22.

Le second et la lieutenante à la salle des machines du Starlight entrèrent dans l'appartement de leur capitaine.

- Tu ne reviendras donc pas sur ta décision ? firent-ils d'une voix, bien qu'ils ne se soient pas concertés avant d'arriver.

- Non. J'ai à être face à mon père, gronda Alérian en fixant à ses hanches le ceinturon soutenant le cosmogun. Si je peux effacer cette menace nous aurons une chance.

Alérian soupira, mains sur les hanches, levant les yeux vers le plafonnier. J'ai fait revenir le symbole absolu de la liberté et il en est devenu le plus farouche ennemi. Il ne représente plus rien pour moi. Ce qu'il est a brisé mes rêves les plus chers. Tout est terminé… Danéïre, fais-le !

La jeune femme s'approcha, fixant à son poignet gauche le bracelet de cuir et de métal.

- Comme tu ne l'ignores pas, le système est complexe mais la manipulation simple afin de ne pas te la compliquer en cas d'urgence. Un pour partir, un pour revenir. La balise de téléportation est reliée à notre signal, ici, il te ramènera. Selon les plans que tu m'as transmis de l'Arcadia, je t'ai programmé ton point d'arrivée selon ton souhait.

- Bien, il n'y a plus un instant à perdre, l'Arcadia est entre nous et la Ruche Originelle, j'ai à nous dégager le passage. A bientôt.

- Reviens vite, capitaine, pria Danéïre en lui serrant les mains avant de rapidement déposer un baiser sur ses lèvres. Tu es important pour nous, pour moi.

Ce fut néanmoins sans rien témoigner de la soudaine démonstration qu'Alérian enfonça le bouton vert et disparut.


- Sale petite vermine ! gronda le capitaine de l'Arcadia alors qu'Alérian était apparu au milieu de son salon alors que ses propres armes étaient accrochées à l'autre bout de la pièce ! J'espérais tes blessures au moins suffisamment graves pour que tu finisses par y succomber !

- Trop aimable. Il ne reste vraiment plus rien en toi de celui que j'ai adoré…

- Et moi j'ai perdu un temps précieux à t'accorder des miettes de mon affection. Tu n'es plus qu'un parasite dont je dois débarrasser la mer d'étoiles !

Alérian eut un sourire froid et menaçant.

- Mais, j'en ai autant à ton encontre, papa ! siffla-t-il en sortant son cosmogun et le pointant sur ce dernier. J'ai là ma chance, tu es réglé comme une horloge, je savais que tu ne peux te passer d'une rasade de red bourbon avant ton dîner, et que c'est quasiment le seul moment où tu te sépares de tes armes avant de passer sous la douche.

Alérian jeta un regard autour de lui.

- On dirait que tu as réussi à foutre Clio dehors… Elle ne t'aurait jamais laissé tourner ainsi ! C'est donc à moi qu'il revient de…

- Quand on vient pour tuer, on ne perd pas de temps en parlotte ! remarqua avec pertinence et ironie le grand Pirate balafré.

- Si tu y tiens.

Le jeune homme pressa la détente alors que les portes de l'appartement s'ouvraient à la volée, sa main ne trembla pas et son tir son père au niveau du ventre. Albator demeura debout, imperturbable, se contentant de frôler les contours de la plaie béante qui avait révélé les circuits électroniques qui le composaient entièrement.

- Mais, tu n'es pas mon…

Yattaran et un autre Marin ayant déboulé, fusils d'assaut aux poings, Alérian enfonça le bouton rouge de son bracelet.


Danéïre leva un regard désolé sur le jeune homme qui ne l'avait pas quittée.

- Oui, Alérian a utilisé le bouton de rappel !

- Où est-il, en ce cas ? Pas ici…

La jeune femme manipula les commandes de sa tablette, un long moment, trop longtemps, sous le regard affolé du blond second du Starlight.

- Je ne capte plus son signal, avoua-t-elle alors.

- En ce cas, où est donc parti le capitaine ? s'affola Oshryn.


Alérian gémit, le corps douloureux et glacé en dépit de la sueur qui le couvrait tout entier.

Il rouvrit son oeil valide et observa l'environnement sombre et humide où il venait de reprendre connaissance.

« Tu parles d'une migraine… Mais cette fois rien à voir avec la cicatrice au crâne que dissimule ma crinière d'acajou ! ».

Le jeune homme respira à plusieurs reprises, rassemblant ses forces, se relevant.

« Mince, où j'ai atterri, moi ? ».

Se redressant, Alérian tressaillit jusqu'au plus profond de son être, reconnaissant soudain le sigle qui frappait le sol sous ses pieds.

« Je me suis téléporté sur la Ruche Originelle ! Je suis au milieu du gros des forces Erguls ! ».

FIN