6.
A l'ouverture de l'opercule du sas d'arrimage entre leurs deux vaisseaux, le commandant du Karyu ne s'était pas attendu à être surpris, n'ayant quitté le capitaine du Starlight que depuis moins de dix jours.
Et pourtant il ressentit une sorte de frisson à la vue de son jeune ami.
- Tu as obtenu ce que tu voulais à ce qu'il me semble ?
- Qu'est-ce qui te le fais dire, Warius ? s'étonna Alérian après avoir effectué un impeccable salut.
- Ton sourire. Cela faisait bien trop longtemps que je n'en avais vu un sur ton visage !
- Je peux te retourner la remarque… La séparation d'avec les tiens te pèse terriblement, murmura Alérian en l'accompagnant jusqu'à sa salle de réunion. Si encore tu pouvais être certain qu'ils ne risquent rien… Mais papa dégommé, tu as pris la tête de liste des ennemis à abattre.
Warius eut un soupir.
- Et les Erguls sont tout à fait capables de pirater le registre d'état civil, bien que jusqu'ici ils s'y cassent les dents, fit-il. Ensuite le lien est aisé, même si depuis le planétoïde nous avons déjà tout embrouillé dans les fichiers personnels de ceux qui partagent notre résistance. Nos contre-virus sont sans cesse améliorés, il faut juste qu'ils tiennent le temps nécessaire.
- Désolé d'être rabat-joie d'entrée cela n'avait pas été mon intention, s'excusa Alérian.
- Je sais, je te connais, Alie ! sourit Warius. Et nous avons six semaines pour parvenir à notre destination. C'est long et court pour accorder notre stratégie, pour autant qu'il soit possible d'en établir une vu que nous plongeons dans le plus parfait inconnu !
- L'improvisation, tu dois grimper aux rideaux, non ?
- C'est peu de le dire !
Warius jeta un coup d'œil à son jeune interlocuteur.
- J'espère que tu m'apportes de bonnes nouvelles ?
- Je ne sais pas. Je n'ai pas encore réussi à faire la part des choses.
- Tu vas bien, c'est le principal !
- Merci, Warius. Tu es tellement patient avec moi… Bien d'autres se seraient débarrassés de quelqu'un d'aussi instable…
- De quoi ? s'étrangla Warius. Tu n'as jamais été…
- Si, quelque part. Je passe du rire aux larmes, de l'espoir à la déprime.
- Tu as eu ta part d'épreuves, en bien peu de temps. Je ne te laisserai jamais, et cela n'a rien à voir avec ma promesse, je le fais pour toi car je t'apprécie infiniment.
Les portes de l'appartement s'ouvrirent sur les deux hommes.
- Café et muffins ? proposa Beebop en roulant au-devant d'eux.
- Pour deux, approuva Warius. A présent, Alérian, raconte-moi, si tu en as envie ? Ensuite nous affinerons notre vol pour prendre la route la plus sûre pour arriver au moins en un seul morceau à destination !
Alérian s'assombrit, s'assit, prenant la tasse sur le plateau apporté par son ami rouge et blanc.
- Je ne suis plus si pressé que ça d'arriver, avoua-t-il. L'absence de réponse de Lumiane me fait redouter le pire. Elle sait, et elle ne veut rien me dire !
- Comment interprètes-tu son silence ?
- Parfois, il est pire d'être en vie que mort…
- Que veux-tu dire, Alie ? sursauta Warius en manquant s'étrangler avec son petit gâteau.
Le jeune homme battit des paupières.
- Aucune idée, ça m'est venu tout seul ! Je ne saurais l'expliquer.
- Comme ta reine des abeilles ? J'ai cru que tu avais faim et envie de miel !
- Ne te moque pas, se plaignit le jeune homme. Je sais que tu as déjà ajouté « fou à lier » à ma personnalité.
- Disons que l'idée m'effleure parfois. Ainsi, tu as récupéré l'étincelle de ta mère, mais elle s'est enfouie au plus profond de toi, si j'ai tout bien compris ?
- Oui, elle risque de se manifester aux moments les plus inattendus mais je m'en fiche si ça peut nous filer un coup de pouce ! Donc, la plupart du temps, je serai parfaitement normal ! Ne compte que sur le capitaine du Starlight, Warius, je tiendrai mon poste !
- Je n'en doute pas un instant. Et plutôt que de parler de choses délirantes, dis-moi comment tu t'en sors avec le Starlight et l'équipage ?
- On se tient mutuellement à carreaux. A la fin de formation j'ai eu peu de temps pour faire leur connaissance, alors qu'eux terminaient la leur.
- Vous avez tout l'enthousiasme de votre jeunesse, avec la présence de quelques vétérans pour vous seconder. Je ne vais pas dire que j'attends l'épreuve du feu pour finir de vous souder, mais je ne connais pas de meilleur baptême. A ta santé, capitaine !
- A la tienne, commandant.
Et les deux amis entrechoquèrent leurs tasses.
