7.
En appui discret à son jeune équipier, le commandant du Karyu était venu sur le Starlight.
- Nous entrerons à l'aube dans la zone de la Mer des Galets. Ma présence ici se justifie pleinement.
- Ça fait bizarre, murmura Alérian. Nous avons tous répété en simulation et là je crois qu'en dépit des plus âgés qui nous encadrent discrètement nous avons encore la sensation que ce n'est pas encore pour « de vrai ».
- Normal. Nous sommes tous passé par là, assura Warius, un bras passé autour des épaules du jeune homme. Sauf que nous avions eu le temps de vols d'entraînement, nombreux, dans l'espace pour des vols plus ou moins longs. Toi, comme je te l'ai dit, tu seras dans le bain direct avec ton groupe. Et ce que j'ai lu des rapports m'a confirmé que vous formiez un bon groupe. Ton second, le lieutenant Orshyn Ludjinchraft semble lui aussi bien maîtriser ses tâches.
- Oui, lui et moi avons bien sympathisé durant notre formation accélérée, convint Alérian.
- En ce cas, je ne vais pas dire que tout est au mieux, mais tu es bien entouré.
Alérian approuva de la tête.
- Rahog l'ordinateur central ne détecte rien dans cette Mer, aussi loin que portent ses scans.
- Sur ce point, je te fais confiance, ta vue électronique est supérieure à la mienne.
Sur la passerelle du Starlight, dont forme générale évoquait la pointe d'une flèche, Alérian et Warius s'entretenaient en totale discrétion sur la plateforme surélevée qu'occupait le jeune homme, le paravent antibruit déployé ce qui ne permettait pas à Orshyn Ludjinchraft qui se trouvait à moins de trois mètres de capter quoi que ce soit de leur conversation.
Alérian fronça les sourcils, serrant entre ses doigts le pendentif en forme de rose qu'il portait au cou.
- Warius, la Mer des Galets est dix fois plus grande que le système solaire terrestre, n'est qu'une vaste étendue parsemée d'astéroïdes, comment allons-nous bien pouvoir y repérer la base originelle des Erguls ?
- C'est bien pour cela que nous sommes là ! rappela le commandant du Karyu. On a quelques mois pour passer au peigne un maximum de cette zone.
- Si les Erguls occupent comme nous un planétoïde…
- Ce qui est très possible, poursuivit paisiblement Warius. Ce qui expliquerait pourquoi les sondes espionnes n'ont jamais fait de rapport.
- Elles ne sont jamais revenues. Elles ont peut-être tout bonnement également été désactivées voire détruites !
- Tu marques un point, Alie.
Le jeune homme eut un petit rire.
- Pas du tout, j'ai juste bien lu les rapports que tu as toi-même rédigés à ce sujet. J'adore lire, je te le rappelle !
- Moi, j'ai horreur de ça !
- Menteur, tu raffoles de la paperasserie !
- C'est vrai…
Alérian mordit dans sa sucette, se régalant des éclats de sucre pétillant dans sa bouche.
- Si on se séparait, nous couvririons plus de superficie, glissa-t-il enfin.
- Nous ne pouvons courir le risque d'être sans appui. En cas de mauvaise rencontre, nous n'aurions pas la moindre chance ! gronda Warius. C'est là que plus que jamais l'expression se tenir les coudes prend tout son sens. Je ne te laisse pas seul, tout capitaine que tu sois, et moi j'ai besoin de la puissance supérieure de ton Destroyer ! Désolé petit père, on ne se quitte pas !
Alérian eut un soupir.
- Ce pendentif m'a déjà conduit une fois à mon père, forçant le barrage de la Déesse, pourquoi ne recommence-t-il donc pas ? ! ragea-t-il.
Warius fit une grimace, se gardant de toute parole, mais échangeant un éloquent regard désolé avec son jeune ami.
Sur les transats autour de la piscine principale du complexe sportif du Starlight, Orshyn Ludjinchraft et Danéïre Moryvis se détendaient sous les chauds projecteurs.
Le blond Orshyn se tourna cependant vers l'autre jeune femme qui se tenait à côté de lui.
- Retiens-toi, soeurette, ce beau gosse balafré n'est pas pour toi !
- Je suis ton aînée, rappela cette dernière. Et je reluque qui je veux, c'est un espace public !
Elle éclata de rire, sans pour autant quitter des yeux Alérian qui accumulait les longueurs ignorant de l'attention dont il faisait l'objet.
- En plus, c'est l'hosto qui se fout de la charité, tu as craqué sur lui bien avant moi !
- J'avoue, gloussa son frère.
- Inutile de vous disputer, les jumeaux, intervint Danéïre, il est à moi et ça ne se discute pas !
Profitant du moment de détente bienvenue, ils rirent doucement, mais ne quittant pas du regard un Alérian qui se rinçait sous l'une des douches.
