Chapitre 13 : Hermione Granger


La plus grande douleur du héros est de vivre dans une perpétuelle solitude

AydenQuileute.

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Stay - Rihanna


Elle ne voulait plus. Elle ne voulait plus ressentir cette peur, cette appréhension, cette sensation qu'elle pourrait mourir de demain. C'était trop, trop pour elle. Elle avait trop souffert, trop enduré, trop attendu cette liberté. Une liberté si précieuse, si belle, si rare. Une liberté à chérir, à aimer, à protéger. Une liberté qui avait été si éloigné d'elle. Une liberté qu'elle n'avait jamais réellement connue. Une liberté illusoire, utopique. Alors quand son meilleur ami lui avait dit que tout était fini, que le Seigneur des Ténèbres était mort, elle ne l'avait pas cru.

Et elle avait eu raison. Ce n'était pas la fin d'une vie où elle devait survivre, où elle devait se battre pour ne jamais mourir et pour gagner sa liberté. Non, c'était le début d'une vie où elle devait s'adapter, où elle devait apprendre à vivre avec tous ces morts sur la conscience, tous ces hurlements dans les oreilles, toute cette haine dans le cœur. Ce n'était pas la fin d'une vie où elle ne se posait jamais de questions, où elle agissait pour subsister, mais le commencement d'une guerre contres ses démons : le début de sa reconstruction.

Une reconstruction certainement difficile, lente et douloureuse. Une reconstruction essentielle. Une reconstruction où elle devrait apprendre à parler de nouveau, à rire et même pleurer. Parce que même cela, elle ne savait plus le faire. C'était comme si elle ne ressentait plus rien, à part une haine et une peur constantes. Elle ne ressentait rien. Les sourires de son petit ami n'avaient plus d'effets sur elle. Les regards compatissants de ses meilleurs amis devenaient inutiles. Toutes les petites attentions de ses proches à son égard devenaient lourdes pour elle. Ils devaient arrêter, elle ne ressentait plus rien. Rien. Elle était vidée de toutes ces choses qu'elle avait ressenti étant petite. Même les fameuses meringues de sa mère ne servaient plus à rien. Elle ne ressentait plus toutes ces émotions qui avaient faites d'elle une humaine.

Elle était désormais une machine. Elle ne savait rien faire d'autres. On lui demandait de sourire, elle le faisait, mal. On lui demandait de rire, elle le faisait, mal. Mais on lui demandait de pleurer... Elle ne pouvait pas. De toute façon on ne lui demandait jamais de pleurer, alors à quoi cela servirait ? À guérir, à chasser ses peines ? Elle ne voulait pas. Elle ne savait même pas si elle le voulait ou non. Elle ne savait plus grand chose. Elle ne connaissait plus les petits détails de sa vie d'antan. Elle était née, un jour de septembre. Ses parents l'avaient éduquée. Elle était entrée à Poudlard. Elle avait eu des amis. Un puissant Mage Noir avait tous voulu les tuer. Il était mort, puis plus rien. C'était tous ce qu'il était utile de connaître de sa vie. Ni plus, ni moins.

Les autres, elle préférait les oublier. La douleur des souvenirs l'a torturait nuit et jour alors, il valait mieux les oublier. C'était plus intelligent, moins suicidaire. Elle était alors en sécurité. C'était le principal. Le reste... La vie, le plaisir, la joie... Plus rien ne faisait partie de son quotidien. Seule dans son appartement morose, dans sa chambre au rangement impeccable, dans son lit aux draps blancs, elle ignorait. Elle ignorait ce qu'il se passait dehors. Elle ignorait à qui étaient les nouveaux corps sans vie découverts. Seule, elle ignorait le désordre et la tristesse de son monde. Seule, elle vivait mieux. Seule, elle pouvait se reconstruire. Seule, elle y arriverait.

Mais il fallait qu'elle soit seule. Il fallait qu'elle ne pense qu'à elle, qu'elle ne se regarde qu'elle. Et elle n'y arrivait pas. En dehors de ces moments où son cerveau obéissait à elle ne savait quels ordres, elle pensait. Souvent, peut-être même trop. Elle pensait à ce qu'elle serait devenue sans cette guerre. Une jeune avocate qui défendait les créatures magiques opprimées ? Une jeune journaliste qui discutait économie et politique autour d'une table d'un onéreux restaurant ? Une jeune mère au foyer qui aimait ses enfants et les cajolait en permanence ? Ou tout simplement une jeune femme entreprenante, respectée qui sauvait la vie d'enfants et de femmes grâce à des moyens encore inconnus à ce jour ? Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle serait devenue sans cette guerre. De toute façon, la question ne se posait pas. La guerre avait bel et bien existée, dévastatrice comme toujours. Elle n'avait pas à s'imaginer dans un avenir meilleur. Elle n'avait plus le choix d'avoir un avenir, ou non.

Parfois, autour d'un bon café chaud, elle s'amuser à rêvasser. De son passé, elle n'avait gardé aucune photo, aucun souvenir. De son passé, elle n'avait rien gardé. Alors elle s'égayait en imaginant un passé drôle, amusant. Elle imaginait une fille brune, aux yeux marrons, comme elle. Une fille qui aurait de nombreuses amies mais qui préférerait rester avec elle. Elle s'imaginait une autre fille blonde aux longs cheveux lisses. Une fille qu'elle connaitrait depuis toujours mais elles seraient toujours autant amies. Elle s'imaginait un garçon aux cheveux de jais. Un garçon qui la ferait rire, mais pas à cause de ses blagues, non grâce à son propre rire. Un garçon hors du commun, qu'elle n'échangerait pour rien au monde. Elle s'imaginait tellement d'amis sans même se souvenir qu'elle en avait déjà. Elle les avait oubliés, tellement vite, tellement facilement. C'était effrayant. Comment pouvait-on oublier ses propres amis ? Sa propre famille ?

La guerre l'avait marquée à un point inimaginable. Tellement qu'elle ne savait même plus qu'elle n'était plus en guerre. Elle continuait d'avoir peur que quelqu'un la suive ou qu'on ne la surveille. Elle devenait paranoïaque. Elle interprétait tout d'une mauvaise façon. Elle ne prenait jamais l'ascenseur pour ne pas devoir se retrouver avec un potentiel assassin. Le moindre regard en sa direction, et elle se croyait épié. Le moindre frôlement par une personne, et elle se croyait kidnappée. La guerre lui avait laissé des traces incurables. Marquée à vie, sans espoir de s'en sortir. Condamnée à vivre dans la peur constante et effrayante.

Le plus horrible était qu'elle ne se reconnaissait plus. Les gestes qu'elle effectuait lui étaient inconnus. Lorsqu'elle se regardait dans un miroir elle se demandait qui elle voyait. Lorsqu'elle s'habillait et que ses mains frôlaient sa peau, elle se sentait violée. Elle avait tellement peur de ce que quelqu'un pouvait faire d'elle, qu'elle commençait à avoir peur d'elle. Elle était effrayée, terrifiée, apeurée. Telle une bête sauvage.

Elle n'avait plus rien d'humain. Bien sûr, elle mangeait, elle s'habillait, elle se lavait, elle dormait dans un lit. Comme tout le monde. Mais ce qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même, enfermé, la terrifiait. Elle ne reconnaissait plus les petites choses de la vie, les petites choses qui rendaient les gens humains. Elle ne parlait plus aux autres dans la rue. Elle ne disait ni « bonjour », ni « au revoir ». Elle vivait seule, dans son petit appartement.

Et elle ne s'en plaignait pas. Les seuls qui en pleuraient étaient ses amis. Ses amis qui, s'ils avaient été plus présents, auraient certainement pu l'aider à temps.

Le temps s'était écoulé. Elle n'avait plus le temps de les attendre. Elle ne voulait plus leur consacrer du temps. Et puis, il n'était plus temps de l'aider. Parce qu'elle n'avait pas besoin d'aide. Elle aimait être ainsi, seule. Elle voulait le rester. Elle préférait le rester. Peut-être qu'elle était une machine. Peut-être qu'elle avait perdu son humanité. Peut-être qu'elle n'arrivait plus ni à sourire, ni à pleurer. Peut-être qu'elle changeait. Peut-être même bien qu'elle se trompait en changeant… Mais peu importe, parce qu'elle survivait. Elle aimait être comme cela, parce que c'était la seule façon pour qu'elle entende son cœur battre. Alors oui, elle voulait bien être un monstre si grâce à cela, elle vivait. Elle ferait tout pour garder ce pour quoi elle s'était battue durant cette guerre : la vie.

Elle était une héroïne. Une héroïne, qui préférait rester seule.