PARTIE I
L'ASCENSION D'ANAKIN SKYWALKER

Chapitre IX - At spes non fracta

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« Reprenons tout depuis le début, si tu le veux bien. »

Obi-wan et Ahsoka étaient assis sur le lit. Ils parlaient depuis des heures, si bien qu'entre temps, le soleil s'était couché et il faisait désormais nuit noire, à l'exception de l'éclairage extérieur qui leur fournissait une bien piètre lumière.

« Tu veux dire que tu es retournée te cacher sur ta planète natale, qui est, entre nous soit dit, devenue une vraie réserve à fourniture impériale. Le tout pendant six ans, et sans jamais te faire repérer ?
- Rien n'est impossible avec les bons alliés, répondit Ahsoka.
- C'est dingue, souffla Obi-wan, tout sourire.
- Ce qui est dingue, c'est que je semble toujours vous surprendre, taquina-t-elle.
- C'est parce que... Même avec tout ce par quoi tu es passée, tu es toujours pleine de ressources. »

Obi-wan était réellement fier de ce que la jeune femme était devenue. Son altruisme, son sacrifice, ainsi que la justesse de son jugement étaient des qualités qui l'avaient toujours prédestiné à un grand avenir au sein de l'Ordre, son seul défaut étant peut être son franc-parler. A l'opposé d'Obi-wan, dont la plus grande capacité était la diplomatie, Ahsoka s'était illustrée très jeune par sa franchise parfois inappropriée. Mais il semblait que les rôles s'étaient récemment inversés...

Les épreuves qu'elle avait dû traverser dès son jeune âge semblaient l'avoir assagi. Quand il repensait aux événements de la Guerre des Clones, il ne pouvait s'empêcher de qu'Ahsoka était la personne qui avait le plus souffert. N'était-elle pas retournée à la Force avant de revenir d'entre les morts ? N'avait-elle pas touché le Côté Obscur bien malgré elle et n'avait-elle pas su puiser dans sa conviction pour revenir du Côté Lumineux ? N'avait-elle pas ensuite perdu son jeune maître, celui qui avait été pour elle comme un grand frère ? N'avait-elle pas passé six ans livrée à elle-même, alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente. Six ans...

« Qu'as-tu fait ces deux dernières années ? » demanda soudain Obi-wan.

Ahsoka, surprise par la question abrupte, ouvrit et ferma la bouche sans qu'aucun son n'en sorte.

« Je... Je ne peux pas vous le dire, ce n'est pas de mon ressort.
- Ce n'est pas de ton ressort ? répéta-t-il. Mais enfin, je n'ai entendu que ça depuis que j'ai mis les pieds sur cette planète ! »

Que s'était-il passé ces dernières années durant son absence ? Pourquoi tout le monde tenait-il tant à garder ces événements secret ? Cela remettait de nouveau en question sa place au sein du Conseil, voir même de l'Alliance Rebelle, puisque Bail semblait plus au courant que lui-même. Bail qui avait d'ailleurs l'air si préoccupé, si triste, ce qui ne lui ressemblait absolument pas...

« Je suis désolée...
- Pas autant que moi, répondit-il tristement. J'ai toujours été fidèle à l'Ordre, toute ma vie. En plus de trente ans à son service, je n'ai jamais rien fait qui aille à l'encontre des vœux que j'ai prononcés. Je pense mériter autant que quiconque de savoir ce qui se trame dans mon dos depuis des années.
- Je sais ce que vous ressentez Obi-wan, répondit-elle tristement. Moi aussi, je suis passée par des phases de doutes. Mais j'ai donné ma parole, c'est pourquoi je ne puis rien vous dire. Vous aurez les réponses à vos questions dans quelques heures. Soyez patient, comme je patiente depuis huit ans. Tout espoir n'est pas perdu.
- Que veux-tu dire, Ahsoka ?
- Bonne nuit, Obi-wan. »

La jeune femme se leva, et lui jeta un dernier regard mystérieux avant de quitter les lieux. Le Maître Jedi ne tenta pas de la retenir. Il s'en voulait d'avoir été aussi brusque avec elle, alors qu'ils venaient tout juste de se retrouver. Après tout, elle n'avait probablement pas pris part dans les décisions de Yoda et de Bail.

Il se réveilla à l'aube après quelques heures de sommeil agité. Bien qu'il se sentait mieux que ces derniers jours, il ne pouvait pas se débarrasser de son amertume. Il se leva, se prépara avant de sortir.

Malgré l'heure, les couloirs du bâtiment étaient déjà en pleine ébullition. Les serviteurs royaux fourmillaient partout, s'activant à différentes tâches. Alors qu'il se demandait où il était réellement censé aller, il aperçut Bail en grand échange avec un jeune homme. Obi-wan sentit la présence significative de la Force.

« … plus grand chose à dire en tant que père sur l'éducation de ma fille, murmura le Sénateur d'un ton sévère, mais en tant que Vice-Roi de cette fichue planète, j'ai mon mot à dire sur ce qu'il s'y passe sans mon consentement.
- Je suis désolé, votre Majesté, répliqua le jeune homme, mais il vous faudra vous référer à quelqu'un de plus au placé que moi. J'ai seulement reçu des ordres clairs : ne laisser personne entrer, je ne laisse donc personne rentrer.
- Qu'est-ce que c'est que ces histoires ? coupa Obi-wan, décidé à intervenir. Qui t'a donné ces ordres ?
- Vous êtes... Maître Kenobi ? s'exclama l'intéressé, les yeux ronds comme des soucoupes.
- Évidemment, rétorqua-t-il. Mais tu n'as pas répondu à ma question...
- Allons-y Ben, coupa Bail, il faut que je vous parle immédiatement. Quant à vous... Votre supérieur m'entendra, je peux vous l'assurer. »

Le jeune homme haussa les épaules lorsque le Sénateur eut le dos tourné et reprit son poste de – semblait-il – gardien. Bail entraîna Obi-wan jusqu'à une petite cantina, près du statioport.

« Par tous les Sith, Bail, s'exclama ce dernier, allez-vous enfin m'expliquer ce qui se passe ?
- Oui, je tiens à éviter les effusions d'hier, c'est pourquoi je voulais vous parler en privé. »

Il commanda des cafés et deux plats de ahrisa au droïde serveur qui passait, avant de reprendre :

« Je sais que Maître Yoda n'approuvera pas ma décision, mais j'en ai assez. Avant tout, il faut que vous me promettiez de m'écouter jusqu'au bout, et surtout de ne pas vous énerver. »

Obi-wan acquiesça, bien qu'il ne fut pas du tout rassuré par les précautions que son ami employait avec lui.

« Il y a un peu plus de deux ans, commença Bail, Maître Yoda et moi avons eu une conversation concernant l'avenir de l'Alliance, sans l'assistance de Mon Mothma. Bien que nous ayons toujours été d'accord avec ses décisions, ni lui ni moi ne faisions réellement confiance à pour trouver une solution définitive qui nous amènerait à vaincre l'Empire. Nous avons donc commencer à travailler sur le projet de toujours de Yoda : rétablir l'Ordre Jedi. »

Bail marqua une pause pour s'assurer de la réaction de son ami. Obi-wan ne laissa rien transparaître, et le Sénateur s'accorda ainsi à continuer.

« Maître Yoda s'est alors attelé à retrouver tous les Jedi ayant totalement disparu de la galaxie connue et dont la mort n'était pas avérée. Il réussit à en rallier très peu à sa cause. Ce qui, loin de le dissuader, confirma sa décision : en effet, nombre de ces Jedi étaient devenus dissidents, ne respectant plus leurs vœux. Bien qu'étant persuadés de servir une juste cause, celle de renverser l'Empereur, ils employaient des moyens douteux pour la servir. Nos deux avis se rejoignirent sur ce point : bien que nous soyons en temps de guerre, nous avions encore probablement suffisamment de temps pour que Maître Yoda puisse réunir autour de lui des personnes de confiance. Il a réussi notamment à retrouver la trace de Hylon et de Kotar, qui ont accepté de se joindre à lui.
- Rham Kotar ? répéta Obi-wan. C'est très surprenant. »

Rham Kotar avait été autrefois un Jedi émérite, alors que rien ne l'y prédestinait. Son parcours lui même était unique : il était entré dans l'ordre Jedi à la fin de l'adolescence, le Côté Lumineux chez lui semblant sans limite. Il dût subir un entraînement intensif sous la supervision de Mace Windu et de Yoda lui-même.

Dès la Guerre des Clones, il se fit remarquer par ses décisions qui semblaient, pour l'époque, extravagantes. Il refusa en effet le commandement des clones, préférant s'entourer d'une milice, choix qui s'avéra rapidement judicieux et qui lui évita la mort lorsque l'Ordre 66 fut déclenché.

Aux yeux d'Obi-wan, Kotar était probablement l'un des plus grand Jedi de son époque. Sa sagesse semblait infinie, et il fut le premier à prédire la chute de la République par la corruption qui la rongeait, avant Yoda lui-même. Il avait d'ailleurs pris la fuite juste avant l'opération Knigthfall.

Les plats ainsi que les café arrivèrent au même moment. Bail sirota le sien, avant de reprendre :

« J'ai été également surpris, mais Kotar s'est montré de loin, le Jedi le plus droit que Maître Yoda ait pu trouvé. C'est d'ailleurs lui qui a achevé la formation de Maître Tano... »

Obi-wan fronça les sourcils. Alors voilà où Ahsoka avait passé les deux dernières années de sa vie. Yoda avait-il seulement entreprit d'achever la formation d'anciens Padawan, ou y en avait-il d'autres ? Il inspira profondément :

« Combien d'autres Padawan y-a-t-il ?
- Ben, il faut que vous sachiez que je n'approuve pas sa décision...
- Combien y en a-t-il ? répéta-t-il froidement.
- Environ une centaine.
- Bien, souffla-t-il. Y a-t-il autre chose que je devrais savoir depuis deux ans ?
- Ben, commença Bail sur le même ton, y a-t-il une seule fois en huit ans où vous vous êtes intéressé un tant soit peu à ce dont je vous parlais par holoappel ?
- J'avais une mission, répondit calmement Obi-wan. Elle m'avait été confié par Yoda lui-même...
- Cela ne vous dispensait pas de vous intéresser à la politique actuelle ! Pendant que vous jouiez les ermites sur Tatooine, nous essayions de reconstruire quelque chose ! Alors bien que je ne sois pas d'accord avec toutes les choix de Maître Yoda, je comprends qu'il ait pris la décision de vous avoir... mis à l'écart de nos décisions politiques.
- Donc, reprit Obi-wan, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, j'ai bel et bien été écarté des choix de l'Alliance, choix qui me concernaient directement d'ailleurs. Pourquoi suis là, dans ce cas ?
- Vous n'étiez pas en état d'assurer pleinement votre rôle, Obi-wan. Vous manquiez de sang froid, c'est pourquoi Maître Yoda a décidé de vous écarter momentanément. Encore aujourd'hui, vous vivez encore dans le passé.
- Ne prenez pas ce ton condescendant avec moi, Bail. J'ai toujours été pleinement conscient des enjeux de l'Alliance. »

Ce n'était pas tout à fait vrai. Obi-wan avait longtemps pensé que l'Alliance Rebelle ne constituait qu'un groupe disparate dirigé par d'anciens sénateurs utopistes. Il n'avait constaté l'envergure qu'avait pris le mouvement que quelques années avant, et même alors, avait choisi de ne pas s'en mêler, se focalisant sur la surveillance de Luke Skywalker. S'il y avait une part de vérité dans ce que disait Bail, Obi-wan ne prenait pas entièrement sur lui la faute qu'il lui incombait. Il n'était pas censé deviner que Yoda avait dans le projet de réinstaurer l'Ordre.

« Pourquoi n'approuvez vous pas sa décision d'entraîner de nouveaux Padawan ? reprit-il. Je pense que cette idée pourrait s'avérait salvatrice. »

Il le pensait réellement ; si ils avaient encore du temps devant eux, nul doute était qu'ils pourraient constituer une armée capable de détruire l'Empire et ramener un semblant de paix dans la Galaxie. Bail eut un sourire triste :

« C'est là en quoi, vous les Jedi et moi, simple être humain, sommes si différents. Il y a un an, Maître Yoda, voyant que son entreprise se concrétisait, a décidé que Leia serait entraînée. Mais je ne veux pas la perdre... Bien sûr, c'est la guerre, et il s'agit d'un choix judicieux. Leia est déjà très puissante. Je suis sûr qu'elle fera une Jedi exemplaire. Mais cela ne nous brise pas moins le cœur, à Breha et à moi. »

Obi-wan acquiesça, comprenant la peine de son ami de perdre sa fille, qui, de plus, constituait l'unique héritière au trône.

« Je compatis, mon ami. Je sais à quel point vous avez toujours considéré Leia comme votre propre enfant. »

Le Jedi pensa soudain à Luke. Il se demanda si lui aussi avait été amené ici.

« Luke aussi sera entraîné ?
- Oui, il est arrivé il y a deux semaines, répondit Bail. Vous vous demandiez pourquoi vous aviez été expressément demandé ici ? Vous avez été choisi pour entraîner Luke et Leia. »

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Notes :

Tout d'abord, je tiens à remercier les personnes qui ont laissé des reviews, et ceux qui suivent plus généralement ( dans l'ooombre ) la fic. Ca me fait plaisir de voir que je ne suis pas toute seule dans mon délire. Croyez-moi, il n'y a rien de plus gratifiant que de se donner à fond dans quelque chose et voir qu'on n'est pas toute seule dans son coin comme une vieille folle qui parle à ses chats.

J'espère que ce chapitre ( et l'ensemble de la tournure que prend la fic ) vous plait.

*Mais tout espoir n'est pas perdu