Chapitre 14 : Harry Potter


C'est le sort d'un héros d'être persécuté

Voltaire.

...

Je saigne encore - Kyo


Il souffrait. La plupart des sorciers ne s'en rendaient pas compte. Le peu qui restait pensait que c'était à cause de cette guerre. Bien sûr qu'il souffrait à cause de cette guerre... Toutes ces personnes mortes avant et pendant la Grande Bataille lui entaillaient profondément le cœur. Mais le plus douloureux pour lui, le plus atroce, était cette reconnaissance. Oui, cette reconnaissance. Ce pour quoi que tant de personnes se battaient. Ce pour quoi tant de personnes mourraient. Une liberté. Il ne comprenait pas pourquoi d'autres avaient le droit de l'atteindre, de la toucher, pourquoi ils avaient le droit de poser leurs mains sur son corps, pourquoi ils avaient le droit de respirer son odeur, pourquoi ils avaient même le droit aux regards qui les rendaient plus forts. Alors que lui devait se contenter de la savoir existante. Rien d'autre. Lui qui s'était battu, lui l'élu. Pourquoi n'avait-il pas droit à la liberté tant recherchée, tant aimée ?

Cette liberté inventée était devenue réelle pour lui. Une vraie femme, avec de vrais longs cheveux blonds lisses. Une vraie femme, avec un vrai regard tendre bleu azur. Une vraie femme, avec de vrais bras doux et chaleureux. Une vraie femme, tangible, humaine. La liberté était réelle pour lui. Il n'avait cessé de la chercher. Durant toute son enfance, il s'était battu contre les moqueries de ses camarades, contre les ordres éprouvants de sa tante, contre les regards désobligeants de son oncle, ne cessant de rêver à sa prochaine liberté. Durant toute sa scolarité, il s'était battu contre les préjugés à son encontre, contre le peu de pudeur que ses admirateurs lui donnaient, ne cessant de rêver à sa prochaine liberté.

Une liberté qui l'avait façonné, à son image. Une liberté qui l'avait aidé à tenir debout, à rester droit et fier de sa propre personne. Une liberté qui l'avait maintenu en vie. Une liberté qui l'avait conseillé… Lorsqu'il ne savait que faire, il se demandait toujours ce qu'il ferait s'il était libre. Et alors, il savait qu'il prendrait les bonnes décisions. Cette liberté qui l'avait bercé alors qu'il n'était encore qu'un nourrisson. Cette liberté qui ne le quitterait pas du regard sur son lit de mort.

Lui qui avait côtoyé cette liberté au cours de toute sa vie, n'arrivait pas encore à la rejoindre. Et à chaque fois qu'il voyait des amis heureux d'être libres, il ne pouvait s'empêcher d'être jaloux. Il la sentait, cette jalousie, s'infiltrer dans ses membres, couler aux côtés de son sang, pulser dans ses veines. Il la sentait arriver à noircir son cœur.

Il était alors prit d'élan de colère. Dans ces moments, il ne se reconnaissait plus. Le vert de ses yeux devenait noirs de terreur. Il sentait ses muscles se contracter et ses points s'abattaient contre le premier objet qu'il croisait. Souvent c'était un miroir qu'il brisait. Un jour, ce fut une table qu'il éventra. Il ne se contrôlait plus. Et ça l'horripilait de ne pas savoir se contrôler. D'être trop faible pour s'ordonner de s'arrêter. Démesurément faible…

Voldemort avait peut-être finalement eu raison en lui crachant au visage sa faiblesse. Peut-être même qu'il ne pouvait accéder à sa liberté car il était faible. Peut-être qu'il ne la méritait pas, tout simplement.

Il doutait tellement. Il avait si peur de ne pas être assez fort pour qu'elle l'aime. Durant toutes ces années de résistance face au Lord, elle avait été sa bouée de sauvetage, son unique but, son espoir. Et elle avait décidé de tout briser en ne l'acceptant pas ? Non, ce devait être lui qui avait tout brisé. La liberté était trop belle, trop juste pour ainsi s'évader de lui.

Il aurait aimé l'emprisonner à jamais au creux de ses mains, pour qu'elle ne puisse s'échapper. Elle était tellement ensorcelante. Il aurait tout fait pour l'avoir rien que pour lui. Il devenait même égoïste pour elle. Il serait prêt à tuer, à torturer si elle lui promettait qu'elle se réservait à lui. Il serait prêt à faire tant de choses pour elle si elle lui accordait ne serait-ce qu'un de ses regards dont elle seule avait le secret.

Il ne cessait de penser à cette utopique liberté. Il dépendait d'elle. Il rêvait d'elle. Il vivait pour elle. Il ne pouvait pas faire un pas sans la vouloir près de lui. Il voyait son ombre à chaque coin de rue, comme si elle se jouait de lui. Lui qui croyait qu'il suffisait de l'aduler pour l'avoir.

Il préférait aduler la liberté espérant la recevoir. Tout comme toutes ces personnes qui l'adulaient, espérant recevoir de lui un sourire, une parole ou même une nuit pour certaines femmes. N'était-ce pas ironique ? Il était adulé de tous mais ne s'en contentait pas. C'était vicieux. C'était aussi une répétition éternelle… Toutes les intentions qu'il obtenait. Toutes les lettres que d'autres lui envoyaient… Il était aimé. Il était respecté. Les enfants rêvaient de ressembler à lui. Les parents se servaient de lui pour donner le bon exemple à leurs enfants. Les ennemis de la paix le craignaient. Il n'avait pas à se plaindre.

Pourtant, lui, ne recherchait pas cette fichue reconnaissance. Non, il ne voulait que la liberté. La liberté d'aimer et d'être aimé en retour. La liberté de respirer. La liberté de vivre. La liberté d'être libre des regards des autres. Il ne demandait pas grand-chose. Si ?

Des milliards de personnes étaient libres. Pourquoi pas lui ? Ne savaient-ils pas partager ? Ne pouvaient-ils pas lui prêter un peu de leur liberté ? C'était pourtant d'une facilité exaspérante. Il suffisait de donner sans recevoir. Il avait fait ça toute sa vie, lui. Il avait même sacrifié sa vie au dépend de celles des autres. Ce n'était pas de sa faute si la Mort l'avait refusé à deux reprises. Elle devait croire, qu'il était fait pour vivre. Mais à quoi bon vivre, s'il n'était pas libre ? A quoi bon respirer, s'il ne pouvait pas le faire librement ?

Non. Il préférait mourir, que vivre sans liberté. Il s'était battu, vaillamment, espérant la gagner. Mais il ne l'avait toujours pas. Alors à quoi bon se battre pour quelque chose si on ne l'obtiendra jamais ? Il n'aimait pas se battre pour des causes perdues. Et avoir la liberté rien que pour lui, faisait partie des causes perdues.

Alors il allait baisser les bras, pour la première fois. Il allait affronter la Mort, pour la dernière fois. Il allait sourire à la Mort, avec tout ce rouge sur son corps. Il allait la blesser dans un dernier effort. Parce qu'elle lui avait menti. Parce qu'elle l'avait manipulé. Parce qu'elle avait oublié de lui mentionner que la Liberté ne s'attrapait pas, ne se gagnait pas. Elle te choisit, toi, pauvre mortel. Parfois elle te suit jusqu'à ta mort. Parfois elle te quitte dans les moments les plus difficiles. Jamais elle ne s'occupe que de toi. La Liberté est utopique, intangible. Et ça, il le saisissait que trop tard. Après toutes ces batailles, il comprenait enfin. Cependant, aujourd'hui, le temps lui manquait pour vivre librement. Il se sentait déjà mourir.

Il était un héros. Un héros, héros des autres héros.