15.

Warius cligna des yeux, horrifié et fasciné à la fois.

- Qu'est-ce que c'est ?

Machinar eut un gloussement.

- Je pensais qu'on avait formé un guerrier comme toi à quelques notions d'anatomie ? C'est une main.

- Je le vois bien. Je voudrais juste savoir pourquoi tu la conserves dans ce bocal ?

- Ce n'est pas un bocal, c'est un caisson de régulation. Toi, tu n'as jamais entendu parler de morphogénèse, commandant !

- Que voudrais-tu donc que j'en fasse ? Ça ne m'aide guère à dégommer des ennemis.

- Tu commences à parler comme un Pirate…

- Je m'adapte à mes adversaires, gronda le commandant du Karyu. Et je ne comprends toujours pas pourquoi tu m'as prié de venir dans le labo du cuirassé ?

- C'est la main d'Alérian.

- C'est morbide.

- C'est sa main et ce n'est pas la sienne.

Exaspéré, Warius leva les bras.

- Je sais que nous sommes coincés ici pour des semaines, mais ne joue pas avec ma patience !

Le jeune homme tressaillit, saisissant le Doc Mécanoïde par les épaules.

- Tu as trouvé une solution pour le gamin ?

- Oui. Pour t'expliquer de façon simple, j'ai introduit des cellules d'Alérian dans la machine et avec tous les paramètres biologiques et autres dont je l'ai nourrie, elle a créé cette main. C'est donc bien parfaitement sa main, bien que ce ne soit pas celle avec laquelle il est venu au monde.

- Quand vas-tu la lui greffer ?

- Dès que la croissance sera complète, d'ici la fin de la semaine.

- Tu es sûr que cela va fonctionner ?

- En théorie, les conditions optimales sont réunies, il n'y a aucun risque d'échec.

- Qu'est-ce qui te tracasse, Doc ?

Warius soupira.

- Tu penses déjà à toutes les séquelles psychologiques ? fit-il en répondant à sa propre interrogation.

- Je les avais déjà en tête quand Beebop avait déblayé tous les débris de cet ascenseur et que je l'y ai récupéré, reconnut Machinar. Allons à mon cabinet, nous avons d'autres choses à débattre, bien qu'au premier abord elles ne me concernent pas.

- Je crois que je peux deviner.


Sans surprise non plus, Warius avait découvert le jeune Oshryn Ludjinchraft qui se trouvait déjà dans le cabinet médical.

- Désolé de m'imposer, commandant Zéro.

- Repos, lieutenant. Doc Machinar m'a donné de bonnes nouvelles concernant votre capitaine.

- Elles peuvent vraiment l'être ? Oh, ce n'est pas vraiment ce que je voulais dire…

- Le capitaine Alérian Rheindenbach va bénéficier d'une greffe pour sa main. Ses autres blessures sont en voie de guérison.

- Et pour son œil ?

- C'est encore indécis. Les lésions sont profondes, répondit Machinar. Les blessures physiques trouvent toujours une solution, même si elles sont parfois bancales.

Le second du Starlight fit la grimace.

- Un dernier thème non choisi à la légère j'imagine. Le capitaine de l'Arcadia, vu la ressemblance physique c'est évidemment son père, aussi pourquoi lui a-t-il fait ça ?

- Son cuirassé presque détruit, un an prisonnier des Erguls, tous les retournements sont possibles, répondit non sans réticence Warius. Mais jusqu'au bout nous y avons cru, Alérian le premier. Le piège était parfait. Alérian a suivi son cœur et les directives de la hiérarchie d'essai de sauvetage. A présent, nous savons à quoi nous attendre.

- Cela fera beaucoup de mal à mon capitaine quand vous le sortirez de ce coma artificiel… Pourrons-nous poursuivre notre mission dans ces conditions ?

- Nous n'avons pas le choix, rétorqua sèchement le commandant du Karyu. Tout retour est impossible. Et nous ne pouvons rentrer sans ramener les renseignements que notre Flotte espère.

- J'assurerai jusqu'à ce que mon capitaine reprenne son poste, promit Oshryn en se levant pour saluer impeccablement avant de sortir.

- Ce gosse est courageux, remarqua Machinar.

- Oui, et ses interrogations et angoisses sont les miennes. J'avais les mêmes questions à ton égard, Doc !

- Tu as donc mes réponses. Je ne peux m'avancer que sur le plan médical concernant le petit. En revanche, il aura bien plus de mal à se remettre de ce que son père lui a fait, aux ordres des Erguls de gré ou de force, et seule la dernière option est la vérité, n'est-ce pas ?

- Albator ne se serait jamais rallié de sa volonté à ces monstruosités qu'il avait décidé de combattre en sortant de sa retraite dorée, au propre comme au figuré ! J'aurai toujours foi en lui, enfin en celui qu'il était…

Warius se mordit les lèvres, détournant son regard de celui de son Doc Mécanoïde.

- Mais s'il est devenu l'ennemi désigné, lui aussi je le combattrai, revenant ainsi à la configuration première qui est la seule que connaisse ma hiérarchie – cette fois, je ne mentirai plus…

Machinar se remit à ses ordinateurs.

- Je dois préparer la greffe d'Alérian, s'excusa-t-il.

Et Warius se retira à son tour.