19.

A quarante-huit heures de quitter le fond des crevasses de l'astéroïde qui les avait dissimulé neuf semaines durant, Alérian avait rejoint le Starlight.

- Si nous avions disposé d'un chantier-naval mobile, nous serions reparti depuis la moitié de ce temps, maugréa-t-il en faisant défiler le listing des réparations.

- C'est parce que les équipes ont tenté de remettre le plus de pièces existantes en état, expliqua Oshryn Ludjinchraft. J'ai préféré faire garder nos stocks de matériel neuf en cas de véritable coup dur.

- Le commandant du Karyu a fait de même. Sans appui, effectivement, la prudence était de mise.

- Je l'ignorais au moment de prendre la décision.

- Chacun doit réagir selon son inspiration. Tant mieux si cela se rejoint. Le principal est que nos deux vaisseaux soit à nouveau opérationnels. Beau travail, lieutenant Ludjinchraft.

- Merci, capitaine.

- Passons tout en revue, nous aurons bien besoin de tous nos moyens face à plus de deux Drakkars et sans nul doute l'Arcadia.

- Je vais tout vous détailler. Ça fait plaisir de vous revoir.

- Le plus dur est devant nous, ne nous leurrons pas.

- Je le sais, assura le second du Destroyer. Et je suis désolé que vous ayez à affronter votre père.

- C'est ainsi. C'est ce que j'ai créé, je l'ai compris depuis un moment déjà.

Le lieutenant blond se mordit les lèvres.

- Vous savez que vous n'avez guère de chance face à lui, en un affrontement direct ? lâcha-t-il enfin. Il a balayé l'équipe médicale, nos soldats de défense, avant que les commandos n'arrivent.

- Il n'était pas seul, remarqua Alérian en faisant glisser son doigt sur l'une de ses tablettes. Ses Marins avaient commencé le boulot en prétendant être blessés sous leurs pansements. Avec sa jambe raide, il n'est pas prêt de me courir après alors que j'ai retrouvé une bonne condition physique !

- Mais pas encore votre niveau d'athlète de début de mission. Finalement, j'aurais préféré encore trois semaines ici…

- Ce qui n'est pas le cas, fit sèchement le jeune capitaine du Starlight. Nous n'aurons qu'une chance de parvenir au cœur du territoire Ergul, et encore plus si nous pouvons en revenir en ramenant les infos que nous sommes venus chercher.

Oshryn se frotta le bout du nez, triturant un peu machinalement le col de son fil pull blanc sous la veste grise d'uniforme.

- Comment trouverons-nous notre objectif ?

- Rahog et Thern ont continué de suivre l'Arcadia et les deux Drakkars qui se repliaient, continuant leur comédie de course-poursuite. Nos ordinateurs centraux ont eu du mal, bien qu'aucun des trois ne pouvait opérer un saut spatio-temporel au sein de ces astéroïdes, ce qui nous met à égalité sur ce plan, mais ils les ont pisté jusqu'au bout de la portée des scans. Ils ont procédé au plus d'analyses possibles. A défaut d'avoir pu les pister jusqu'au bout, cela nous donne une direction à suivre.

- Bien, capitaine.


Danéïre sursauta quand elle vit Alérian entrer dans sa salle des machines.

- Un souci ? Je serais venue si vous m'aviez convoqué.

- Cela aurait été assez péremptoire pour votre anniversaire.

- Car mon univers de turbines et de réacteurs est plus festif ? ironisa la jeune femme.

- C'est votre environnement, justement. Et après avoir poireauté des semaines, le temps manque pour une fête digne de ce nom.

- Vous voulez me souhaiter mon anniversaire ici ? sourit-elle.

- Je vous ai apporté un cupcake ! fit Alérian en lui tendant le petit gâteau surmonté d'une bougie qu'il avait gardé dans son dos.

- C'est… très gentil. Merci.

- Alors, ça vous fait quel âge ?

- Si vous consultiez le registre d'équipage…

- Il y a longtemps que je l'ai fait ! rit le jeune homme. Je sais parfaitement que vous avez…

- Silence ! Cela ne se dit pas ! Je suis un peu plus âgée que vous !

- J'ai l'habitude. Mais comme vous l'avez souligné, ce n'est plus vraiment le moment pour se détendre et baguenauder. Savourez votre friandise, vu que nous ignorons pour combien de temps nous en avons, en alternant les provisions fraîches et les synthétiseurs de nourriture, je nous mets tous au rationnement dès que nous serons repartis !

- Ce ne sera pas une mauvaise chose, j'ai quelques kilos à perdre.

- Quelle drôle d'idée. Vous avez tout ce qu'il faut où il faut ! protesta Alérian.

- Mon petit monsieur, ce n'est pas parce que nous sommes dans un lieu clos que je vais craquer pour le premier qui me nourrit !

- Il faut un début à tout, sourit Alérian avant de se retirer, Danéïre dévorant sa pâtisserie en trois bouchées.