17.

Alérian eut un profond soupir.

- Qu'as-tu donc encore inventé, Machinar ?

- Cet appareillage suppléera aux séances de kiné. Cette fine armature ne pèse que quelques grammes, elle va soutenir tes os et tes muscles, envoyant si nécessaire des impulsions d'énergie pour que tu parviennes à contrôler ta main. Oui, normal que ça te tire une grimace, c'est…

- Non, ce n'est pas ça. C'est parce que cela me rappelle l'Inhibiteur Mental des Erguls. A la différence que leur appareil était sous leur main et non au-dessus.

- Tu vas t'habituer. Je vais le fixer, attention, ça va picoter un peu quand les aiguillons vont s'enfoncer pour atteindre tes nerfs. Et quand tu porteras tes gants, personne ne le verra.

Le Doc Mécanoïde fixa un instant le jeune homme, guettant son approbation.

- Alie ?

- Merci, Machinar, fit enfin Alérian.


N'attendant aucune visite impromptue, Warius avait laissé les portes ouvertes. Aussi sursauta-t-il franchement quand l'ombre d'Alérian, en parfait uniforme noir et or, se projeta sur sa table de travail.

- Je n'ai que trop manqué à mon poste, commandant Zéro, mais me revoilà.

- Alérian, ça fait plaisir, assura Warius en désignant un siège au jeune homme. Mais tu ne seras pas sur ta passerelle avant un bon moment encore, c'est tout juste si tu arrives à avancer !

- Les poutrelles ont bien meurtri mes jambes, mais sans les casser au moins. Avec la rééducation, ça ira bien mieux que de passer mes journées allongé sur mon lit d'hôpital.

Le jeune homme se força à lever sa main droite pour rassurer son ami.

- Je vais m'y habituer, promis.

- Tu es courageux, je n'en doutais pas. Et bientôt, Machinar enlèvera aussi ce pansement à ta tête.

- Papa n'a pas eu le temps de me flinguer à bout portant, c'est un autre débris qui en tombant m'a ouvert le crâne…

- Bienvenue au club, grinça Warius en se souvenant des Rampants qui avaient un jour envahi son cuirassé.

Il se leva pour remplir deux tasses de café.

- Repose-toi sans souci, nous ne bougeons pas d'ici avant au moins un mois.

Alérian voulut saisir l'anse de la tasse mais n'enregistrant pour toutes les sensations de poids et de chaleur elle lui échappa, roulant au sol.

- Je suis désolé… gémit-il.

- Ce n'est rien. Cela va te revenir.

- Il y a intérêt si nous voulons remplir notre mission et nous débarrasser au passage de quelques ennemis si l'occasion se présente.

- Que veux-tu dire ? murmura Warius, soudain pas rassuré du tout !

- Papa s'est servi de mon amour inconditionnel pour me piéger. Mais c'est une stratégie qui pourrait aussi se retourner contre lui ! rugit le jeune homme.

- Alérian !

- J'ai fichu la merde, à moi de tenter de réparer un minimum, non ? rétorqua froidement ce dernier. Et si je veux nous donner une chance, il faudra que j'essaye une sortie une fois que je serai un peu remis sur pieds.

- Je ne vois vraiment pas comment… ?

- Moi non plus, pas encore. Mais je vais y réfléchir. Comme tu viens de le dire, je n'aurai que cela à faire pour les jours à venir vu que tu t'es chargé de tous les formulaires concernant les blessés graves à mon bord. Heureusement, les Mécanoïdes commandos ont pu être remis en état. Et ma lieutenante de la salle des machines a déjà récupéré de ses légères blessures. Bref, il n'y a que moi qui suis à la traîne, pour changer… Tu te trompais en me recommandant à ta Flotte, Warius, je ne suis pas encore prêt.

- Bien sûr que si ! J'en veux pour preuve notre présence ici. Je ne connais aucun capitaine d'à peine vingt ans qui aurait pu réaliser cet exploit.

- Génial, on a failli se faire atomiser avant même d'arriver ! continua de se fustiger Alérian.

- Les risques du métier. Et je n'aurais pas voulu faire ce voyage avec un autre que toi. Je me suis battu pour t'avoir !

- Merci…

- Je suis sincère. A présent, cesse de te tracasser. Je te ramène à ton appart, tu dois te ménager.

De la tête, Alérian acquiesça avant de se lever. Prenant le bras de son ami, il quitta le bureau, revenant à un studio qui avait été celui de ses quinze ans, ce qui lui mit du baume au cœur avec la poignée de bons souvenirs qui revenaient de cette période.