21.

Au bout de cinq jours de voyage, Alérian avait enfin le cliquetis caractéristique du scan radar accrochant un écho.

- Est-ce enfin ce que nous espérons ?

- Disons que c'est un objet vraiment très gros, même pour cette Mer de Galets, renseigna Oshryn en pianotant sur les claviers de sa console. Je vais vous envoyer l'agrandissement de l'image sur l'écran central, capitaine.

- On dirait une grosse grappe de tomates, commenta le responsable de la passerelle en fourrageant dans ses rares cheveux gris. Sauf que si c'est ce qu'on cherche, cela fait longtemps que c'est elle qui nous bouffe !

- Et c'est un dégagement important, je capte de l'énergie en suspend entre un nombre important d'astéroïde, reprit Oshryn. Ils sont reliés, c'est certain. Ils ne se dissimulent guère !

- Disons que de façon logique ils ne doivent s'attendre à ce qu'on vienne les débusquer jusqu'ici, commenta Alérian, ses doigts serrant convulsivement les accoudoirs de son fauteuil. Pourtant, ils savent que nous sommes là et que nous venons… Lieutenante Jéon Lhor, envoyez nos chasseurs, lança-t-il à son opératrice stratégique. Avant que nous approchions davantage, je ne veux pas me tromper de cible !

- J'ordonne à l'escadrille bleue d'aller en avant, obéit la quadragénaire.

Alérian se cala autant que possible dans son fauteuil.

« Par précaution, il n'y a plus de communication entre le Karyu et nous. Je ne peux donc compter que sur cet équipage et ce Destroyer. Je n'ai pas le droit à l'erreur… Je leur ai promis de les ramener chez eux ! Et moi j'ai un compte personnel à régler ! ».

Le jeune homme tapota l'écran de son accoudoir droit.

- Viens ici, Beebop. Viens avec le gadget que Danéïre et moi avons mis au point ! murmura-t-il.

- Tout de suite, Alie.

Relevant la tête, il aperçut le regard interrogatif de son second mais il se garda bien de tout commentaire.


Alérian faisait une pause au Mess du Starlight quand Oshryn vint l'y rejoindre.

- L'escadrille bleue est rentrée. C'est bien un astéroïde artificiel, connecté aux autres, voilà le cœur du monde des Erguls. Mais ils sont ici en parfaite sécurité, aucun flotte ne pourra parvenir jusqu'à ces coordonnées pour une attaque en règle vu tous ces planétoïdes ! Ils ont très bien choisi leur cache ! ragea le blond jeune homme.

Oshryn reposa un peu violemment sur le comptoir la tasse qu'on venait de lui servir.

- Mais c'est encore là leur avant-garde, aboya-t-il. Car ce n'est pas leur monde, il n'y a rien pour survivre ou même habiter…

- Possible, admit Alérian. En revanche, nos Analystes ont toujours dit, au vu des observations venues des mondes conquis, que toute leur organisation était basée sur le même modèle, d'où notre présence.

- Et ce n'est qu'en examinant le cœur de cette Ruche que nous saurons, pour toutes les autres, c'est donc ça, capitaine ?

De la tête, Alérian approuva.

- Que rapporte l'escadrille bleue ?

Oshryn grimaça légèrement sans répondre.

- Lieutenant Ludjinchraft ! siffla Alérian.

- L'Arcadia patrouille à petite distance, lâcha alors le second du Starlight.

- C'est bien ce que j'espérais ! sourit soudain le jeune capitaine du Destroyer.

- Je peux être mis au parfum ? interrogea Oshryn.

- Je vais aller défier mon père sur sa propre passerelle.

- De quoi ? ! s'étrangla le second blond.

- Je vais user des boîtiers de téléportation individuels. La lieutenante Moryvis et moi l'avons ajusté aux conditions de la Mer de Galets où ces astéroïdes produisent un important parasitage. Je saurai parvenir à destination et en revenir sans souci. Ce sera un voyage éclair !

- Ou un simple aller, grommela Oshryn. Ce parasitage augmente à mesure que nous sommes approchés de cette Ruche Originelle ! Il va affecter ton télétransporteur, rien ne dit qu'il pourra te ramener… Alie, je tiens plus encore à mon capitaine qu'à mon copain de formation ! Réfléchis !

- J'y songe depuis que je me suis réveillé avec cette main en plus et cet œil en moins, gronda Alérian avec rage et désespoir. C'est décidé, un point c'est tout ! Je te confie le Starlight. Quoi qu'il m'arrive, poursuis l'objectif de la mission, puis tu retournes faire la jonction avec le Karyu, d'accord ?

- La jouer solo, ce n'est pas ce que l'on nous a appris à la base, soupira Oshryn. Je ne veux pas te perdre.

- Mon père est un trop gros morceau. Il est au-delà de toute raison. C'est effectivement personnel ! Je t'ai expliqué ce qui…

- Je sais. Je comprends. Mais le Starlight a besoin de son capitaine !

- Je pourrai l'être pleinement une fois que j'aurai abattu mon père, compris ?

- Bien, céda Oshryn. A vos ordres, capitaine !

Alérian soupira d'aise, mais pas rassuré pour autant de ce qui l'attendait et qu'il avait lui-même planifié !