18.

Tenant à conserver autant que possible d'autonomie et de dignité, Alérian avait insisté pour procéder seul à sa toilette matinale avant la venue de l'infirmier pour les soins.

Et bien que cela ait pris un temps considérable, tout son corps constellé d'ecchymoses plus ou moins sérieuses témoignant des impacts des débris qui lui étaient tombés dessus, il avait été au bout de ses ablutions.

Mais comme tous les matins, c'était son reflet dans le miroir qui l'avait retenu en équilibre instable sur ses jambes fragiles.

Si la balafre de sa joue gauche ne l'avait guère déstabilisé, sauf dans un premier temps de ne plus retrouver son visage jeune et frais aux traits réguliers, il en allait à présent tout autrement avec le cache-œil protégeant son profil droit.

« Quoique tu prétendes, Machinar, tu ne sais absolument pas si ce sera définitif ou non… Et je ne me réjouis nullement cette fois de ressembler à ce meurtrier sans âme qu'est devenu mon père ! Il faut que je retrouve entièrement la vue, absolument ! ».

Tendant la main vers sa robe de chambre, il revint lentement vers la chambre et appuya sur le bouton d'appel pour signaler qu'il était prêt pour les premiers soins de la journée.

Une visiteuse s'était annoncée à l'interphone du studio.

- Je ne vous dérange pas, capitaine ?

- Danéïre, je ne suis pas en service, nous sommes tous sur la touche. Vous pouvez m'appeler par mon prénom ! Vous avez pris votre petit-déjeuner ?

- Oui, avant de quitter le Starlight.

- Asseyez-vous, je finis le mien. Servez-vous un café.

- Ca, je ne refuserai pas.

- Alors, pourquoi avoir quitté le Destroyer par l'un des tubes d'arrimage qui nous relient au Karyu ? interrogea-t-il entre deux bouchées. Un souci ?

- Si tel était le cas, je me serais entretenue avec Oshryn. Vous, vous êtes en convalescence. Non, je venais voir les nouvelles que je voulais prendre, je me méfie un peu des racontars.

- Et quel est votre avis sur ma personne abîmée ?

- Je m'attendais à vous trouver plus mauvaise mine, avoua la jeune femme. Cet ascenseur a fait une sacrée chute avant de s'écraser au bout de la coursive de ma salle des machines…

- Comment va votre bras ? s'enquit-il.

- Il n'était que luxé, rien de comparable avec vos blessures. Nous avons eu tous très peur, surtout rétrospectivement à la vue de l'enregistrement de l'abordage des Marins de votre… du capitaine de l'Arcadia. Cela s'est joué à un cheveu. Les Mécanoïdes commando ne lui ont pas permis de finir d'ajuster son tir. Sinon il aurait été au bout de son geste !

- Oui, je l'ai compris. Je ne me bercerai plus d'illusions, je l'ai payé trop cher, soupira Alérian, l'appétit coupé, se contentant de son café qui refroidissait.

- Nous sommes tous désolés. Cela aurait sans doute été plus facile avec un adversaire inconnu ?

- Je ne sais pas… Là, je connais cet ennemi, cela nous aidera la prochaine fois, avoua enfin le jeune homme. Et puis, même si l'équipage le suit, je suis vraiment très inquiet pour Clio ! Sans leur télépsychopathe de Murhie, les Erguls n'avaient guère de chance de pouvoir lui imposer leur volonté et de l'emprisonner…

Alérian eut un profond soupir, de la tristesse sur le visage.

- Seule Clio aurait pu empêcher que les Erguls n'arrivent à le faire se retourner contre nous, contre moi, bien que je comprenne qu'il ne puisse que me reprocher directement son infirmité. Clio, elle n'aurait jamais permis qu'il soit ainsi dominé par sa haine ! Je redoute le pire pour elle… J'irai donc au cœur du monde des Erguls, il le faut, et pas uniquement pour la mission.

- Je comprends. Nous sommes tous à vos ordres, Alérian.

- Merci, Danéïre.


Un bandeau sur les yeux, Alérian s'était soumis aux exercices de rééducation de sa nouvelle main.

Son toucher lui revenait, plus précis chaque jour. Il était également plus habile, avec plus de force dans les doigts.

Ces petits progrès lui remontaient très légèrement le moral et à réentraîner son corps, il savait finir par retrouver toute sa condition physique au bout de l'éreintant parcours.

« J'étais devenu bon, il va me falloir être meilleur désormais ! Oh oui, je vais arriver, papa, mais plus dans les mêmes dispositions d'il y a sept semaines ! Nous sommes sur le point de repartir, tu ne m'as pas eu l'autre fois, et cela ne se reproduira pas ! ».