plus la dernière de cette grande famille rempli d'enfants pour eux. Non, elle était devenue la dirigeante, celle qui savait tout. Elle avait aimé ce rôle. Elle souriait encore de ces souvenirs dans la Salle sur Demande lorsqu'elle expliquait aux Septième année comment faire un Patronus. Elle s'était senti forte, femme, digne d'intérêt.
Malheureusement, le Trio d'Or fit son entrée lors de son apogée. Et elle dû laisser sa place. Elle ne leurs en voulait pas. Elle savait qu'elle allait devoir redevenir cette petite fille, la petite sœur du héros, la meilleure amie de l'héroïne, la petite-amie du Survivant. Beaucoup de fille aurait aimé être à sa place. Mais elle ne pouvait pas s'en contenter, elle valait plus que ça. Merlin en avait décidé autrement, la condamnant à rester fragile et enfant aux yeux des autres : une poupée.
Ce que Merlin ne savait pas, c'est qu'elle était battante la poupée. Elle n'aimait pas être abîmée et jetée comme un jouet. Elle voulait revenir dans la lumière, plus belle que jamais, impressionnante. Elle voulait qu'on la félicite pour sa persévérance, pour sa maturité. Elle voulait se blesser en tombant d'un arbre, être au bord de la noyade dans une rivière. Elle voulait faire des erreurs, comme tout le monde. Elle voulait être aimait, comme tout le monde. Mais pour le moment, la poupée avait besoin de temps. Elle devait s'en remettre pour ensuite oser dire tout ce qu'elle avait vu durant cette guerre où elle avait participé.
Elle était une héroïne. Une héroïne, qui subissait dans l'ombre.
