PARTIE I
L'ASCENSION D'ANAKIN SKYWALKER

Chapitre VI - Bis vincit qui se vincit in victoria*

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Il s'éveilla dans une pièce inondée de lumière. La douleur, ainsi que la blessure avaient disparu. Sur ses mains, il n'y avait plus aucune trace de sang. Il regarda autour de lui, et mit quelques secondes avant de réaliser qu'il se trouvait dans la salle du Conseil. Une silhouette familière se dressait, dos à lui.

« Maître ?
- Nous voilà réunis. »

Ce dernier se tourna vers lui, le visage serein. Il semblait aussi réel que dans ses souvenirs, bien plus réel que l'esprit qui l'avait accompagné ces huit dernières années.

« Suis-je mort ?
- Oh... non, pas encore, sourit Qui-Gon.
- J'ai failli à ma mission, Maître, se désola Obi-wan.
- Je crois plutôt que tu es dans la voie de la réussite, mon ami...
- Ça ne ressemble pas vraiment à une réussite... »

Qui-Gon éclata d'un rire joyeux.

« Ces épreuves n'ont pas changé ton humour... Toujours aussi sarcastique. Ton Padawan et toi... Vous êtes bien plus semblables que tu ne le penses.
- Maître, je suis perdu, avoua-t-il.
- Tu ne t'es pas laissé abuser par ce que tes yeux voyaient. Tu n'as pas laissé la haine et le désespoir obscurcir ton jugement, et, même dans la douleur la plus extrême, ce qui t'as semblé être la mort, tu as pu accepter tes erreurs et su en prendre la responsabilité.
- Je ne comprends pas. Je n'ai rien fait de plus que n'importe quel autre Jedi.
- Tu as doublement réussi : tu as accepté ta condition d'homme, Obi-wan, tu as compris que tu n'étais pas infaillible, pourtant, tu n'as pas abandonné pour autant. Et c'est en cela que tu t'es dépassé. Ta volonté est admirable. Tu es bien plus humble que la plupart des Jedi, et bien plus sage que tu ne sembles le croire...
- Vais-je repartir ?
- Ta mission n'est pas terminée, répondit Qui-Gon, l'air sérieux. Les épreuves que tu viens de traverser ne sont que le commencement de tout ce qui t'attend... Mais je resterai à tes côtés, comme je l'ai toujours fait.
- Alors, je pars en toute quiétude.
- Je suis si fier de toi, renchérit Qui-Gon. Adieu, mon ami, et que la Force soit avec toi. »

Obi-wan s'inclina respectueusement avant que sa vision se brouille à nouveau. Lorsqu'il émergea pour la deuxième fois, priant pour que ce soit la dernière cette fois-ci, il lui semblait qu'il s'éveillait d'un long cauchemar. Son corps était engourdi, comme si il était resté longtemps dans une position inconfortable, et il était un peu groggy. Il se sentait néanmoins bien mieux, ayant retrouvé son équilibre habituel avec la Force. Il prit quelques secondes pour reprendre ses esprits, puis observa les alentours.

Il était de retour à l'entrée du Sanctuaire, au même point qu'auparavant. L'éternel ciel orangé de Voss ne lui apportait aucune idée du temps précieux qu'il avait perdu dans le temple. Le Maître Jedi n'arrivait pas à croire que tout ceci n'avait été qu'un piège. Mais sa mise en place, ainsi que la disparition des Voss qui affectionnaient habituellement le lieu, confirmaient les soupçons d'Obi-wan : les impériaux n'étaient pas venus en masse sur cette planète pour achever des fouilles archéologiques, comme ils se plaisaient à le prétendre. Anakin était recherché, et il était évident qu'il ne se sentait pas simplement menacé par la grappe d'impériaux qui lui avaient rendu visite quelques semaines auparavant. Ce piège avait probablement était conçu dans le but de ralentir ses ennemis quels qu'ils soient.

Il connaissait par cœur la façon de penser de son ancien Padawan, et bien que sa signature mentale était parfaitement inscrite ici, il ne comprenait pas son mode d'opération. Anakin était une tête brûlée, il aurait probablement préféré engagé le combat direct plutôt que de penser à sa protection. A vrai dire, rien de tout cela ne ressemblait à Anakin. Venir trouver refuge dans un temple sacré sur une planète inconnue, prendre tant de précautions pour qu'on ne le retrouve pas et pour rester incognito, retarder l'échéance d'une confrontation...

A moins... A moins que quelque chose qu'il considère plus important ne l'attende ailleurs. A moins qu'il ne prépare quelque chose qui nécessite toute son attention.

Quoiqu'il en soit, il n'avait plus aucune piste concrète. Anakin n'avait rien laissé d'autre que ces défenses éphémères, et ils avaient reçu la vidéo près de quatre semaines auparavant, et le jeune homme avait eut amplement le temps de quitter la planète. Il pouvait se trouver n'importe où dans la galaxie connue, voir même ailleurs à présent.

Obi-wan était amer de son échec. Il attribuait en partie la faute à Yoda qui l'avait retenu si longtemps, même s'il tentait de se raisonner en se disant que son ancien Padawan avait probablement fuit le Sanctuaire alors même que la vidéo leur était parvenue. Mais au plus il essayait de s'en convaincre, plus de nouveaux doutes l'assaillaient. Si l'enregistrement était bien plus vieux que Bail et Yoda ne voulaient lui faire croire ? Il n'avait aucune preuve, et il n'avait pas vraiment idée de pourquoi ils tenteraient de l'éloigner de son but, mais aucune date, même dans le journal de la chasseuse de prime, n'était mentionnée.

Yoda avait toujours douté de la Prophétie, même si celle-ci avait croisé de nombreuses fois sa longue existence. Elle était si ancienne, et personne ne savait vraiment d'où elle venait, elle avait forcément été déformée, peut être mal interprétée. De plus, un Elu ramenant l'équilibre dans la Force, cela semblait bien obsolète, une vieille utopie qui datait probablement de l'époque où l'on croyait encore que la Force était une puissance mystique, une forme de divinité.

Il était donc logique qu'il ne croit pas en la capacité d'Anakin de réaliser cette prophétie. Pour lui comme pour le reste du Conseil, l'enfant miracle ne représentait rien de plus qu'un danger potentiel, qu'une bombe à retardement qu'il fallait écarter au maximum du pouvoir, mais à garder sous surveillance.

C'était la raison pour laquelle le Conseil avait accepté que Qui-Gon le prenne sous son aile. Celui-ci n'avait jamais douté d'Anakin, et bien que le Conseil avait fermement montré sa désapprobation, considérant sa foi comme un aveuglement, le respect pour le Maître accompli qu'était Qui-Gon avait empêché le Conseil d'apposer un vato formel à l'admission d'Anakin.

Obi-wan avait réalisé que derrière le respect que portait le Conseil au Maître, il y avait quelque chose de plus concret, mais moins noble. Un être aussi puissant dans la Force et aussi instable devait être encadré, refréné. Mais Qui-Gon n'avait pas eu le temps de réaliser la raison sous-jacente à l'acceptation de son protégé parmi les Jedi.

Il était évident qu'Anakin n'était pas prêt, malgré ses efforts afin de rentrer dans le rang. La colère et la confusion qu'avait ressenti ce dernier à l'instant où lui était parvenue la décision du conseil n'avait fait que confirmer la justesse du choix des Maîtres. Cela n'avait pas moins peiné Obi-wan. Il avait toujours cru en son Padawan, malgré la période difficile que traversait leur amitié.

Anakin avait eu une adolescence difficile et la situation n'avait fait que s'empirer à son passage à l'âge adulte. Le jeune homme avait souffert toujours plus de ses frustrations, ses pulsions et ses sentiments réprimés. Son côté obscur ne demandait qu'à s'épanouir et son continuel tourment ne l'avait rendu que plus instable.

Obi-wan avait été si surpris de le savoir encore en vie. Les guerriers de la trempe d'Anakin ne vivaient guère longtemps, et le Maître Jedi pensait sincèrement qu'il aurait fini par s'autodétruire au sein de l'Ordre. Quelle qu'elle soit, l'Elu avait fini par trouver sa voie, Obi-wan en était intimement persuadé. Il espérait juste qu'elle servait également sa cause, car, plus que jamais, la prophétie devait être réalisée. Il fallait détruire l'obscurité des Sith avant qu'elle ne détruise la lumière.

Pour l'heure Obi-wan était dans une impasse. En plus de n'avoir pas trouvé Anakin, il était mentalement et physiquement très affaibli. Il ne tarderait pas à se faire repérer si il ne trouvait pas un endroit sûr où s'abriter, le temps de restituer ses forces et de passer un appel jusqu'à Aldérande.

Il n'était pas rassuré par la position de faiblesse qu'il occupait, tant par son état physique et psychique actuel que pour ce qui semblait se tramer dans son dos. Quoi qu'il arrive, Bail Organa et Yoda devraient lui rendre des comptes à un moment ou un autre de leurs projets. Obi-wan n'était pas un simple soldat, un Clone, un pion que l'on peut manipuler ou sacrifier aisément. Il avait encore son mot à dire sur les décisions prises, si le moindre vestige du Conseil perdurait encore.

Mais au fond, quel poids son avis détenait-il encore ? Personne ne pouvait lui interdire formellement de faire quoi que ce soit, l'Ordre Jedi ayant été dissout dès lors que ses membres avaient été réduits au nombre de deux. Mais il s'était tenu huit ans à l'écart de l'Alliance Rebelle, et il nécessitait l'appui et l'assistance de Bail, de Yoda, et même, indirectement, de la résistance. Ses promoteurs pouvaient très bien cesser d'apporter tout soutien, voir même de l'en exclure, si ils jugeaient ses projets néfastes.

Bien que fin diplomate, ses talents de négociateurs lui seraient d'une aide plutôt mince si il s'opposait seul face à l'Alliance rebelle, et il était peu concevable en ces temps obscurs de n'appartenir – tout du moins officiellement – à aucun camp.

Obi-wan se fraya un passage au cœur de la vallée, à la recherche d'un refuge dans les massifs rocheux la surplombant. La végétation était dense, mais, s'aidant de la Force, il finit par repérer une cavité rocheuse exempte de toute trace d'occupation. Dans son état actuel, s'y téléporter lui demanderait trop de concentration et de temps pour que ce soit plus rapide que de s'y hisser. Heureusement, cette grotte ne se trouvait qu'à une petite quinzaine de mètres au dessus de lui, et il était possible d'y accéder sans avoir à escalader.

Ce serait suffisant pour prendre un peu de repos et contacter Bail Organa sans craindre une arrivée impromptue des impériaux.

Une fois arrivé en haut, il s'enfonça jusqu'à être certain d'être invisible de l'extérieur, avant de sortir son holocom. Il tenta d'abord de contacter Bail, mais l'appel resta sans réponse. Il essaya d'appeler Yoda, lequel répondit presque immédiatement. La communication était mauvaise, mais restait audible.

« Maître Kenobi ? Ton appel nous désespérions de recevoir.
- Depuis combien de temps suis-je parti ? demanda Obi-wan à brûle-pourpoint.
- Et bien... Trois jours, répondit Yoda.
- Je n'ai pas trouvé Anakin, soupira-t-il, il s'agissait d'un piège, mais il était là. Il a dû quitter le lieu peu après l'incident. La piste est froide...
- Exténué, tu sembles être.
- C'est sans importance, renchérit Obi-wan humblement, je n'ai pas réussi à joindre Bail Organa, que se passe-t-il ?
- Le sénateur Organa est sur Adarlon, l'y rejoindre, nous devons. Les coordonnées te seront transmises sur ton vaisseau. »
- Adarlon ? » Répéta-t-il.

Il n'avait que rarement entendu parler d'Adarlon. De ce qu'il savait, il s'agissait d'une petite planète touristique colonisée par les Alderaniens. Elle n'attirait que les artistes, et n'avait aucune incidence dans la politique actuelle, ou même ancienne.

- Il me faut d'abord récolter des indices. Cette mission est primordiale.
- Aller sur Adarlon est plus important, lui indiqua Yoda, te mettre au courant de certaines choses, je dois. »

Obi-wan sentit soudain une approche hostile. Il se figea, tendu, tous sens en éveil. Il s'agissait d'un groupe, et l'un d'eux était sensible à la Force. Il s'en voulait d'avoir été si confiant pour n'avoir sentit un groupe entier, mais il était épuisé.

« Que se passe-t-il ? S'inquiéta Yoda.
- Je crains ne pas en avoir tout à fait fini ici... Je vous recontacte. »

Il mit fin à la conversation, et se redonna consistance : le danger était imminent, il le sentait vibrer à travers chacune de ses cellules. Et s'il s'agissait d'un seigneur Sith ? Il ne sentait pas réellement le Côté Obscur, mais les Sith n'étaient-t-il pas maître dans l'art de la tromperie ? Si tel était le cas, il était probablement trop faible pour le combattre, mais peut être avait-il encore le temps de fuir sans se faire repérer. Il préféra néanmoins jouer la carte de la prudence et chercha à localiser plus précisément le groupe, et de s'assurer de leurs intentions.

Mais cette précaution lui fit perdre quelques précieuses minutes. Lorsqu'il prit conscience de la proximité du danger, il était déjà trop tard. Son vieil ennemi, Rako Hardeen, attendait plus bas, et il venait d'être repéré.

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Notes : Oui, oui, la scène dans HP7 avec Dumbledore m'a BEAUCOUP marquée. Ce pauvre Obi-wan n'est pas au bout de ses peines. Croyez moi, les retrouvailles ne sont pas pour tout de suite... En attendant, j'espère que ça vous plaît. Je redoute les futures scènes de combat. Je n'en ai jamais écrit, et quasi-jamais lu. Je ferais de mon mieux, et je vous avoue que ça m'angoisse un peu, ahah.

PS: Merci à ma chérie qui me betate. Elle est terrible, parfois ( surtout quand elle théatralise les dialogues et donne une voix de fausset à Obi-wan ) mais elle est géniale, et toujours franche avec moi et d'un grand secours. Et pourtant, elle n'aime pas Star Wars ( c'est beau l'amour, quand même. ).

*Deux fois vainqueur est celui qui sait se vaincre dans la victoire.