Me revoilà ^^
Alors déjà, commençons par les mauvaises nouvelles. Au vu de ma moyenne un brin déficiente, j'ai décidé (d'essayer) de me recentrer sur mes études et de délaisser un peu Frying Pan et mes projets persos. Ensuite, le bac blanc est dans une semaine donc là, c'est pas la peine d'espérer que je ponde quoi que ce soit avant un moment... Bref, je ne serais peut-être plus aussi productive qu'en décembre.
Revenons en au texte. Un petit truc sérieux cette fois avec Seraphina et d'autres persos... Peut-être aurais-je enfin une idée de scénario pour Frying Pan ? (Parce que ça fait un an que c'est commencé et je n'en ai toujours pas... Petit sondage: qui avait remarqué que Frying Pan était un vaste flou artistique?) x)
Bref, le disclaimer : les univers des Cinq Légendes et de Guardians of Childhood ne m'appartiennent pas, seul Ian (et par la même occasion le reste des OC) est ma création
Sur ce, bonne lecture
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Ian avait voulu parler à Seraphina le plus rapidement possible. Alors, après l'école, au lieu de rentrer directement, le petit garçon avait couru jusque dans la forêt où Dame Nature vivait et était retourné à la clairière où ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Mais force était de constaté que la jeune (aussi jeune qu'elle puisse l'être en tout cas) femme n'était pas là. Déçu, Ian souffla et s'adossa à l'arbre, décidé à l'attendre, lorsque dans un bruit affreux de succion, l'écorce du chêne centenaire s'ouvrit derrière lui. Le petit garçon bascula en arrière et atterrit sur les fesses au sommet d'un escalier de bois descendant dans les tréfonds de la terre et illuminé par des lanternes fleuries et projetant une douce lueur.
« … Seraphina, appela-t-il en commençant sa descente des escaliers. »
Pour Ian, il était évident qu'il allait chez Dame Nature : cette clairière faisait partie de son domaine, lui avait dit Seraphina. Et lui, il venait de trouver le reste de la demeure de l'esprit. A force de descendre, les murs se couvraient de plus en plus de plantes grimpantes et de fleurs que Ian n'avait jamais vu. Lorsqu'il atteint enfin le fond, le petit garçon ouvrit en grand la bouche.
Il se trouvait dans un dôme creusé sous les racines du chêne. Là, de l'herbe, des centaines de fleurs des arbres fruitiers ou non poussaient tandis que de petits nuages voletaient de-ci delà pour déverser un peu de pluie et arroser les plantes. Au plafond, c'était une sphère de lumière pure en lévitation qui illuminait la salle. En s'avançant, Ian put surprendre la discussion d'une étrange fleur bleue semblable à une étoile et d'un rosier blanc à propos de la maîtresse des lieux qui devrait (selon ses fleurs) rapidement trouver quelque chose pour éloigner ce « barbare d'Halloween qui menaçait involontairement leur santé avec sa lanterne enflammée ».
« Je te déconseille de te mêler de leur conversation. Une fois lancées, les fleurs sont très bavardes. »
Ian sursauta et se retourna pour tomber nez à nez avec Seraphina qu'il n'avait pas entendu arriver. Le petit garçon croisa le regard de Dame Nature et en cet instant, il comprit pourquoi les yeux de l'esprit de la nature lui avaient parut si familier la première fois qu'il les avait vu. Elle a les yeux de Pitch, songea-t-il en suivant Seraphina à travers son domaine.
« Dame Seraphina, appela une fleur toute dorée. Je meurs de soif... »
D'un hochement de tête, Dame Nature envoya un des nuages l'arroser avant de retourner s'occuper de mauvaises herbes qui avaient trouvé le moyen de pousser là. Ian la regardait faire, ne sachant pas comment aborder le sujet. Finalement, se disant que qui ne tente rien n'a rien, il se lança.
« Dis, est-ce-que toi et Pitch, vous êtes de la même famille ? »
Seraphina se tendit imperceptiblement à la question puis se redressa, fixant Ian de ses yeux dorés.
« Et puis-je savoir d'où te viens cette soudaine question ?
_Vous avez les mêmes yeux, répondit-il en fuyant son regard. »
Dame Nature soupira et délaissa ses mauvaises herbes pour s'asseoir dans une chaise faite de racines qui avait jaillit du sol à son approche. Seraphina se doutait bien que le moment où elle devrait expliquer son lien avec Pitch à Ian viendrait. Et il était venu. D'un geste de la main, elle invita Ian à la rejoindre.
« Oui, nous sommes de la même famille... »
Plus aucun bruit ne se faisait entendre dans la salle, même les fleurs avaient fait silence pour écouter ce que leur maîtresse répondrait à Ian. Pourtant Seraphina ne développa pas, ne précisant rien. Ian pensa qu'elle ne devait pas avoir envie de parler de cette relation quand Dame Nature ferma les yeux, comme pour se remémorer son passé.
« Il était une fois... »
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Il était une fois. Les histoires que son père lui racontait commençaient toujours ainsi. Seraphina, alors âgée de six ans, en était venue à adorer cette simple phrase.
Comme rituel du soir, la petite fille avait pour habitude de s'installer dans son lit et d'attendre son père, Kozmotis, venu lui raconter des contes, la border puis finalement l'embrasser sur le front et la laisser s'endormir. Ce soir-là, quand il arriva, Seraphina lui réclama aussitôt son histoire préférée : celle d'une petite fille, Hilda, qui assistait à une fête donnée par des fleurs qui, épuisées d'avoir danser toute la nuit, finissaient par faner le lendemain*.
« Seraphina, lui murmura-t-il. Demain, tu vas pour la première fois à l'école... Tu n'as pas oublié ? »
La petite fille fronça les sourcils et grogna quelque chose ressemblant à un « je ne veux pas y aller ». Kozmotis eut un petit rire avant de l'embrasser sur le front et de la serrer dans ses bras. Quelques minutes plus tard, il était parti et Seraphina s'était endormie.
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« Papa... Tu es sur que c'est une bonne idée, commença Seraphina en regardant le haut portail de fer forgé lui faisant face. »
L'école pour filles de Lunaria était un institut réputé et les jeunes demoiselles, de haute naissance ou non, sortant de cette académie finissaient pour la plupart par épouser de riches hommes ou graviter autour des familles dirigeant les différentes constellations. Ainsi, Lunaria accueillait des élèves entre cinq et dix ans et les études se terminaient à dix-huit ans.
Kozmotis lui adressa un sourire confiant avant de s'abaisser à son niveau et de replacer une mèche de cheveux de sa fille derrière son oreille.
« Ta mère avait aimé étudier dans cette école... Je suis certain que tu t'y plairas toi aussi. »
Mal à l'aise dans son uniforme tout en noir, Seraphina suivi son père jusque dans le bureau de la directrice. Cette dernière fit venir une enseignante qui emmena la petite fille dans sa nouvelle classe, loin de son père.
« Chères élèves, laissez-moi vous présenter Seraphina Pitchiner, qui nous rejoint en cours de route. J'espère que vous lui ferez bon accueil et que vous l'aiderez à s'intégrer à notre école. »
Les autres élèves levèrent à peine les yeux vers elle et madame Kriekma lui désigna une place à coté de celle d'une demoiselle aux anglaises rousses qui l'ignora superbement lorsque Seraphina lui demanda de quel cours il s'agissait.
Cette école était une mauvaise idée, la petite fille commençait à le penser.
Son impression se confirma lorsque vînt le cours de bonnes manières. Mais qui avait inventé ça ?! Assise face à une assiette, Seraphina regardait les différentes paires de couverts. L'une d'elle était pour la viande et c'était celle-ci que son institutrice attendait qu'elle choisisse. Seulement, Seraphina ne savait pas avec quels couverts se mangeaient les poissons, les salades et encore moins les viandes. La petite fille choisi une paire au hasard. C'était celle pour les poissons.
Perdre l'habitude de manger en amenant sa bouche à la fourchette pour préférer l'inverse fut très dur pour Seraphina. Se tenir parfaitement droite sur sa chaise aussi. Sans oublier de s'essuyer la bouche avant de boire pour ne pas laisser de trace sur le verre.
Lorsque Seraphina s'éloigna de la table sous les rires discrets de sa camarade, sa professeur la jaugea d'un œil critique avant de se diriger vers une armoire et d'en tirer un corset. « Une femme de la cour doit être droite et avoir une démarche princière, pas celle d'un hippopotame », avait déclarer l'institutrice en lui serrant la taille du corset et en posant un livre sur la tête de la petite fille.
Seraphina ne s'était jamais sentie aussi ridicule qu'au moment où elle avait du marcher ainsi dans la salle de classe tandis que les autres s'occupaient de leurs couverts. Le livre tomba de sa tête pour la énième fois. En soupirant, elle alla le ramasser quand la jeune fille rousse (Violetta, apprendrait-elle plus tard) tendit vicieusement son pied au moment où Seraphina passait.
« Eh bien mademoiselle Pitchiner, vous ne tenez pas sur vos jambes ? »
Dans la salle de classe, les autres filles émirent des rires dignes de hyènes tandis que le rouge montait aux joues de Seraphina.
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Seraphina écouta les conseils de Rosalie et de Lilia, deux de ses camarades. Celles-ci lui expliquaient quels couverts étaient pour quoi mais elle se trompait toujours. Ça viendrait avec le temps probablement.
Les mathématiques, la littérature et l'histoire plaisaient à Seraphina. Mais son cours préféré restait tout de même celui de musique : là, elle pouvait y jouer de la flûte, comme sa mère le faisait de son vivant. Cela faisait longtemps que Seraphina souhaitait apprendre à en jouer et son père lui avait trouvé un professeur quelques mois plus tôt.
« Mais j'ai toujours joué de la flûte, s'exclama Violetta en fusillant du regard Seraphina. »
Le professeur regarda les deux jeunes filles. Toutes les autres élèves avaient chacune un instrument et depuis son arrivée, Violetta avait toujours gardé pour elle la flûte. Mais il fallait être réaliste : la jolie rousse jouait mal. Très mal. Et puis il y avait Seraphina. Le professeur qui enseignait là depuis des années, se souvenait clairement de sa mère : une flûtiste très douée. Et sa fille semblait avoir hériter de son talent.
« Il nous manque une chanteuse, commença-t-il. Violetta, tu n'as qu'à te mettre au chant, pendant que Seraphina reste à la flûte. »
Violetta sembla considérer la chose pendant un quart de seconde avant de finalement accepter, pour le plus grand bonheur de Seraphina qui adressa un sourire heureux à sa camarade de classe. Cette dernière eut un léger mouvement de recul, ses joues légèrement rosées et les yeux brillant d'une lueur indescriptible.
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En quatre ans à Lunaria, Lilia et Rosalie étaient bien les deux seules élèves qui s'approchaient de Seraphina : son père faisait peur. Comme une ombre menaçante, qui s'en prendrait à quiconque s'attaquait à sa fille. Dans l'école, les rumeurs voulaient qu'il soit un sorcier maléfique dévorant les enfants qui n'étaient pas sages.
Quant à Seraphina, cette dernière était bizarre, à être toujours dans les nuages, incapable de se tenir parfaitement droite, de ne pas mélanger les couverts, d'avoir une démarche telle que la réclamait l'institutrice, même après plusieurs années à essayer d'apprendre ces choses. Et puis, elle souriait à la simple vue d'une flûte, chantonnait des airs étranges à chaque détour de couloir, mettait des fleurs dans ses cheveux...
Violetta croisa les bras, observant Seraphina. Elle l'agaçait avec son sourire. Ses airs de fée aux longs cheveux noirs, bouclés et soyeux sortie d'un conte. Son sourire surtout. Rêveur, perdu, on aurait dit qu'il était gravé sur son visage de poupée. Son maudit sourire qui la faisait se sentir bizarre.
Seraphina sentit probablement que Violetta la fixait puisqu'elle leva vers la rouquine des yeux curieux. Qu'avait-elle encore fait pour mériter d'être ainsi fusillé du regard par la petite princesse de l'école ?
Violetta détourna le regard, préférant ne pas croiser celui de Seraphina. Celle-ci retourna à ses leçons d'histoire. Il devait bien y avoir un moyen d'effacer ce maudit sourire des lèvres de Seraphina.
Au dehors, la guerre contre les cauchemars était déclarée.
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« Je veux pas que tu partes, murmura Seraphina en regardant son père. »
Il était beau dans son uniforme de général. Un sourire rassurant aux lèvres, Kozmotis l'embrassa sur le front.
« Je reviendrais vite, tu verras... En attendant, continue de bien travailler à l'école, fais attention à toi, manges bien...
_Ne suis pas des inconnus, couvre toi bien, sois sage et ne sois pas trop exigeante avec les domestiques, termina Seraphina en levant les yeux au ciel. »
Kozmotis se pencha à nouveau sur elle et l'embrassa sur le front. Puis, Seraphina vit son père s'éloigner le long de l'allée de gravier pour rejoindre son carrosse, sa cape au vent. Il se retourna une dernière fois et lui adressa un salut de la main.
Quand il fut loin, Seraphina se retourna et rentra dans le manoir qui lui paraissait bien vide maintenant que son père était parti. Cela ne faisait que quelques minutes qu'il n'était plus là et il lui manquait déjà. Elle sentit ses yeux la piquer et peu de temps après, Seraphina s'était réfugiée dans les jambes de la première domestique venue, s'accrochant à sa robe pour pleurer.
Madame Kriekma était une vieille femme stérile et veuve depuis de nombreuses années et travaillait pour les Pitchiner depuis tout autant de temps. Elle avait même connu Kozmotis quand il était adolescent. Elle n'avait jamais eu d'enfant mais aurait aimé en avoir et ceux qui vivaient dans sa rue l'appelait « la sorcière » à cause de son nez crochu. En cet instant, alors que Seraphina s'accrochait à elle comme un noyé à sa bouée, madame Kriekma songea qu'enfin, elle pourrait peut-être s'occuper d'une petite fille.
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Madame Kriekma s'occupait de Seraphina depuis les mois d'absence de Kozmotis. Ce dernier envoyait souvent des lettres auxquelles il joignait des histoires qu'il avait entendu lors de sa campagne contre les cauchemars, pour le plus grand bonheur de la vieille domestique qui ne connaissait pas autant de contes que lui.
Les journées se déroulaient toujours de la même manière ces derniers temps : Kriekma accompagnait Seraphina à l'école, retournait dans le manoir pour faire le ménage, allait chercher la petite fille, lui préparait son repas du soir, son bain et l'emmenait dans sa chambre. Puis venait le temps de l'histoire et de l'étreinte que donnait la domestique à sa jeune protégée.
Madame Kriekma avait rapidement rendu le sourire à Seraphina. Sa présence permettait à la petite fille d'oublier momentanément l'absence de son père. A l'école, Violetta remarqua vite ce changement : pendant deux semaines, le sourire de Seraphina s'était évanoui. Puis il était revenu aussi soudainement, toujours aussi étincelant et dérangeant.
Violetta regardait obstinément par la fenêtre, refusant d'obéir à la petite voix qui lui susurrait de la regarder, de voir Lilia et Rosalie rire avec elle.
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Les mois avaient passé et Kozmotis était revenu, victorieux. Les cauchemars étaient vaincus. La petite routine qui s'était installée entre Seraphina et Kriekma ne changea pas d'un iota. La seule différence se trouvait dans la présence de Kozmotis.
La raison de son sourire était compréhensible pour Violetta. Mais pour elle, c'était la tristesse qui tranchait sur son visage moucheté de tâches de rousseur. Elle, son père n'était pas revenu. Violetta en venait à détester Seraphina : ce n'était pas juste ! Pourquoi son père, à elle, n'était pas revenu et Kozmotis si ?!
Violetta regarda les débris de sa poupée de porcelaine sur le sol. Au fond, elle ne détestait pas Seraphina, elle, elle n'y était pour rien... C'était la faute des cauchemars si son père n'était et ne serait plus jamais là. Mais justice avait été faite : sa mère le lui avait dit. Et le général Kozmotis Pitchiner s'était illustré en anéantissant de nombreux de cauchemars.
C'était pour cette raison que Violetta s'était timidement avancée jusqu'à lui alors qu'il attendait aux coté de Kriekma Seraphina.
« Je vous remercie pour ce que vous avez fait aux cauchemars, murmura du bout des lèvres Violetta avant de vivement s'éloigner, comme s'il ne s'était rien passé. »
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« Tu ne vas pas repartir ! Pas encore ! Papa ! »
Seraphina s'accrochait à la cape de Kozmotis, tentant de le retenir de ses maigres forces. Doucement, il repoussa et la serra dans ses bras.
« Quelqu'un doit garder les cauchemars... Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. Je reviendrais. »
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« C'est la faute de ton père, claqua la voix de Violetta. »
Ses yeux lançaient des éclairs tandis que Lilia et Rosalie la sommait de se taire. Seraphina, la tête baissée, n'osait lever les yeux. Avec satisfaction, Violetta nota que son sourire avait disparu au profit de yeux rougis et gonflés par des larmes et d'un nez irrité par les mouchoirs.
« A cause de lui, les assassins de mon père sont libres ! Héros, tu parles ! Un incapable oui ! Incapable de ne pas libérer des monstres et de ne pas en devenir un à son tour ! »
Seraphina ferma les yeux, mettant ses mains sur ses oreilles pour ne plus rien entendre. Mais c'était dur. Dur ne pas entendre les murmures sur son passage. Les autres élèves la fixaient de leurs regards méprisants, d'autres soufflaient des insultes sur son père. Seraphina ne voulait plus retourner à l'école. Mais il avait pourtant bien fallut.
Rosalie et Lilia restaient avec elle tout le temps, ne cessant de lui dire qu'elle n'y était pour rien, que tout ce que disaient les autres n'était pas important, que Violetta ne savait pas ce qu'elle disait.
Mais ces mots réconfortants ne suffisaient pas à Seraphina. Il lui fallait son père. Ou l'oubli. Oublier ces mots blessants, ces rires à chaque fois que quelqu'un la faisait trébucher dans un couloir, les boules de papier qui volent, ses affaires disparaissant et réapparaissant plus tard dans celles d'autres élèves. Oublier tout.
Les couverts ne seraient plus un problème. L'histoire, les mathématiques, la littérature ne deviendraient plus que des formalités. La flûte et le jardinage chez elle la détendrait.
Marche droite, les livres doivent rester sur ta tête. Ils ne tomberaient plus.
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Violetta avait seize ans et déposait sur la tombe de son père des fleurs bleutées nuancées de touches de violet, de vert pâle et de jaune quand un air de flûte familier attira son attention.
Seraphina était là, assise sur une tombe couverte de fleurs. Violetta s'approcha, curieuse de savoir ce que l'autre faisait là : la domestique qui s'occupait de Seraphina après la mort de Kozmotis n'était pas enterrée là et le général n'avait pas de tombe.
« Puis-je savoir ce que vous faites là ? »
Du tutoiement, elles étaient passées au vouvoiement, comme l'exigeaient les institutrices à Lunaria. Seraphina ouvrit les yeux, sortant de la transe dans laquelle elle s'était plongée en jouant. Violetta frissonna tandis que leurs regards s'affrontaient. Celui de Seraphina était vide de sentiment, plus de sourire rêveur, d'air chantonné dans les couloirs, de couverts mélangés, de difficultés à marcher avec des talons hauts et une pile de livres sur la tête. Désormais, ces petits détails manquaient à Violetta. Cette dernière observa Seraphina : elle était devenue une magnifique jeune femme.
Des papillons voletaient dans le ventre de la rousse à ce constat. Nul doute que les demandes en mariage afflueraient rapidement : certains de ces messieurs feraient n'importe quoi pour avoir une épouse aussi belle, en particulier si celle-ci était riche et fille d'un héros, même s'il avait libéré les cauchemars. Violetta, elle, n'aurait pas ce genre de demandes : elle se savait fiancée depuis bien longtemps. Son futur époux ? Un parfait inconnu qu'elle n'avait jamais vu.
« La même chose que vous, Violetta. »
Seraphina quitta la tombe sur laquelle elle était installée et passa à coté de Violetta sans lui accorder un regard. La rousse baissa la tête : c'était sa faute si l'autre était devenue ainsi. Elle regrettait maintenant, d'avoir été si méchante. Violetta donnerait n'importe quoi pour retrouver la Seraphina d'autrefois. Si elle le pouvait, elle remonterait le temps et serait la première à aller consoler la flûtiste à la mort de son père, pas Lilia et ou Rosalie. Si elle le pouvait, elle effacerait les moqueries à propos de la domestique, les chants de joie à la mort de cette madame Kriekma.
Les ongles de Violetta s'enfoncèrent dans les paumes de ses mains tandis qu'elle prêtait enfin attention au nom gravé sur la pierre tombale. Urielle Pitchiner. Violetta savait de source sûre que Seraphina était fille unique et il y avait un membre de sa famille que la rousse n'avait jamais vu : sa mère.
« Tu es donc si seule, murmura Violetta en réprimant l'envie de courir après l'autre jeune fille pour la serrer dans ses bras. »
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Finalement, la scolarité de Seraphina s'était terminée sans accroc. Elle était retournée chez elle, dans son immense manoir pour s'occuper du jardin et ignorant les demandes en mariages d'hommes que la jeune femme ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam.
S'il y avait bien une chose que les voisins s'accordaient à dire à propos de la demeure des Pitchiner, c'était que bien que le jardinage ne soit pas une activité qui seyait à son rang, Seraphina faisait des merveilles : jamais les jardins n'avaient été aussi beau. Les fleurs, les arbres, l'herbe, tout semblait parfait et certains allaient même jusqu'à dire que ce devait être à ça que ressemblait le Jardin d'Eden.
« Certains hommes sont mariés à leur travail, et certaines à leur jardin », murmuraient plusieurs de ses voisines sur son passage.
Pour les serviteurs de Seraphina, il n'était pas rare de la trouver vêtue d'un pantalon grisâtre et d'un haut informe et tâché, les cheveux retenus en une vague tentative de chignon et les mains couvertes de gants plongées dans la terre, un peu de sueur se mélangeant avec la terre se trouvant sur ses joues et ses bras.
Ce jour-là, ce fut donc dans cet accoutrement que Violetta la trouva. A la vue de son ancienne camarade, Seraphina haussa un sourcil : que venait faire la grande rousse (tendue à l'extrême dans sa robe de soie à volants) chez elle, surtout à cette date ? A l'heure qu'il était, Violetta devrait être en train d'essayer une dernière fois sa robe de mariée tout en réglant les ultimes détails de la cérémonie du lendemain.
Lorsqu'elle posa la question à la future mariée, celle-ci se contenta de s'attarder sur les vêtements de son interlocutrice une lueur indescriptible brillant dans son regard et que Seraphina interpréta comme de la désapprobation voire du mépris.
« Hum... Eh bien je voulais, commença Violetta en comprenant enfin le sens de la question, peu à l'aise. »
Après un court instant où la grande rousse se tortilla sur place, le rouge gagnant ses joues, elle finit par tendre à Seraphina une nouvelle flûte. Si le présent plut à l'autre jeune fille, elle n'en montra rien et se contenta de remercier Violetta d'un signe de tête, se posant des questions sur la raison de ce soudain cadeau.
« Auriez-vous quelque chose d'autre à m'offrir, demanda Seraphina en haussant un sourcil curieux. »
Il y eut un instant de flottement où seuls les chants des oiseaux brisèrent le silence. Puis, comme ça, sans prévenir, Violetta se jeta au cou de Seraphina, la serrant désespérément dans ses bras et l'embrassant passionnément, oubliant dans quel état serait sa robe après cela. Quelques clignements d'yeux plus tard, le temps de réaliser ce qu'il se passait, qui venait de lui prendre son premier baiser et la grande rousse se faisait fermement repoussée.
« Allons ma chère Violetta... Les effusions d'affection ne sont pas dignes de votre rang, celles-ci en particulier. Que dirait votre futur mari s'il l'apprenait ? »
Pas d'émotion, rien, juste le vide et le froid face aux yeux perdus et brillant de larmes contenues de Violetta.
« Mais je t... »
Avant même que la phrase ne soit terminée, Seraphina lui intima le silence en déposant son doigt sur les lèvres de Violetta.
« Je ne suis pas de ce bord-là. »
Ce fut la dernière fois que Seraphina et Violetta se virent.
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Cette nuit-là, Seraphina ouvrit les yeux comme s'il s'agissait de la première fois. La lune illuminait le ciel d'un éclat sans pareil et lui paraissait énorme. La jeune femme regarda autour d'elle, perdue. Elle ne reconnaissait rien, cette clairière, ce frêle chêne dans son dos, tout lui était inconnu.
Ses souvenirs lui apparaissaient incroyablement confus. Seraphina se laissa glisser contre l'arbre, tentant de se rappeler ce qu'il s'était passé.
Elle dans son jardin, s'occupant tranquillement de ses fleurs. Le crépuscule qui se tâche d'ombre à l'arrivée de cauchemars. Leurs yeux jaunes, la froideur des ténèbres, la douleur lancinante, diffuse et insupportable. L'insoutenable odeur du sang qui souillait son jardin...
Un hurlement lui perça les tympans jusqu'à ce que Seraphina ne réalise que c'était elle qui criait. La jeune femme se leva et marcha un peu dans une tentative pour se calmer.
« Dame Nature, lui souffla une voix qu'elle ne reconnu pas. »
Étrangement, ce ne fut pas ses pas précipités qui la calmèrent mais ce murmure que Seraphina pensa venir de la Lune. Dame Nature. Dame Nature c'était... C'était...
« Je suis Seraphina, Dame Nature... »
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Seraphina rouvrit les yeux, jetant un regard nostalgique à Ian.
« Ma planète natale me manque par moment, tout comme mon père, madame Kriekma, Rosalie, Lilia... Même Violetta. »
Elle n'avait pas parlé à Ian de ce qu'il s'était passé après sa sortie de Lunaria et n'en avait pas envie : il savait ce qu'il s'était passé quand Seraphina était scolarisée, qui était son père et comment elle s'était réveillée un jour sur Terre, loin de chez elle, avec le titre de Dame Nature.
Néanmoins, Ian se doutait qu'elle ne lui avait pas tout dit mais ça lui suffisait. Un jour, peut-être Seraphina lui raconterait-elle le reste.
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* Les Fleurs de la petite Ida. Cette fois, le conte n'est pas inventé.
Je tiens à le dire : je n'ai rien inventé pour les trucs des bonnes manières. C'est vraiment ça. Oui, les trois quarts de la population du monde mange officiellement comme des porcs, moi comprit. Mais au fond, qui se soucie des bonnes manières ?
Sinon, c'est officiellement le truc le plus long que j'ai pondu pour Frying Pan : la petite vie de Seraphina version résumé avec des passages centrés sur Violetta.
En parlant d'elle, à la base, elle ne devait pas tomber amoureuse de Seraphina. Violetta devait juste regretter ce qu'elle avait fait à Seraphina et c'est tout. C'est cet amour à sens unique qui a autant allongé le texte : normalement, il y aurait dut y avoir les scènes à l'école, une ellipse jusqu'à celle du cimetière et enfin, une autre ellipse jusqu'au moment où Seraphina devient Dame Nature.
Voilà voilà.
J'espère que ça vous a plu ^^
