J'espère que ce troisième chapitre vous donnera le goût de vous replongez dans cette fiction! L'action est réservée pour les prochains chapitres ;)

Désolée pour l'attente, j'attends vos reviews...!


La semaine qui suivit fut riche en émotions, en particulier pour Katerina. Le lundi s'était déroulé comme à l'habitude, à l'exception de cette soirée fraîche du mois d'octobre. Kat, Avy et leur père revenaient tout juste de la fromagerie lorsque madame Petrova annonça que le souper était prêt. Celui-ci était composé de pommes de terre tranchées en morceaux et de bouillon de poulet, qui fut sur le feu la journée entière afin qu'il conserve sa chaleur pour le repas. La famille fut bientôt installée au tour de la petite table et s'empressa de déguster ce repas bien mérité. M. Petrova initia la conversation en faisant part de l'augmentation de salaire qu'il a obtenu dû à son travail très apprécié par le propriétaire de la fromagerie, qui a valu à ses deux filles d'y être embauchées. Il précisa que sans cette augmentation, ces pommes de terre ne seraient pas dans leurs assiettes à l'heure qu'il est. Tous le remercièrent poliment pour l'argent qu'il rapportait à la maison. Aureyliane, la troisième sœur de la famille, enchaîna alors :

-Mère, j'ai bien peur d'avoir perdu mon chapelet hier soir après la prière.

-Tu as bien vérifié dans ta chambre? As-tu demandé à ta sœur, qui partage cette pièce avec toi?

-Oui, il a totalement disparu. J'ignore où il peut être.

-Nous le chercherons tout à l'heure, ma chérie, conclu sa mère.

Depuis toujours, la religion prenait une place importante dans la vie de madame Petrova, qui essaya avec acharnement d'inciter ses enfants à être croyants, tout comme elle. La prière du soir était donc un rituel important dans leur famille et pour ce faire, chacun possédait son propre chapelet et le conservait sur ce qui leur servait à chacun de table de nuit.

Un moment de silence suivit, où seuls les sons habituels lors d'un repas se firent entendre.

-Katerina, lança soudain son père.

Surprise, la jeune fille leva le nez de son plat.

-Oui, père? Répondit-elle sur un ton hésitant.

-J'ai une nouvelle à t'annoncer qui, bien entendu, ne fera pas ton bonheur, pour l'instant du moins, mais qui fait certainement le mien.

Tous ceux présents autour de la table avaient maintenant levé la tête, curieux.

-Comme tu le sais, tes dix-huit ans approchent à grands pas. J'ai donc entrepris des démarches, qui s'annoncent fructueuses. J'ai eu l'occasion d'aborder mon ancien ami lors de ma visite au marché plus tôt dans la journée.

Une lueur de panique s'afficha dans les yeux de Katerina. Elle devinait où son père voulait en venir.

-Suite à ma demande, continua monsieur Petrova, il m'a affirmé que ce serait un honneur pour lui et sa famille que tu épouses son fils, Nicolaï. Cela se ferait au printemps, peu après ton anniversaire en juin.

-Mais père, s'indigna Katerina, vous savez bien que nul n'est mon intention. J'aime Caleb. C'est lui que je désire épouser.

-La famille de Nicolaï est noble et humble, et son père a les moyens de t'accueillir parmi eux, contrairement à celle de ce garçon dont tu ne cesses de parler. Ma décision est prise. Ce mariage aura lieux, un point c'est tout.

Les yeux de Katerina se remplirent d'eau. Elle se leva de table, s'excusa auprès de sa mère pour son impolitesse et alla s'enfermer dans sa chambre.

-Katerina Petrova! hurla son père, j'exige que tu reviennes t'asseoir à table immédiatement, tu m'as bien compris?

Katerina n'en fut rien. Hésitante, Aveyliana songea à se lever de table à son tour afin d'aller réconforter sa sœur aînée, mais le regard sévère de son père la fit se raviser. Elle comprenait plus que jamais ce que Kat pouvait ressentir et étrangement, elle sentait toute la douleur que celle-ci pouvait éprouver à l'annonce de cette nouvelle.

-Aveyliana, commença alors son père sur un ton d'autorité. Lorsque le souper sera terminé, je te prierais d'informer Katerina qu'aucune sortie n'est autorisée ce soir, ni aucun autre soir de la semaine. Cela va également pour toi.

Avy acquiesça. Elle et sa sœur se doutaient, bien entendu, que leurs parents étaient au courant de leurs sorties nocturnes. Elles continuaient simplement car aucune objection n'avait été émise face à ces activités avant ce soir-là. Avy se surpris à en vouloir à sa sœur, car sa punition se retournait à présent contre elle. Elle ne pourrait donc pas voir Aldéric au coucher du soleil, et apparemment, pas avant un certain moment.

Cette scène s'était déroulée sous les yeux de madame Petrova, impuissante face aux décisions de son mari, qu'elle n'avait elle non plus pas eu l'opportunité de choisir lorsqu'elle était adolescente. Cependant, elle avait appris à le connaître au fil des années. Elle tenta d'aller parler à sa fille aînée, qui refusait catégoriquement de laisser entrer qui que ce soit dans sa chambre. Bien que les pièces de la demeure ne se verrouillaient guère, personne n'avait osé entrer, par faute de savoir quoi lui dire.

Une fois les assiettes ramassées et nettoyées, Avy fut chargée de coucher ses frères et sœurs, pendant que sa mère recherchait le chapelet d'Aureyliane, accompagnée de cette dernière. Elle les rassembla tous dans la chambre d'Elfrid et des jumeaux, qui partageaient la pièce, afin de réaliser la prière du soir, avant qu'ils aillent dormir. Ils s'installèrent sur le lit de paille de Médérik et récitèrent les paroles que leur mère leur avait apprises. Ils furent bientôt rejoints par Aureyliane, qui avait finalement retrouvé son chapelet sous sa paillasse. Seule Katerina manquait à leur réunion habituelle.

Une fois la prière achevée, chacun rangea son chapelet et Avy s'occupa de les border, un par un. Elle termina par Victoria qui, cette fois, essaya subtilement de cacher les bleus sur ses jambes, sans succès, car Avy s'en aperçu. Elle s'abstenu cependant de lui poser des questions et se contenta de lui souhaiter une bonne nuit en l'embrassant sur la joue. Épuisée, la petite s'endormit presque aussitôt.

Une fois la maisonnée endormit, Aveyliana entreprit de cogner à la porte de sa chambre, qui s'ouvrit avant même que son poing ne touche la porte. Katerina sursauta en l'apercevant sur le seuil. Avy savait très bien où elle comptait aller à cette heure, et tenta de l'y en dissuader.

-Tu es folle, s'indigna-t-elle. Si père apprenait que...

-Je ne me soucie guère de ce que père penserait ou ferait. Comme il a dit, j'ai bientôt dix-huit ans. Je n'ai pas besoin de toi pour me dire quoi faire.

Déçue, Avy s'écarta et laissa passer sa sœur. Elle savait qu'essayer de la raisonner ne servait à rien, bien qu'elle tentait sa chance à tous les coups. Elle changea donc de vêtements et s'installa dans son lit, attendant patiemment le retour de sa sœur.

() () ()

Katerina sortit de la maison sans faire de bruit. Elle avait les yeux rouges et bouffis, pour avoir pleuré une bonne partie de la soirée. Elle trouvait si injuste que son père ne prenne aucunement conscience de ce qu'elle pouvait bien vouloir elle, et non lui. Elle trouvait injuste que sa vie soit sans cesse contrôlée et qu'elle ne puisse en faire ce qu'elle souhaitait. Comme si elle était née pour être un simple objet qu'on pouvait déplacer à tout moment, ou même casser s'il nous plaisait plus. Qu'est-ce qu'elle en avait à faire que la famille de Caleb ne soit pas riche, noble et humble, comme l'affirmait si bien son père? En contrepartie, il était respectueux, aimable et l'appréciait vraiment, contrairement à Nicolaï, qui se promènerait simplement à son bras annonçant à qui voudrait l'entendre qu'il avait la plus jolie femme du village. Bien sûr, cela devrait être pris pour un compliment, mais seule sa beauté compterait pour lui. Katerina désirait être plus que ça aux yeux de l'homme qu'elle épouserait.

Alors qu'elle s'éloignait en courant de sa maison, elle repensa à Avy, qui avait essayé de la résigner. Elle était reconnaissante envers sa sœur, consciente de tout ce qu'elle sacrifiait pour elle. Elle s'en voulu en se rappelant comment elle lui avait répondu, alors qu'elle souhaitait simplement l'aider.

Lorsqu'elle arriva devant la demeure des parents à Caleb, Katerina s'arrêta. Un moment d'hésitation précéda les quelques pas qui s'avançaient silencieusement en direction de la fenêtre de son amant.