Chapitre 11 : Lavande Brown


Un héros aujourd'hui, un vaurien demain

Proverbe québécois.

...

It Never Entered My Mind - George Shearing (2h37)


Elle était blessé, plus que certains, moins que d'autres, mais elle l'était quand même. Elle regardait mais ne voyait pas. Elle entendait mais n'écoutait pas. Elle touchait mais ne ressentait pas. Elle vivait mais n'aimait pas. Elle n'était plus la même. Avant, elle avait une certaine innocence doublée d'une dignité. Aujourd'hui, elle n'avait plus tout cela, arrachées, par eux. Elle avait perdu ce quelque chose qui la rendait belle, ce brin de folie, d'ignorance, d'enfance. Ils lui avaient tout pris, sans même lui demander son avis. Ils s'étaient tout permis, se croyant au dessus d'elle, supérieurs. Alors qu'ils n'étaient rien. Ils n'existaient pas.

Ou plutôt, elle ne voulait pas qu'ils existent. Elle devait faire abstraction de ce qu'ils avaient fait d'elle, un déchet humain. Elle devait oublier, ou vivre avec. Oublier semblait être la meilleure solution mais vivre avec semblait être beaucoup plus facile. Elle n'avait qu'à décider. Comme avant, elle pouvait enfin décider de son destin. Décider de ce qu'elle allait manger, du lieu où elle allait dormir, des personnes qu'elle allait voir, de ce qu'elle allait faire. Elle n'était plus cette fille, cette marionnette qu'elle avait été. Elle n'était plus la même. Ni celle de Poudlard, ni celle de lors des tortures. Cette chose l'avait changé. Elle aurait pu s'en passer. Le destin n'avait pas voulu. Les étoiles n'avaient pas écoutées ses prières. Les planètes l'avaient oubliées. Même Merlin avait ignoré ses supplications.

Elle avait hurlé pourtant, supplié, pleuré. Puis elle s'était arrêtée, comprenant que ça n'y changerait rien. Ils se serviraient toujours d'elle comme d'une putain. Violée, rabaissée dans son estime, humiliée. Les multiples coups de reins de ces monstres l'avaient à jamais transformés. Durant ces ébats sauvages et bestiales, elle avait longuement rêvé. Rêvé d'une vie meilleure, d'une vie plus belle, d'une vie en rose. Dans ces vies là, elle était la princesse. On la chouchoutait, les hommes tombaient tous sous son charme, les femmes voulaient toutes être ses amies. Et elle, elle était intouchable. Rien ne l'atteignait. Sa beauté froide, son regard glacial, empêchaient quiconque de vouloir lui faire du mal. Elle était tellement pure et importante, que tous la protégeait.

Elle aurait aimé que ses rêves soit sa réalité. Elle n'arrivait jamais à avoir ce qu'elle voulait. Il y avait toujours quelqu'un pour se mettre au milieu de son chemin, pour l'empêcher de décrocher la Lune ou de dormir parmi les étoiles. Il y avait toujours quelqu'un pour l'empêcher d'atteindre ses rêves. Cette fois-ci, ils étaient plusieurs... Plusieurs à avoir dans leur yeux cette lueur de folie et de plaisir à salir une femme. Elle ne les avait jamais comptée, et même si elle l'avait voulu, elle n'aurait pas pu. Lors de la plupart de ces séances, elle finissait dans l'inconscience ou dans ce qu'elle appelait l'autre monde. Celui où elle était la princesse qui pouvait tout encaisser puisqu'elle était intouchable. Celui dont elle n'avait jamais parlé à personne mais qu'elle ne cessait de vouloir retrouver. Elle savait que l'unique moyen d'y parvenir était de sombrer dans cette inconscience. Elle avait essayé autre chose pourtant mais aucune de ces choses ne correspondait à l'autre monde. Elle avait bien compris que si elle voulait enfin toucher son rêve du bout de ses doigts, elle devrait faire une bêtise.

Une grosse bêtise. Pas celles qu'elle avait l'habitude de commettre. Non, une bêtise, irréversible, avec une fin catastrophique, cruelle, mortelle. Pour ce faire, elle devait trouver ce courage qualifiant sa maison, en elle. Elle devait retourner dans son passé, celui qu'elle ne voulait plus revivre. Celui qu'elle préférait oublier. Celui là. Celui que personne ne souhaite avoir... Elle devait retrouver cette force qui lui avait permis de se maintenir en vie dans ces cachots. Elle devait y parvenir sans se faire plus de mal. Elle devait revivre tous les mauvais moments qu'elle avait vécu en se disant que ce n'était que des souvenirs. Rien de grave. Aucun danger. Elle devait, cette fois-ci, y croire dur comme fer, sa vie en dépendait, son avenir tout entier reposait sur sa capacité à supporter les horreurs qu'elle allait voir.

Alors elle avait fermé les yeux et était retournée là-bas. Loin d'ici. Elle avait revu toutes ces scènes. Dans l'une, un homme la pénétrait avec force pendant qu'un autre homme la fouettait. Dans l'autre, une femme lui créait des entailles douloureuses et profondes sur sa peau laiteuse. Dans chacune de ces scènes, son regard était noir de peur, d'incompréhension et de souffrance. De sa bouche bâillonnée, aucun son ne pouvait sortir. La seule chose qui sortait de son corps était ce va-et-vient habituel qui ne s'arrêtait jamais... Le plus beau souvenir qui lui restait de ce temps révolu était celui de sa fuite. Par elle ne sait quel moyen, sa cage était ouverte. Elle en avait profité pour sortir et s'était dirigée vers la salle aux les baguettes de tous les prisonniers résidaient. Elle avait pris la sienne et en voyant celle des autres, elle s'était dit qu'elle ne pouvait pas les abandonner. Alors elle les avait libérée, alors qu'elle aurait pu s'enfuit, heureuse d'être libre. Elle avait pensé aux autres avant de penser à elle... Elle avait finalement une conscience.

Après avoir vu ses souvenirs, la peur et l'effroi lui avaient glacé le sang. Elle ne voulait plus voir ces images, malgré la fin qu'elle pouvait qualifier d'heureuse. Elle ne voulait plus revivre tout ça. Elle, qui s'était cru suffisamment forte pour résister, n'y parvenait pas. Alors elle avait pris la décision qui allait détruire tous les préjugés sur sa personne. Elle allait mourir, car avant de partir, elle allait forcément sombrer dans l'inconscience et retrouver son monde.

Elle savait comment faire. Elle avait vu de nombreux films moldus... Dans un des derniers qu'elle avait vu, une fille s'était tranchée les veines. 2h37. Un titre bizarre pour un film... Un film tragique. Une phrase tragique. Il arrive que parfois, tu sais.. parfois tu es si focalisé sur tes propres problèmes que... tu fais plus attention à personne. Une phrase qu'un des personnages avait dit à la fin. Une phrase qui à l'époque ne lui correspondait pas, c'était juste une belle phrase. Désormais, cette phrase lui allait tellement bien. Ils étaient tous préoccupés par leurs malheurs et aucun d'eux n'arrivait à la voir... Une phrase qu'elle avait écrite sur chacune de ses feuilles de cours, pendant ceux d'Histoire de la Magie. Une phrase qu'elle ne pouvait se sortir de la tête. Et si elle mourrait ? Qui s'en rendrait compte ?

Alors peu importe si elle mourrait, son unique vœu était de retrouver le monde qu'elle aimait. Elle n'avait qu'à trancher ses veines, avec ce couteau. Elle n'avait qu'à appuyer, un peu plus fort, puis voir le sang s'échapper de ses veines pour aller tacher le carrelage de la salle de bain. Elle n'avait qu'à attendre... Et enfin, se voir, dans son rêve avec sa robe blanche de princesse, ou de mariée. Elle ne savait pas. Elle savait juste qu'elle était belle, parfaite. Ses jolies boucles dorés entouraient gaiement son visage d'ange où un long sourire s'élargissait continuellement. Elle était heureuse, et arrivait à oublier, malgré ces gouttes de sang qui perlaient le long de ses bras pour s'écraser sur sa belle robe. Elle était... chanceuse, aucun de tous ces hommes ne pouvait l'atteindre. Elle était intouchable. Elle était libre, même si elle aurait préféré s'en sortir en vivant avec ses honteux souvenirs, elle était enfin libre.

Le bas de sa robe auparavant blanc, était rouge. Sa couleur préférée. Elle n'avait jamais aimé le rose. Elle n'avait jamais été une petite fille qui aimait charmer les garçons. Elle n'avait jamais été une blondinette avec des couettes aux élastiques rose bonbon. Elle n'avait jamais été une jeune fille qui voulait faire passer une image de fille superficielle. Elle avait été amoureuse de son premier petit-ami, sincèrement. Elle avait été forte, telle que ne s'était jamais cru pouvoir l'être. Elle avait subi des violences sans faire des drames. Elle n'avait pas juste été une femme qui avait survécu à cette guerre, elle avait été une femme qui s'était battue pour que d'autres survivent à cette guerre. De toute façon elle n'était plus.

Elle était une héroïne. Une héroïne, qui était blessé à tout jamais.