3.
Ne voulant pas perdre de temps, Alérian avait demandé à Beebop de piloter sa navette de commandement jusqu'à la surface de la planète de Lumiane.
Comme à l'habitude, une suivante en robe vert pâle l'avait escorté jusqu'à la lumineuse maîtresse des lieux qui se tenait alors sur une terrasse surplombant les somptueux jardins de son domaine.
- Bienvenue, Alérian. Il me tardait de te revoir. Bien que ton temps soit pour moi fugace, il m'a paru long pour la première fois de ma vie.
- J'ai piaffé moi aussi en rongeant mon frein, reconnut le jeune homme après avoir respectueusement salué son amie. Mais j'avais une formation expresse à suivre afin d'être au mieux opérationnel. Peut-être qu'ainsi je serai un peu moins une charge, un boulet…
- Tu n'as jamais été un souci, assura doucement Lumiane. Ton père et Warius ne t'ont pas considéré comme tel, pas un instant !
- Je sais. Mais je ne me sentais guère utile…
Tu te trompes ! décréta la Déesse en montant avec lui dans une calèche tirée par des papillons.
Un moment, Alérian se contenta d'observer le paysage paisible, tout en harmonie de couleurs douceurs et de senteurs apaisantes.
- La dernière fois, j'aurais enfin pu faire quelque chose, reprit-il. Mais ce qui devait établir mon équilibre a conduit à tout le contraire !
- Tu avais l'énergie et un jeune corps humain, j'aurais dû savoir que tu ne le supporterais pas. J'ai commis l'erreur d'espérer que tu aurais un coup de pouce de ta maman pour surmonter l'épreuve… Je m'excuse, Alie !
- Et pour que je ne sois pas détruit par la remontée de cet héritage, tu m'en as délivré, entièrement, poursuivit Alérian. Ce qui fait qu'au moment des combats, je n'ai pu doper l'Arcadia comme je l'avais inconsciemment fait les deux fois précédentes.
- Ton papa avait tellement peur que ce pouvoir ne te terrasse… C'était son seul atout face au Drakkar mais il a préféré le sacrifier pour te garder en vie.
- J'ai été tellement malade après la déroute de l'Arcadia. Mais je n'avais pas rêvé : tu as retiré cette étincelle en moi ?
- Ce feu était trop puissant pour ton esprit conscient. Il t'aurait consumé en quelques jours, ça affolait ton père.
Lumiane inclina la tête vers le jeune homme.
- Tu as changé, forci. Tu es magnifique !
- J'ai étudié sans relâche pour en apprendre le plus possible. J'ai participé aux simulations jusqu'à l'épuisement. J'ai sué sang et eau à l'entraînement pour m'endurcir le corps et l'esprit. Il est temps que je puisse enfin me battre en adulte !
- Cela ne plairait pas à ton père. Il a toujours refusé que tu prennes les armes…
- Je ne pense pas que j'avais un autre choix, remarqua Alérian en caressant machinalement le pendentif en forme de rose à son cou. Les Drakkars contrôlent la Terre, je n'aurais de toute façon pas pu y rentrer pour reprendre mes études. Et je suis le fils de mon père, je ne peux échapper à ma destinée ! J'ai compris maintenant que les univers ne sont pas faits pour un doux rêveur ! Je commande désormais un Destroyer, j'ai toujours la tête dans les étoiles, mais cela n'est pas comparable à mes premiers pas hors de mon sol natal !
Alérian prit une bonne inspiration.
- Me rendras-tu mon héritage, Lumiane ? J'en ai besoin pour sauver mon père !… A condition qu'il soit toujours en vie ?
- En dix-huit ans, ton père n'a jamais pu me tutoyer. Toi, tu t'y es mis de façon naturelle, sans m'offenser. Oui, tu es différent, tu peux supporter aujourd'hui de récupérer cet héritage. Il te donnera une petite chance face aux Erguls et aux créatures maléfiques qui sont leurs alliés.
Alérian passa la langue sur ses lèvres sèches.
- Tu ne dis rien à ma seconde interrogation… Est-ce que mon père est toujours vivant ? En tout état de cause, je ferai de toute façon le voyage, j'ai à trouver la faille des Erguls, avec ou sans l'étincelle divine de ma mère en moi… Mais j'aimerais savoir si j'ai une chance de le tirer de leurs griffes, avec son équipage et son cuirassé ? Lumiane, je t'en supplie, réponds-moi ! Tu ne le peux pas, ou quoi ? !
- Ce que tu vas trouver ne te plaira pas du tout. Ton voyage ne sera récompensé que par du sang et des larmes. Mais tu as à l'accomplir.
Descendant de la calèche, la Déesse prit les mains du jeune homme entre les siennes.
- Quand tu quitteras mon sol, tu auras de quoi comprendre comment libérer les univers des Erguls. En revanche, je n'ai aucune idée de la façon dont tu pourras venir à bout des ennemis qu'ils t'enverront pour t'arrêter ! J'espère te revoir, Alérian. Que ma bénédiction t'accompagne !
- Merci, Lumiane.
- Maintenant, tu peux retourner à la Sphère de Méditation, sans crainte.
- Bien.
