2.
Bien qu'il soit un peu plus petit que le Karyu, - arborant les couleurs noires et dorées de la tenue de son capitaine - le Starlight le surpassait sur tous les points : résistance des coques, vitesse, puissance de feu, portée des scans.
Les Destroyers avaient été mis en chantier quand la rumeur d'un envahisseur surpuissant s'était répandue et que les premiers mondes avaient été conquis. Et cela avait été dans l'urgence que des fonds avaient été débloqués et leur construction lancée en accéléré.
Le planétoïde avait été alors placé dans la queue de la comète à son passage à proximité de Déa, ce qui était tombé à pic lors de la déroute de la Flotte Indépendante et que les survivants, et rebelles, s'y étaient à leur tour réfugiés.
C'était la nuit chronologique à l'intérieur de l'astéroïde et le Starlight et le Karyu étaient sur leur catapulte, prêts au départ.
- Tu as révisé dans le simulateur ? interrogea Warius sur la ligne strictement privée dont il disposait avec Alérian.
- J'y ai passé la journée à répéter la manœuvre. Enfin, celle qui consiste à sortir de la comète sans griller !
- Suis mon sillage et tout se passera bien. Nous ferons le point dès que nous nous serons éloignés de Jaophyre.
- A tes ordres.
La communication coupée, Alérian prit une bonne inspiration.
- Rahog, lance le décompte, jeta-t-il à l'adresse de l'ordinateur central de son Destroyer.
Et une poignée de minutes plus tard, les deux vaisseaux, déjà invisibles, plongeaient dans la mer d'étoiles.
Volant bord à bord, le Starlight et le Karyu se dirigeaient vers les Mers de Galets qui selon tous les renseignements glanés abritaient en leur cœur le monde d'origine des Erguls, coordonnées dont ils avaient jailli un jour pour asservir les univers. Un voyage de cinq semaines attendait les vaisseaux avant qu'ils n'atteignent leur objectif.
- Alors, quand me lâches-tu ? questionna Warius lors du débriefing d'après envol.
- Dès que nous approcherons de la frontière. Je filerai plein pot jusqu'à la planète de Lumiane.
- Tu ne peux vraiment pas faire autrement ?
- Non. Il est grand temps que j'éclaircisse certains points avec elle !
- Je te laisse seul juge. Je crois que je peux deviner ce qui, entre autres choses, te ronge depuis un an. Il te faut une explication les yeux dans les yeux, je comprends. Je sais que ton Starlight me rejoindra dès que possible.
Un pesant silence était soudain tombé et Warius s'obligea à le rompre.
- Qu'est-ce qui ne va pas, Alie ? Ce n'est pourtant pas la première fois que tu te retrouves dans l'espace ?
- Disons que j'en avais un peu perdu l'habitude. Et puis, bien que je me sois préparé en ce but, je ne pensais pas repartir dans ces conditions… Ce n'est pas ma place…
- Tu n'es peut-être pas né dans ma République, mais tu en as le cœur. Tu mérites de porter cet uniforme ! Ton équipage te reconnaîtra comme tel, comme son capitaine. Au fait, pourquoi l'emblème de mon Karyu sur ta veste ?
- Tu as été mon parrain dans la Flotte. Je voulais que tous le sachent au premier coup d'œil !
- Merci.
Alérian soupira encore.
- Je n'ai pas ta nationalité, et je n'ai même pas fait mon service militaire sur Terre ! Comment pourrais-je être crédible en capitaine de Destroyer ?
- Tu es à ce poste, tout simplement. Et nous sommes des Militaires carrés, nous n'avons pas l'habitude de discuter les ordres ! L'Amiral Hoggond a fait de toi le capitaine du Starlight, un point c'est tout ! Cesse donc de tergiverser, Alérian Rheindenbach et assume les responsabilités pour lesquelles tu as bossé comme un dingue durant une année ! Tu es prêt. Au boulot !
- Oui, mais à mon retour, sourit enfin le jeune homme.
- Comme si je pouvais t'empêcher de n'en faire qu'à ta tête !
- Je suis insupportable, pas vrai ?
- Tu es malheureux. Tu disposes à présent de nouveaux moyens pour forcer le destin, ne t'en prive donc pas !
- Tu sais que tu as beaucoup plus de bon sens que ne le prétend mon père ?
- Mais je suis même très fréquentable, fit Warius en donnant une tape amicale sur l'épaule de son jeune ami. Allez, retourne sur ton Starlight. Finis de retrouver ton équilibre. Ensuite nous irons finir de percer les mystères des Erguls pour définitivement les vaincre !
- Je vois bien une reine des abeilles…
- Pardon ? s'étrangla Warius.
- Rien, je divaguais à voix haute. J'y vais. Je promets de ne pas tarder plus que de nécessaire !
- A bientôt, capitaine Rheindenbach ! Que les Dieux te protègent.
- Oui, je crois bien qu'ils vont recommencer à le faire !
