4.

- Tu es vraiment différent !

- Je me sens bizarre…

- C'est le bouillonnement de cette énergie qui se répand en toi. Mais elle va vite s'aligner sur ton onde cérébrale et disparaître.

- De quoi ? glapit Alérian.

- Je me suis mal exprimée. Je voulais t'expliquer que cette étincelle que tu as récupérée est devenue brasier quelques instants durant, ensuite elle va demeurer enfouie en toi, sans plus te gêner.

- Je comprends. Je n'aurais pas voulu endurer à nouveau ce supplice en vain ! Quoique, c'est à peine si je pourrais te rapporter les visions que j'ai eues cette fois-ci.

- Tu n'en garderas même aucun souvenir. Cela te perturberait trop, poursuivit Lumiane. Et les visions de la première fois, tu t'en rappelles ?

- Des combats, des carnages. Heureusement, au milieu de cette folie il y avait l'Arcadia qui traversait tout en faisant feu de toutes ses armes ! Enfin, ce sont les bribes qui me sont restées en mémoire, rien de précis en fait, la fièvre m'avait complètement détraqué le cerveau !

Alérian sourit.

- L'Arcadia s'en sortait toujours et c'est tout ce qui compte !

- Oui, j'imagine, murmura la Déesse.

- En fait, c'est la meilleure chose qui soit, et la réponse à ma question d'hier ! Je finirai bien par retrouver mon père, quelque part – je l'ai déjà réussi une fois, je peux très bien recommencer !

Lumiane ne put retenir un petit rire.

- Je n'ai rien d'une Ergul, je ne retenais pas ton père contre son gré. Bien que ton voyage fut ardu et sans certitude de réussite, tu avais plus facile à me le reprendre que tu n'auras à le libérer, cette fois.

Alérian ricana.

- Sans compter que c'est lui qui ne voulait pas partir !

- Comme quoi il n'y a pas deux situations qui se ressemblent, en dépit des apparences. Prêt à repartir, Alie ?

Recouvrant son sérieux, le jeune homme inclina positivement la tête.

- Merci pour cette aide, à nouveau, Lumiane. Je t'en suis infiniment reconnaissant.

- C'est votre libre arbitre de sauver ou de détruire vos mondes. J'avais hâte que tu viennes réclamer ton héritage… bien que j'aurais compris que tu y renonces définitivement, tu avais déjà tant souffert !

- J'avais à le faire, c'est tout !

- Tu es beau aussi dans le cœur, complimenta la Déesse en posant sa main sur la poitrine de son jeune interlocuteur balafré. Je crois que j'ai toujours su que ce serait ainsi que tu te présenterais à moi, que tu sois adolescent ou maintenant un adulte accompli !

Alérian rougit jusqu'aux oreilles et ne trouva rien à répondre.


En vol supraliminique, le Starlight opérait une boucle pour rejoindre le Karyu et ainsi remplir leur mission commune.

- Je fais donner tout ce que je peux à nos réacteurs, renseigna Danéïre Myrovis, la lieutenante en charge de la salle des machines du Destroyer.

- Je n'en doute pas. Vous avez reçu mes suggestions pour améliorer le circuit carétide ?

- Oui, nous y travaillions déjà avant notre départ, approuva la jeune femme au teint hâlé, au regard bleu glace et à la chevelure d'ébène. J'aurai bientôt fini le prototype pour passer aux simulations.

De la tête, Alérian approuva, continuant de parcourir le rapport qui lui avait été apporté.

Danéïre ne comprit pas le léger sourire que son capitaine eut soudain, ne pouvant deviner qu'il songeait à toutes les séances passées ensemble depuis des mois pour préparer le voyage et encore améliorer les performances du Destroyer.

- Bien, nous ferons à nouveau le point d'ici quelques jours. Et, lieutenante Myrovis, nous avons une inspection générale à opérer demain.

- Je suis parée, capitaine.

La jeune femme salua avant de prendre congé, laissant Alérian seul dans son appartement.

Il se leva et se dirigea vers la grande baie vitrée du salon.

« J'aimerais vous voir, petites étoiles, mais à cette vitesse ce n'est pas possible… Voilà la première fois de ma vie où je me retrouve vraiment seul. Je déteste ! J'ai hâte de te rattraper, Warius. Ensuite, nous aurons à accomplir un nouveau miracle ! Et que les Erguls n'aient pas fait plus de mal à mon père, sinon ça bardera pour eux ! Même si ça doit être mon premier et dernier coup d'éclat, je leur botterai le cul ! Il faut absolument trouver leur point faible, ils en ont forcément un ! ».