PARTIE I
L'ASCENSION D'ANAKIN SKYWALKER

Chapitre VIII - Intelligenti pauca*

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En réponse à l'expression d'Obi-wan, le sourire de Bail s'élargit.

« Kriff... lâcha-t-il. Oh, pardon Bail, Princesse Leia... »

Le Vice-Roi éclata de rire devant la confusion de son ami :

« Pas de manières avec moi Ben, pas tant que nous sommes en petit comité.
- Ahsoka... Ça, pour une surprise, c'est une surprise. »

La jeune femme lui adressa un sourire sincère avant de se jeter dans ses bras. Malgré les convenances, Obi-wan répondit à l'étreinte : c'était si incroyable, si inattendu. Alors qu'il pensait que Yoda et lui seul avaient survécu à l'Ordre 66, il serrait contre lui l'ancienne Padawan d'Anakin.

L'espace d'un instant, ce fut comme-ci ces huit dernières années n'avaient été qu'un cauchemar. Ce n'était pas la première fois qu'il venait à regretter ses aventures onze ans auparavant, mais avec Ahsoka ici, le souvenir était plus vivace encore.

« Je suis si heureux de te voir, Ahsoka, dit-il en desserrant son étreinte.
- Et moi donc, Maître Kenobi.
- Je sais que vous avez beaucoup de choses à vous dire, coupa Bail, mais Maître Yoda souhaite vous voir immédiatement.
- Bien, je vous suis.
- Maître Tano, nous vous rejoindrons à la salle de conférence. »

Obi-wan fut surpris de l'appellation employée par Bail. Maître ? Ahsoka n'était jamais passée Maître. Elle avait quitté l'Ordre alors qu'elle n'était encore qu'une Padawan. S'agissait-il d'un abus de langage de la part du Sénateur, ou pouvait-il s'agir d'une sorte de mesure d'urgence prise par Yoda ?

« Bail, que se passe-t-il ? demanda Obi-wan lorsqu'ils furent suffisamment éloignés. Quand Ahsoka a-t-elle pu passer Maître ?
- Je comprends votre confusion, soupira Bail, mais je ne puis rien vous dire pour le moment. Cela relève du ressort de Maître Yoda.
- Vous semblez aussi confus que moi.
- Je ne comprends pas certaines de ses décisions. Mais peut être vous convaincra-t-il. J'aimerai avoir un avis externe sur ce qui se passe ici. Mais vous avez l'air en piteux état mon ami, reprit Bail alors qu'ils suivaient les couloirs lumineux du statioport. Je déplore que Maître Yoda ait sollicité votre présence immédiatement. Vous semblez réellement avoir besoin de repos.

Obi-wan était épuisé, tant émotionnellement que physiquement. Son esprit était brouillé par les trop nombreuses questions sans réponses qu'il accumulait, et la douleur sourde dans sa jambe ne faisait qu'empirer à chacun de ses pas. Il avait rarement été à tel point exténué et se demandait vaguement comment il pouvait encore tenir debout. Honnêtement, il n'aspirait qu'à être seul ne serait-ce qu'une petite heure afin de prendre un réel repos. Il ne se sentait pas en état de débattre, ni de réfléchir réellement à ce que toutes ces dernières nouvelles impliquaient.

« Ca ne fait rien, soupira-t-il. Je me dois de remplir mon devoir.
- Maître Yoda nous attend dans la salle de conférence dans l'immeuble juste en face. Ce sont mes appartements. »

De l'avis d'Obi-wan, l'immeuble en question s'apparentait plus à un palais tout en longueur. Il s'agissait d'une grande tour dans le style typique de l'architecture aldéranienne, si ce n'est qu'il était plus luxueux encore : des jardins suspendus constituaient des étages partiels ou entier de l'immeuble. Bien que le Jedi n'accordait pas grande importance à l'architecture, il dût admettre qu'il n'avait jamais rien vu de tel, ni d'aussi extravagant.

Ils pénétrèrent dans le bâtiment par une grande porte gardée par des soldats royaux, pour arriver dans un couloir large et fastueux. Une Twi'lek d'un certain âge récupéra Leia pour l'emmener probablement dans un quelconque lieu de gardiennage. Ils atteignirent rapidement la salle de conférence, qui se trouvait être la deuxième pièce sur leur droite. Celle-ci, bien qu'attestant tout autant la richesse des Organa, était remarquable par sa sobriété. Une longue table constituait le centre de la pièce, et des vitres de plusieurs mètres de hauteur aux encadrements ornementés donnaient au tout un éclairage doux en cette fin d'après-midi.

Ahsoka et Yoda, le visage grave, avaient déjà pris place autour de la table. Obi-wan les salua de la tête et s'installa à son tour, Bail à ses côtés.

« Que s'est-il passé sur Voss ? commença Yoda sans plus de cérémonie.
- J'ai été attaqué par Rako Hardeen et deux de ses mercenaires, répondit Obi-wan, ainsi que par une femme qui manipulait la Force. Une ancienne Padawan devenue chasseuse de prime, me semble-t-il. Elle travaillait pour Dooku lors de la Guerre de Clones. »

Silence dans la salle. Ahsoka frissonna, avant de prendre la parole :

« Aurra Sing. Je l'ai combattu autrefois, alors qu'elle menaçait la sécurité de Padmé Amidala.
- L'univers est décidément bien petit, commenta Bail Organa.
- Je croyais pourtant qu'elle était morte de la main du chevalier Secura, reprit Ahsoka.
- Tuer Sing, Aayla Secura n'a pas pu s'y résigner, intervint Yoda. Elle l'a seulement gravement mutilée, l'affaiblissant ainsi. Cependant Maître Kenobi, surpris que tu t'en sois sorti indemne, je suis. Très puissante dans la Force, Sing était.
- Elle a éliminé près d'une dizaine d'entre nous, reprit Ahsoka. La Force devait être avec vous, Maître.
- Tu devrais perdre cette habitude de Padawan à m'appeler Maître, Ahsoka, répondit sèchement le concerné, J'ai cru comprendre que tu étais montée en grade. »

La jeune femme, qui sembla se ratatiner sur elle-même, ne comprit pas que la pique ne lui était pas destinée. Mais il était temps de mettre les choses au clair. Obi-wan avait les nerfs en pelote, sa jambe le lancinait, et il commençait à en avoir clairement assez que tout le monde tourne ainsi autour du pot. Il y eut de nouveau un silence, plus pesant que le précédant.

« Je crois avoir mérité des explication, Maître Yoda, commença -t-il. Si le Conseil existe encore, ne serait-ce qu'un vestige même du Conseil, j'estime avoir le droit de donner mon avis sur ce qui se trame dans mon dos.
- C'est la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir ici expressément, répondit calmement Yoda.
- Et bien, vous avez toute mon attention.
- Chaque chose en son temps, Ben, coupa le Sénateur. Cela signifie que l'information a percé ?
- Je ne sais pas jusqu'à quel point, mais il semblerait que oui.
- C'est mauvais. Finir par tomber sur cette information, l'Empereur pourrait.
- C'est pourquoi je ne peux rester, surenchérit Obi-wan. Le temps nous est compté. Si la menace est bien réelle, nous pourrions perdre Anakin. »

Il surprit l'étonnement sur le visage d'Ahsoka lorsqu'elle entendit le nom de son ancien maître. Il fut surpris de voir qu'Ahsoka n'eut apparemment pas été mise dans la confidence. L'information concernant Anakin devait certes rester dans un cercle restreint, mais si la jeune femme se trouvait aujourd'hui parmi eux, n'était-ce pas parce qu'elle avait sa place ?

« S'il tombait aux mains de l'Empire... reprit Bail, ce serait catastrophique, sur tous les points. La contre-rumeur retomberait directement sur nous, et tout ce sur quoi nous avions travaillé ces derniers mois serait vain. Et l'Empereur ferait certainement de Skywalker une arme qu'il convoite depuis longtemps. Je ne sais pas ce que pourrions bien faire alors.
- Mais un moyen de vaincre l'Empereur, il existe.
- Pardon ? s'exclama Obi-wan, bondissant presque de sa chaise. Pourquoi...
- Du calme, Maître Kenobi, l'interrompit Yoda avec fermeté. Digne du Maître Jedi que tu es, ta conduite n'est pas.
- Je vous prie de m'excuser, Maître Yoda, défendit Bail, mais vous avez vous-même réclamé que cette instance se tienne immédiatement, sans tenir compte des récents événements ! Obi-wan n'est aucunement en état d'entendre quoi que ce soit d'importance en restant calme !
- Quoi ? Bail, je vais bien, je suis...
- Nous savons tous les deux que vous êtes à bout ! le coupa-t-il.
- Mais c'est faux ! Je suis tout à fait capable d'entendre ce qu'on a à me dire !
- Ce n'est pas raisonnable...»

Yoda leva la main afin de réclamer le silence. Il avait les yeux clos, et était clairement agacé par leur comportement. Lorsque le calme fut revenu, il reprit la parole :

« Honte à l'ancien Conseil Jedi et à tous nos principes, ta conduite fait, Maître Kenobi. Mais, admettre que le Sénateur Organa a raison, je dois. J'ai sous estimé ton état actuel, déraisonnable de ma part, était d'invoquer cette instance. De repos est tout ce dont tu as besoin.
- Je propose que nous reparlions de tout cela dès demain matin, proposa Bail.
- D'accord avec vous, je suis. »

Malgré sa désapprobation, Obi-wan ne vint pas les contredire. Il fallait admettre que la mission d'où il revenait avait été l'une des plus harassante qu'il eut vécu. Sans compter qu'il était très affaibli par son manque de repos, de nourriture, et par sa blessure.

« Je n'arrive pas à croire ce qui vient de se passer, commença-t-il alors qu'il quittait la salle de conférence en compagnie de Bail. Demain matin ? Vous rendez-vous réellement compte de la gravité et de l'urgence de la situation ?
- Je ne veux pas entrer en conflit avec vous, Obi-wan, répondit-il sombrement, alors je vais mettre cette question stupide sur le compte de votre épuisement. De plus, je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit qui ne puisse attendre quelques heures.
- Une heure aurait pu amplement suffire.
- Bien sûr, sourit faiblement Bail. J'oublie parfois que vous, les Jedi, n'êtes pas des êtres tout à fait normaux.
- Crois bien que j'apprécierai au moins autant que vous une bonne nuit de sommeil, rétorqua Obi-wan, mais je ne peux pas me le permettre.
- Une bonne nuit de sommeil, reprit son ami, dans un bon lit moelleux. C'est un luxe que je ne peux malheureusement plus m'offrir non plus. »

Le Sénateur l'accompagna jusqu'à ses appartements qui s'apparentaient plus à une suite luxueuse. L'ensemble était vaste, lumineux et richement meublé, agrémenté d'un large balcon donnant sur l'artère principale de la ville. Bail le salua sans un mot de plus et quitta la pièce avec un sourire qu'Obi-wan trouva curieusement très triste.

Il s'installa, ou tout du moins, vida simplement ses poches sur son lit, ainsi que son sabre laser. Toujours nerveux, il sonda les environs. Il ne trouva aucune manifestation hostile, mais fut surpris de trouver une telle concentration de Force dans la ville. Il n'en avait pas ressenti de telle depuis qu'il avait quitté le Temple sur Coruscent huit ans plus tôt. Bien que fortement intrigué, il décida néanmoins de remettre cette nouvelle énigme à plus tard.

Il s'assit alors au sol en tailleur, en grimaçant un peu à sa jambe lancinante. Il entreprit alors de méditer jusqu'à entrer dans une stase profonde. Il pourrait alors se plonger dans un sommeil réparateur et, d'une pierre deux coups, guérir totalement sa jambe. Mais il eut de grandes difficultés à recouvrir le calme qui l'habitait à l'accoutumé, son esprit vagabondant entre toutes les questions qui le taraudaient. Il finit néanmoins par sombrer dans un sommeil sans rêve, au bout de ce qui lui parut une éternité.

Lorsqu'il se réveilla, trois heures plus tard, il sentit immédiatement la présence d'Ahsoka dans la vaste pièce et la tristesse qui l'accompagnait.

« Bail Organa a eu raison, vous savez, dit-elle.
- Je le sais, répondit-il calmement, mais cela ne fournit aucune excuse pour mon attitude indigne de tout à l'heure. »

Le Jedi se leva. Il se sentait bien plus apaisé, et complètement ressourcé. Sa jambe n'était absolument plus douloureuse, tout au plus un peu engourdie. Ahsoka était accoudée au balcon, le soleil couchant filtrait à travers les différentes couches de sa robe de mousseline et se divisait en rayons vermillons sur le sol.

« Vous et Anakin... Vous vous ressemblez tellement, au fond. J'ai presque cru le revoir à travers vous tout à l'heure. »

Obi-wan réprima un sourire ; ça faisait la deuxième fois aujourd'hui qu'on lui faisait la même remarque, et elle venait toujours de personnes bienveillantes. Ahsoka se tourna soudain vers lui. Ses lèvres étaient pincées, comme si elle s'en voulait de ce qu'elle venait de dire, ou... Comme si elle retenait ses larmes. Elle secoua la tête misérablement.

« Il me manque tellement, lâcha-t-elle alors, se jetant à nouveau dans les bras d'Obi-wan.
- A moi aussi, Ahsoka, avoua-t-il, à moi aussi... »

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Notes : Je dois vous faire une petite confidence : j'ai a-do-ré écrire ce chapitre. Du début à la fin. Et j'aime comment l'histoire commence à prendre peu à peu son envol toute seule, c'est magique.

Je n'aime pas trop écrire des scènes pleines de bons sentiments, mais c'était nécessaire. J'adore Obi-wan, j'adore Ahsoka, et puis, un peu de douceur dans ce monde de brute ne fait pas de mal. ( Rien ne fait de mal si on m'écoute en fait. ) J'ai l'impression que ce sera le seul chapitre où je pourrais permettre aux personnages de faire des câlins.

N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez, en bon comme en mal. Peut être certaines personnes auront moins apprécié les libertés que je prends avec le personnage d'Obi-wan, mais c'est un être humain,, avec ses qualités et ses faiblesses, avant d'être un Jedi, et je tiens à exploiter cela.

*A qui sait comprendre, peu de mots suffisent.