16.

Mis à l'écart des derniers événements, strictement médicaux entre le patient et son chirurgien, Warius ne pouvait que ronger son frein, se concentrant sur les tâches strictement relatives à sa mission, aux réparations des deux vaisseaux de guerre.

Il s'inquiétait, et il n'avait pas tort.


Alérian avait interminablement fait tourner et retourner sa main droite bandée devant ses yeux.

- Ce ne peut être la mienne !

- Tu as raison et tort. Mais cette main est désormais celle avec laquelle tu vivras jusqu'à la fin de tes jours, fit Machinar, du plus doucement qu'il le pouvait.

- Je ne la sens pas, marmonna le jeune homme.

- Les connexions se remettront. Elles le sont déjà, mais il faut que tout ton organisme s'habitue à ce membre. Quelles sont tes autres réactions, Alie ?

- Je ne veux pas en parler, c'est écœurant !

- Alie ! protesta le Doc Mécanoïde.

Le jeune homme se laissa aller contre ses oreillers, infiniment las, le regard obstinément détourné.

- Pourquoi ne m'as-tu pas laissé mourir ?

- Je suis médecin !

- J'aurais préféré que tu sois épicier !

Alérian tenta de bouger, mais il ne le pouvait pas. Tout le bas de son corps était coincé sous les poutrelles qui s'étaient écroulées sur lui, sa main droite écrasée sous un panneau à demi éventré, et il distinguait que peu de chose de son œil gauche, son profil droit ruisselant de sang bien que la douleur qui se ranimait lui indiquait que la blessure était bien plus grave.

- Oh, papa, pourquoi… ?

Il vit l'ombre de son père le mettre en joue de son gravity saber et une douleur effroyable lui traversa la tête.


- Ils l'ont fait, Warius ! Ils l'ont retourné et en ont fait un de leurs combattants, ils n'ont pu y arriver qu'en lui faisant le pire mal ! J'avais raison : il aurait mieux valu pour lui d'y rester… Il ne serait pas devenu cette machine à tuer – et pourtant c'était bien cette machine que j'étais allé chercher à mon premier voyage… Je ne pensais pas que… Et en même temps c'était tellement logique ! Les Erguls non plus n'allaient pas assassiner une telle mécanique de mort ! Tout est de mon unique faute… Je suis le seul responsable… Pourquoi est-ce que je suis encore en vie pour assister au désastre que j'ai orchestré ? Je ne voulais que trouver une solution… J'ai tout foiré…

- Tu as accompli plus d'un miracle depuis que je t'ai rencontré, quand tu m'as forcé la main, passager clandestin !

- Je n'ai pas su réaliser le seul nécessaire : sauver mon papa. Et en plus il est devenu infirme à cause de moi.

- Les risques des combats. Albator comme moi savait parfaitement à quoi il s'engageait. Il a joué, il a perdu, c'est la froide et cruelle vérité. Et toi aussi, tu dois accepter les conséquences de ton engagement sous la bannière de la République Indépendante. Avant même ton père, c'est à la voie que tu as choisie que tu dois ces blessures.

Alérian eut un sanglot, toujours dos tourné à son visiteur.

- Mais je n'en veux à personne… C'est juste que j'ai l'impression que Machinar a greffé un membre mort sur mon poignet alors que ma main est toujours là ! Je me sens… un monstre !

- Ça passera. C'est une réaction normale. Il faut du temps. Alie, on est là pour toi.

- Je ne veux de personne ! Foutez-moi la paix, oubliez-moi ! Je n'ai apporté que le malheur, je ne me le pardonnerai jamais !


Kromer le Coordinateur des Drakkars était venu au laboratoire tenu par Lyop Jung, un scientifique venu du monde même de la Souveraine Noire.

- Il est remis à niveau ? gronda l'Ergul.

- Ce n'était qu'une question de mise à jour et de révision des fichiers. Un travail délicat entre la personnalité mémorisée et le travail de Murhie à la base. Mais avec encore du temps, j'arriverai à une perfection totale, une autonomie parfaite.

- Faites au plus vite. Le reste importe peu, nous n'avons besoin que de résultats, et à finir le travail commencé ! rugit Kromer à l'adresse du Mécanoïde à l'aspect totalement humain. Quand sera-t-il prêt à être renvoyé sur le terrain ?

- Bientôt. A présent, laissez-moi faire mon boulot !

L'Ergul grognant mais battant en retraite, Lyop glissa de nouvelles fiches au niveau de la poitrine de la copie entièrement mécanique d'Albator allongée dans son caisson de programmations avant de retourner à ses ordinateurs.